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 [FBPKBT] She was yesterday

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Elizabeth Sawyer
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MessageSujet: [FBPKBT] She was yesterday   Ven 28 Aoû - 0:57

(Le SHIELD est encore aux mains de HYDRA, lorsque la fin de la guerre est déclarée, en Mai 1945, et notre protagoniste, Elizabeth Sawyer décide de rentrer au pays, sur la petite île d’Upapany, dans les eaux britanniques, en plein milieu de la nuit, car après tout sa spécialité, c’est bien de s’y prendre à l’improviste.)

Elizabeth Sawyer n’était pas une femme compliquée. Son mari, elle l’a rencontré jeune, avant de le revoir ce soir-là, elle avait deux couettes mal assurées qui pendaient des deux côtés de son crâne roux. Ils étaient tombés amoureux, s’étaient séparés, une fois, et étaient restés proches. A raison de quelques difficultés, il s’avérait que fonder une famille, l’un sans l’autre était en fait une tâche pénible. Alors ils s’étaient aimés à nouveau. Elizabeth avait commencé par devenir l’apprentie d’un ami du village, médecin à l’âge de 16 ans, était entrée dans l’armée très tôt, deux ans après, et s’était donc trouvée une véritable dévotion pour le service militaire, et plus particulièrement le travail social, puisque les armes passaient entre ses mains avec une certaine réticence. A dix-huit ans, elle devenait institutrice et travaillait de nuit à l’hospice. On lui reprochait toujours de travailler trop, certainement pas de travailler dur. Cela dit en 1939 à l’âge de 21 ans, elle tomba enceinte pour la première fois, de son ami d’enfance, et ne l’appelons pas mari, Andrew Cunningham, qui l’épousa malgré tout l’année suivante (parce que les romances existaient encore, oui oui !). Ils étaient très réticents une fois l’état de guerre déclaré, restaient deux civils, mais lui partait souvent en commissions en tant que mécanicien, il était doué avec les machines.

Ce à quoi Andrew ne s’attendait pas c’est qu’en 1942, à la naissance de leur deuxième enfant, au lieu d’être sa femme décédée en couche, elle aurait décidé de suivre son impétueux tempérament en rejoignant le SHIELD, qui, en fait, l’avait recrutée… plutôt accidentellement. Un accouchement catastrophique, mais une mère et un gosse bien en vie, la jeune mère presque tuée par HYDRA dans une attaque de la crique voisine où elle avait dû s’arrêter pour mettre sa fille au monde, et le sauvetage in-extremis d’un allié, un membre du SHIELD. En choisissant de rester avec cet homme, elle avait aussi décidé de protéger sa famille, à sa manière. (Ce qui avouons-le, n’était pas très habile.) Elle était bornée, car au fond, qui savait ce qu’il allait advenir de cette pauvre famille, séparée brusquement par un mensonge.

Elle se savait égoïste, mais ce soir-là, presque un an après sa dernière visite à la volée, il l’avait trouvée dans la cuisine, ou presque attendue. Elle était encore jeune, jeune et perturbée de se tenir face au garçon qui partageait tant de sa personne, au milieu d’une scène banale, Andrew une tasse de café à la main, une clope dans l’autre. Il n’avait pas changé d’un pouce, ou ses cheveux un peu plus courts, sages comme ceux d’un ingénieur, son audacieux marcel, ses bretelles d’homme occupé. Oui c’était un homme maintenant. Même son prénom sembla trop familier pour être murmuré sans qu’une trombe de sanglots suive. Loin de ses escapades dangereuses, loin d’HYDRA, loin de l’adrénaline lui prenant les muscles. Elle était prise de longues traînées de manque, ça remontait le long de son dos, pendant que ses cheveux caressaient son visage, elle était là, une jambe entre la fenêtre, et chez elle.

Chez elle. C’était surtout lui.
“J’imagine que te dire que je suis un fantôme, ne fonctionnera pas.”

Mon amour.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mar 1 Sep - 1:12


Il est deux heures du matin et Andrew a un de ces sourires fatigués qui étirent ses lèvres alors qu'il arrange la couverture du garçon profondément endormi dans son petit lit d'enfant. C'est un quotidien un peu enrouillé qu'il achève avec un dernier passage dans cette chambre décorée de quelques posters aux couleurs vives ; on y voit des personnages aux visages durcis qui brandissent les poings contre tel ou tel autre antagoniste hideux, à vrai dire Andrew n'a jamais été très doué en décoration intérieure alors il s'est dit que de toute façon tout le monde aime les superhéros alors pourquoi ça serait différent pour « Nagoya », enfin, Tobias. Au départ, Elizabeth avait proposé sur le ton de la blague d'appeler leur fils d'après la poule récemment décédée d'Andrew, mais en fait, ça a pris beaucoup d'importance dans leur vie et ils avaient fini par abuser de ce surnom, tellement qu'aujourd'hui il a du mal à s'en défaire.

Mais ça, c'est qu'un détail. Ses pieds le trainent dans l'obscurité du couloir, il referme lentement la porte et arrête sa main sur la poignée froide. Voilà, il l'a refait.
Ce jour-là, il n'y avait pas d'étoiles dans le ciel, à croire qu'elles savaient. Elles s'étaient échappées avant que la nuit ne les dévoile, peut être qu'elles étaient tristes, elles aussi, alors elles sont parties, sans rien dire pour qu'il ne sache jamais.
Ce jour-là, il n'y avait que cet homme et les murmures du vent pour lui dire de se sauver, lui aussi. Mais il était resté, parce que de toute façon il n'avait plus le choix. Il l'a jamais eu, à vrai dire, tout découlait d'une seule et même évidence, cette évidence étant en fait Elizabeth Sawyer. Une amie, une femme, sa femme, son cadavre, oh. Andrew, il s'est fait emporter par une tornade qui ne se calme pas, ça fait trois ans aujourd'hui, elle est en colère.

Et tous les matins, il s'aventure dans la cuisine, sort une de ces tasses blanches et tristement banales. Fait bouillir l'eau de la cafetière usée et attend, les yeux qui percent la nuit seulement repoussée par la lumière faible de la cuisine — c'est vrai, il devait changer l'ampoule. Enfin, Andrew a les épaules lasses d'attendre son café, mais surtout de l'attendre lui, parce qu'il s'était perdu quelque part là dehors, le jour où ce n'était plus chez eux, ici. C'était chez lui. Même le vent avait arrêté de souffler et il n'y avait que lui, il était seul. Depuis trois ans, à deux heures du matin il est là avec sa fichue tasse et ses fichues cigarettes, il lui avait promis d'arrêter, peut être même que c'est pire maintenant.

Trois ans, et jamais il n'a vu un pied passer par le peu d'espace laissé par la fenêtre ouverte, pourtant il ne bouge pas. Peu à peu la silhouette se dévoile et Andrew ne bouge pas, il n'y a que ses doigts pour prendre la couleur de la tasse quand ils l'agrippent et la serrent comme si. Comme si ça faisait trois ans. Elizabeth ? Il est tard, il fait sombre, il a la voix qui faiblit, qu'est ce que. Evidemment, Andrew aurait cru à un rêve, vous savez ils sont vicieux, passé cette heure, ils font souffrir, rien d'autre. Ça lui était arrivé, une, deux, trois fois, peut-être plus, mais il avait fini par se réveiller, et le lit était vide. Et, en trois ans, il pensait avoir oublié sa voix, parce qu'elle ne le suivait jamais dans cet autre monde où elle lui souriait. Ici, elle ne fait que parler — elle parle !

Eliz, c'est... c'est pas possible.


Eliz ?

C'est pas elle, Andrew, elle est morte, tu te rappelles. C'est pas elle, non c'est pas elle.
— tu sais, hm.


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Everniss
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mar 1 Sep - 21:43


Il se décomposait, son visage. Elizabeth fit monter les deux côtés de ses joues, c’était le premier sourire qu’elle sembla avoir fait en trois ans. Sa figure se détendit, égoïstement, celle d’une enfant, retrouvant sa maison. Si c’était une fugue, c’était une sacrée fugue - avec les cris, les pleurs, les appels dans le vide, les faxes, surveillés, les lettres envoyées, mais pas reçues. Sa femme était morte, il pouvait s’en convaincre, maintenant.

Chuter de l’autre côté, s’en aller en courant, voici sa première idée, son instinct, sa marque indélébile, de guerre qu’on ne veut pas achever à sa place. Elizabeth, elle était solitaire. Elizabeth, capable de disparaître, et de revenir, à se prendre pour une bourrasque, à s’en aller, sans dire au revoir. Voir une fois leurs silhouettes, de loin et partir. - Andrew pensait à un fantôme, et, elle aurait préféré être un fantôme, elle aurait préféré, ne pas le regarder s’effondrer devant elle. - Ou dire trois fois son nom, sans que, prudemment, elle pose un pied à terre, elle lâche son sac sur le bord de la cuisinière, l’odeur de son café, doucement la réveillait.

Oui, elle préférait être un fantôme, elle avait eu trois ans pour être là, être présente, et elle n’était rien d’autre - rien sinon un cadre photo, rien sinon des parfums attachés à de vieux vêtements, une brosse à cheveux pleine de fils roux dans un tiroir, un vide à droite d’un lit qu’on ne comblerait pas une seule nuit. - Elizabeth pourrait disparaître, il pourrait encore s’en remettre, Andrew, il pourrait y arriver, il lui suffit de s’en aller.

Sa main, criminelle, se tend et, prend la tasse, entre des doigts déjà bouillants, Tu vas te brûler. Elle retire une veste pleine d’objets, mais vide de clés, ou de photos de ses enfants, d’un souvenir de lui, de quoique ce soit, ayant pu la ramener avant. Son petit nez couvert de discrètes tâches vient se perdre, sans un bruit, dans la boisson amère, elle a l’air d’une souris. Une petite, minuscule souris, et puis, elle va caresser le bas de son visage. Parce qu’elle ne peut pas rester un fantôme, elle peut rester une garce, une lâche, une enflure, une idiote, mais un fantôme.

Elle devrait s’en aller. Maintenant.

Retirer sa main, attraper sa veste, prendre son sac. Partir. Ne sait-elle faire que ça, fuir?

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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mer 9 Sep - 1:28


Andrew, Andrew réveille toi. Elle est morte. — Mais le sac qui s'écrase contre le carrelage glacé ne le fait pas revenir à lui, du moins il a l'impression qu'il devrait parce que tout ça ce n'est pas possible, Elizabeth est morte et ne devrait pas être là à se laisser glisser dans sa cuisine, à deux heures du matin, et si ses doigts ne s'agrippaient pas à cette pauvre tasse dans un espoir ridicule de le sortir de ce rêve - parce qu'il est certain que c'en est un, même si ça le brûle. Alors elle se serait probablement écrasée contre les dalles et lui avec parce qu'il n'a pas l'air de comprendre ce qui lui arrive, si ce n'est que sa femme se tient devant lui, après trois ans qu'il la pensait allongée dans une de ces caisses en bois qu'on a enterré sous ses pieds, fatigués. Le premier jour, il n'y était pas allé ; il était allé nul part, Andrew, il était resté et avait attendu. Que la porte s'ouvre sur la rousse, ou sur sa mère qui lui sourit parce qu'il y avait cru. Qu'il se réveille, parce qu'au final tout ça ce n'était qu'un cauchemar, et Elizabeth dort à ses côtés, sa poitrine se soulevant lentement parce qu'elle n'est pas morte. Et il avait attendu, parce qu'il le savait. Il avait tort et il le savait, elle ne viendrait pas. Alors Andrew avait pensé que c'était à lui de s'en occuper, de la faire revenir, parce qu'elle s'était perdue quelque part dans le désordre de la guerre qui touche à sa fin. Aujourd'hui il ne saurait dire combien de jours s'étaient écoulés avant qu'il ne comprenne que pour revoir Elizabeth, il devait se rendre au cimetière.
Il n'avait jamais aimé cet endroit, maintenant il le déteste à chaque fois que ses pas s'arrêtent et que son coeur aussi parce qu'Andrew, il n'avait jamais voulu ça. Et il se souvient de tous ces jours où il s'était arrêté au dessus du cercueil, à regarder le vide dans les yeux de la petite image, oh qu'il aimait ses yeux. Ils avaient toujours eu quelque secret à lui dire, et même quand il faisait si sombre que la lune s'y reflétait, ils lui disaient "je t'aime".
Oui "je t'aime" Elizabeth, tous les jours je t'aime et tous les jours j'attends - s'il te plaît dis moi que toi aussi tu m'aimes, ça fait trois ans.

Sa paume contre son visage, Andrew tremble lorsqu'il lève les doigts pour s'assurer que c'est bien elle, Elizabeth. Et il frôle la peau chaude, comme s'il avait peur qu'elle s'en aille, qu'elle le laisse à sa tasse et son paquet de clopes, comme chaque nuit depuis. Ils m'ont dit que tu étais morte. Mais il l'avance, sa main qui vient caresser son visage, parce qu'il n'y croit pas, c'est impossible ils lui ont dit, alors il pose son regard absolument partout sur son visage, il a ses iris qui s'agitent et peut être même qu'ils brillent un peu mais Andrew s'en fiche. Je pensais que tu étais morte, Elizabeth je. Et ça fait trois ans qu'il attend qu'elle se tienne là, debout devant lui, et qu'elle lui dise "moi aussi je t'aime". Il ne comprend pas. Il l'aime et il ne comprend pas.


Dernière édition par Andrew P. Cunningham le Dim 20 Sep - 23:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mar 15 Sep - 23:43

Y en a qui disent que les agents du SHIELD, leurs alliés, leurs contacts, sont des héros. Que y a un côté patriotique, que ça sauvera le pays. Tout ce qu’elle avait fait c’était suivre un américain qu’avait sauvé la vie de sa gamine, franchement, oui, elle avait perdu la tête. Elizabeth pensait que dans sa vie, des tas de choses arriveraient, se précipiteraient à sa porte, l’éloigneraient. Elle ne savait pas que ça durerait trois ans. Amour... c'est difficile et. Elle ne savait pas qu’elle porterait l’absence de sa famille trois ans, qu’elle serait morte trois ans. La tasse a buté contre le buffet quand il a touché son visage, elle s’est vaguement brûlé les doigts quand le café à débordé, mais ses yeux se plissèrent au contact. Andrew, il est là, il est avec elle, il est là. Elle doit se le répéter encore et encore. Il est là, il est vraiment là. Je suis en vie. Je suis réelle. Tu as pas d'hallucination.

Mais pas à voix haute, son corps est planté au carrelage, il va paniquer, il va s’en aller, il ne va plus être là. Andrew va s’en aller, prendre les enfants, se casser, se tirer, disparaître… Oh non, Eliz, tu inverses les rôles. C’était toi tout ça. Elle n’arrive pas à sourire, à animer le moindre trait qui semble détester son visage au point de fondre sous la main d’Andrew. Elle se demande pourquoi. Pourquoi elle est revenue, pourquoi elle est ici. Là dans cette maison: rien n’est plus à elle, même pas les photos de famille sur les murs, même pas les couvertures qu’elle mettait au bout du lit en hiver, même pas ses enfants.

Comment la verraient-elle. Ce n’est pas une mère, ça c’est un monstre. Alors, instinctivement elle recule, il y a un long malaise, un long silence qui s’écoule, pourtant sa voix cassée vient de traverser sa tête. Elizabeth ne bouge plus, c’est qu’elle tremble, c’est qu’elle est sur le point d’exploser, ou peut-être de l’attraper. Elle pourrait l’attraper, là tout de suite, ne plus le lâcher, plus jamais. Il reste du temps, il en reste, elle le sait. Arrête je-j’y arrive pas. Il faut que je m’en aille et j’y arrive pas. Tu me manques tellement.

Elle pourrait penser. Vous me manquez tellement. Mais c’est l’égoïsme du moment et c’est son Andrew. Et c’est lui.

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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Dim 27 Sep - 21:10


C'est difficile, oui ça l'est depuis le jour où Andrew a fermé le portillon pour se retourner sur une petite maison livide, sans vie, comme le cadavre de sa femme, mais il ne le sait pas encore. Non, les semelles de ses chaussures frôlent le sol humide de la récente pluie, le ciel savait, mais lui ne se doute de rien. Et puis sa main se referme sur la poignée, il s'attend à voir Tobias, ses petits doigts s'agrippant à ceux de sa mère et oh Elizabeth elle aurait ce sourire aux lèvres, plus que tout il a toujours adoré son sourire. Ce n'est pas la première fois, ils ont répété cette scène encore et encore, pourquoi est-ce que l'un d'entre eux se tromperait de texte, cette fois-ci ? Non, il est trop tard pour changer d'acteur, de script et de scénario, bien trop tard pour tout recommencer. Sauf que la porte s'ouvre et il n'y a personne. Il a même l'impression qu'il fait plus froid maintenant qu'il est à l'intérieur, Elizabeth aimait bien allumer une bougie dans l'entrée, pourtant. Il y a des pas mais ce ne sont pas les siens et puis, sa mère ? Peut être que c'est tout ce contexte ridicule de la guerre mais il a l'impression que ses cheveux sont plus gris qu'ils ne l'étaient la dernière fois, et son sourire. A cet instant précis, Andrew s'en rappellerait probablement toute sa vie, il y a un frisson qui secoue chaque centimètre de son être et peut être bien qu'il ne comprend pas, au fond, il le sait.

Il le sait et pourtant il a cette question idiote qui lui échappe, il ne l'embrasse même pas, ne s'approche même pas, ne bouge même pas. Où est-elle, où est Elizabeth. Tobias ? Pourquoi il n'y a personne, pourquoi elle n'est pas là, pourquoi ils ne se tiennent pas au script, pourquoi il fait froid ici.
Eh bien, Andrew, elle est morte ! Il ne reste plus rien, tu verras que ton lit aura pris un peu de poussière, que ses vêtements n'auront pas bougé d'un pouce, que son odeur est toujours accrochée aux couvertures, que la chambre est sombre et vide et qu'elle ne la remplira plus. Et puis même l'odeur s'en ira, alors tu n'auras plus que des souvenirs et des photos. Mais ne sois pas triste, oh, on te dira que ce sont les aléas de la vie et que tu t'y habitueras. Que de toute manière, tu arrives trop tard.

Est-ce qu'il s'est habitué, trois ans plus tard, aux draps glacés et aux nuits courtes et secouées d'on ne sait quels cauchemars, ou bien quelques malheureux rêves ? Ils se sont égarés, ces nuits où rien ne va, et peut être qu'ils voulaient bien faire, mais ils n'ont jamais su remplir son lit comme elle le faisait, et c'est presque physique la façon dont ça le prend à la gorge et lui retourne l'estomac quand il veut la prendre dans ses bras mais qu'elle n'est pas là ! Non elle ne le sera plus jamais Andrew, elle ne le sera plus jamais parce qu'elle est morte.

Il y a toujours une bougie qui éclaire l'entrée, il ne l'a pas oublié, ça. Alors il fait un peu moins froid, mais ce n'est pas la fenêtre ouverte qui font se redresser les poils sur son bras nu, non, il touche une morte, et elle lui parle, elle le regarde, elle respire. Elizabeth, elle recule et il a l'impression que c'est à peine à cet instant qu'il respire à nouveau. Elizabeth. Que tu t'en ailles ? Pour aller où, pourquoi elle s'en irait, pourquoi il fait toujours aussi froid. Il ne veut pas qu'elle parte. Eh, Elizabeth, tu peux pas faire ça tu sais. Disparaître, et puis revenir un soir, sans prévenir, dire qu'il faut que tu t'en ailles.

Mais il ne lui laisserait pas le choix, Andrew, il a avancé et l'a attrapée. Attrapée pour qu'elle ne s'en aille plus, pour qu'elle reste avec lui jusqu'à la fin, ses bras se sont refermés autour d'elle et la tiennent comme si c'était la première fois qu'il la tenait depuis trois ans. Et puis le corps qui l'enlace est secoué d'un amas d'émotions qui ne tiennent plus en place, il tremble, il a l'impression que l'air lui manque, et peut être même qu'il est pris par quelques sanglots qu'il avait réprimés tout ce temps parce que c'était son rôle d'adulte, d'être fort. On ne lui a jamais demandé s'il l'était vraiment, on lui a donné toutes les responsabilités dans un petit panier avec un mot de condoléances pour sa femme récemment décédée et quelques fleurs pour honorer sa mémoire, et puis on lui a dit de se débrouiller avec ce qu'il avait.

Il n'a jamais été très fort, Andrew.
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Elizabeth Sawyer
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Dim 4 Oct - 2:01

Tobias était un enfant intelligent. On ne va pas dire que la génétique l’aura gâté avant l’heure mais presque. S’il avait à peine connu sa mère, il connaissait au moins ces traits. Tout le monde dans la famille la décrivait à la manière des grands auteurs français ( et Andrew seul sait combien il se passionne pour ce qu’il appelle: des vieux. ) Mais Tobias s’en fiche, car il y trouve un certain intérêt, un intérêt qu’il est presque convaincu de pouvoir trouver en la personne qu’était sa mère, s’il la croisait une fois ou deux en rêve pour lui parler d’ô combien il a du mal à comprendre Germinal et “Maman où en vient l’auteur à la fin?” Mais ce sont des questions simples, les questions les plus sommaires qu’il ne pourra jamais poser à sa mère en l’appelant “Maman.” Et parfois il a tendance à se voir épris d’une tristesse incandescente, qui presque le ferait briller d’imagination. Parce qu’il aime tant l’image de sa mère, qu’il peut la voir, descendre l’escalier en colimaçon étroit de chez sa grand-mère, ses longues jambes fines s’étreindre dans une démarche élégante. Oui il peut tout penser de sa mère, mais rien de très réel. Surtout ce qu’il retient de leurs discours à tous, et ils étaient tous émus après cette grotesque cérémonie d’adieux fictifs, c’est la couleur de ses cheveux: d’un roux intense, un roux qu’on retenait, qu’on avalait comme une bonne liqueur. Un roux primaire, devant lequel on ne savait dire si la couleur en devenait splendide, ou simplement aveuglante par son contraste. Car il existait un contraste noir de jais, avec les cheveux de son époux, et alors, Tobias se surprenait chaque fois qu’il passait dans le couloir, en posant les yeux sur le cadre posé sur la commode que la photo fut en noir et blanc. Il aurait aimé connaître cette couleur, qui faisait jaser les autres familles.

Il a dû regarder deux fois. Deux fois s’assurer, que même si c’était la première fois, il s’agissait bien de ses cheveux à elle. Lui, Tobias, s’était caché entre la cage d’escalier et la corbeille qui débordait de parapluies. S’il avait pu il se serait transformé en parapluie, jusque pour s’assurer qu’on ne le voie pas, car c’était le plus beau des spectacles auquel il avait pu assister. Et il y en avait eu des tas: des visites au cirque, au zoo, à la fête foraine, des photos de paysages magnifiques qui restaient dans une boîte sous son lit, les schémas de son père, compliqués mais magnifiques de difficulté. Ceux de sa mère aussi, mais il refusait qu’on y touche, Andrew. Il se souvient de la seule fois où il avait essayé, cette colère, même pas brute, mais brisée, qui avait attrapé son père. Il ne lui en avait pas voulu, pas une seule fois.

Mais ce soir il lui en voulait de garder cette scène pour lui, et ses deux bras serrés autour de sa mère, il aimerait savoir, tout de suite, l’effet qu’ont ces beaux cheveux roux quand ils vous frôlent la joue, ce que ça fait que de tenir sa mère contre soi, après trois ans. Comment c’est quand elle est là pour de vrai.

Elizabeth, se prit d’affection pour cet homme que son corps ne semblait plus connaître, car son corps n’avait pas rencontré le sien depuis trop longtemps. S’ils se touchèrent, sur le moment, elle eut l’impression de flotter, d’être ailleurs, de ne plus être la même. Une femme, autre, une femme qui avait le droit de trouver son mari tout contre elle, une femme qui avait droit à tout. Et comme doucement ses mains se posaient sur son âme meurtrie, en même temps que ses ses épaules faibles, Elizabeth inspira un grand coup.

En trois ans, c’était la première fois qu’elle respirait. Qu’elle respirait Andrew. On l’aurait prise pour une échappée d’asile qu’elle s’en serait fichue, et doucement cette habitude, qu’on croyait enterrée se libéra du bout des doigts, ceux d’Eliz qui traçaient sur son dos des étoiles, elle aurait dessiné un ciel entier. Si Andrew ne s’était pas mis à pleurer. Elle était avec un homme, qui au final, n’était pas une chimère, pas un fantôme, pas une hallucination, un homme auquel elle avait souvent donné le prénom Andrew, mais qu’elle aimait sermonner d’un Cunningham acide. Elle se souvint l’avoir vu pleurer, quand leurs fils était venu au monde, elle se souvint l’avoir tenu très fort, parce qu’il allait plus mal qu’un autre jour. Mais il pleurait pour elle. Il pleurait pour elle. C’était simple, c’était, de le sentir si réel, de le sentir contre elle, c’était simple, comme elle avait commencé à se défaire aussi, tout son visage étiré de douloureux spasmes, et des larmes qui venaient à n’en plus finir comme la pluie contre les pans de la maison ce soir-là. Elizabeth réalisa qu’elle n’était rien d’autre qu’Elizabeth et qu’elle avait enfin son Andrew.

Elle n’était pas très forte, Elizabeth.
Mais elle l’aimait fort, ça c’était vrai. C’était écrit. C’était leurs yeux qui se croisaient quand elle voulait bien y voir quelque chose entre les lourdes giboulées qui envahissaient ses joues, et elle lui murmure, alors que ses mains encerclent sa figure, alors qu’elle pleure encore. Excuse-moi. Excuse-moi. Excuse-moi… et elle répétait… Excuse-moi, excuse-moi, excuse-moi. Quoi d’autre? Quoi d’autre pour celle qui a tout gâché, tout foutu par terre, tout tué, tout arrêté.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Dim 11 Oct - 2:24


Le jour de son enterrement, Andrew n'avait pas été là. Il n'avait pas été là parce qu'il ne savait pas, personne ne l'avait prévenu ou même n'aurait pu le prévenir, il était toujours quelque part sur cette planète et pourtant coupé du monde, il n'avait pas été là. Le jour où sa fille est née, le jour où sa femme est morte, mais son amour n'a pas trouvé de place dans la grande caisse de bois et depuis ça s'accroche à sa gorge, tous les jours, toutes les nuits. En trois ans ça n'a jamais eu sommeil et ça lui a arraché le sien tant de fois qu'il avait arrêté de s'acharner. Il s'en était voulu, tellement que ça en était devenu insupportable la façon dont tout le ramenait à elle, à eux mais surtout à elle, il aurait dû être là !

Et c'est ridicule parce qu'il sait qu'il n'aurait rien pu faire, il sait que ça n'aurait rendu les choses que plus terribles encore et il sait que jamais il n'aurait arrêté de détester que le monde continue de tourner comme s'il ne s'était rien passé. Le lendemain le soleil se lèverait de la même manière qu'il s'est levé hier, et les oiseaux chanteraient, les voix de la radio seraient légèrement brouillées et son café aurait le même goût que d'habitude. Peut être un peu plus amer. Peut être qu'il n'a pas bu de café, un temps, parce que ça lui rappelait les matins assis à la table, à parler de choses sans importance avec celle qui n'était déjà plus qu'un souvenir.

Une odeur qui s'échappe avec le temps, des images immobiles qui prennent la poussière et qui font s'arrêter lorsque l'on monte les marches pour aller se coucher. Tout a l'air si normal sur papier, elle a ce sourire rempli de tout ce qu'il y avait de beau en Elizabeth et il ne se reconnaît plus, lui n'a plus jamais eu de tel sourire depuis. Tobias avait grandi, en trois ans. Parfois ça lui arrive de devoir s'arrêter lorsqu'il lui parle parce qu'il voit sa femme dans ses yeux d'enfant et ça lui prend à la gorge et il sent tirer dans sa poitrine, c'est douloureux mais il sait qu'il n'a pas le droit. Le pire reste sa fille — leur fille, pardonnez l'habitude. Le jour de ses premiers pas, il aurait voulu qu'elle soit là. Il se souvient du rire d'Elizabeth quand le premier mot de Tobias n'avait pas été pour lui mais pour elle, et qu'il s'était plaint. Des années plus tard il aurait tout donné pour que son premier mot soit pour sa mère, mais elle ne l'a jamais connue, alors ça avait été « Papa » et peut être qu'il avait souri mais quelques minutes plus tard, Andrew avait disparu, et tout le monde savait qu'il n'avait pas supporté.

Il n'a jamais supporté son absence et jamais il ne s'était rendu compte à quel point elle était devenue une nécessité, une évidence qu'on ne pouvait pas arracher à sa vie sans le prévenir, sans qu'il puisse la voir une dernière fois, lui dire je t'aime une toute dernière fois.

Et là pourtant il sent son corps contre le sien et ne dit rien, il sent ses mains glisser dans son dos comme elles avaient eu l'habitude de faire, un jour, pour le rassurer. Elles ont l'air de dire « Je suis là, Andrew, je suis là alors ne pleure pas » mais ce ne sont que des mains, Elizabeth a la voix qui tremble autant que le corps du brun et il ne se sent pas capable de se détacher du sien tellement cet instant lui semble irréel. Oh il a peur qu'elle s'en aille s'il recule, il a peur de ne pas pouvoir la rattraper une seconde fois. Ses mains d'homme viennent retrouver son visage et ses pouces essuient ses larmes alors qu'il l'embrasse, il l'embrasse pour la première fois depuis trois ans et ça n'a rien de beau, ça n'a rien de triste, ce sont des baisers écrasés contre le souvenir de ses lèvres, encore et encore, et puis il embrasse son nez, son front, son visage, ses lèvres, ça a l'air de durer une éternité mais il l'a toujours entre ses mains et elle ne s'en va pas. Je t'aime. Ce sont des mots qui n'ont pas été prononcés depuis si longtemps qu'il a l'impression que tout s'est arrêté pour mieux recommencer. Je t'aime. Ce n'est plus qu'un murmure et il l'embrasse encore, que lui importent ses excuses, à deux heures du matin, elle n'est pas morte. Reste. Je t'aime.

Ne t'en va pas, ne t'en va plus, reste et ne bouge plus.
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mer 14 Oct - 23:22

Il y avait besoin d’un constat. Tout ça, c’était un méchant accident de voiture. Oui, ça s’est passé de telle manière, il y a eu tels dégâts, votre femme ne s’en est pas sortie. ( malheureusement ) Elle aimerait retourner en arrière parce que le passé vient lui écraser son petit corps contre celui d’Andrew, et comment vous remettez-vous d’un si mauvais coup du sort. Ce n’était pas rare ces histoires: celles où un proche disparaît pour ne plus revenir le soir d’après, quand vous rentrez de votre guerre, plus tranquille que la boule dans la gorge, qui rappelle tous les autres jours, que quelqu’un n’est plus là. D’ailleurs il lui arrivait souvent de s’isoler, de se mettre dans un coin, de vouloir disparaître. Y avait sa pauvre main qui s’attardait au bord son visage, au départ, elle pleurait beaucoup. Elizabeth passait des nuits entières à fixer le vide, à attendre un sommeil dont elle disait ne pas avoir besoin. De grands cercles sous les yeux, qui dessinaient sur sa figure, tout ce qu’elle avait perdu. Mais personne ne s’en inquiétait, car il semblait que tout le monde au shield avait perdu quelqu’un dans la bataille invisible des hommes et des surhommes.
Si elle avait appris un minimum après trois ans là-bas, c’est qu’elle était on ne peut plus humaine. Oui, c’était une fille qui avait eu de la chance, qu’était tombée amoureuse très tôt, qui s’était condamnée vite aux sentiments qui mangent une partie de soi, qui n’avait pas réussi à dire au revoir à un bonheur, tout petit, tout petit et qui la sauvait.
Elizabeth c’était un bout d’âme triste qui, jusque Andrew ne tenait pas bien debout. C’était difficile, oui de penser qu’elle ait préféré fuir son île et son bel amour instoppable. Parce que rien ne l’arrêtait leur amour, et rien ne se mettait en travers, et rien n’arrivait à la convaincre qu’elle aimerait autre chose, autant qu’un ridicule morceau de l’univers comme Andrew.

Il était petit aussi, il était un de ces garçons qu’on pouvait cacher derrière son dos quand il était gosse, pendant ce temps il attrapait ses couettes, il s’amusait avec, elle gardait cet air sérieux et renfrogné que les autres gamins supportaient pas. Cette fille. Mais le garçon il restait là, et puis ils se lâchaient pas non. Qui aurait cru qu’un jour elle accepterait de le laisser à ce monde, seul plus de cinq minutes. Avec des enfants, avec un avenir bizarre, un avenir de travers qui se renverse tout seul, depuis qu’elle est plus là.

Elizabeth croyait en partant qu’elle ne reviendrait pas. Vous savez c’était de ces départs héroïques qui impliquent une mort fictive, suivie d’une mort réelle. Comme les jours de vie avaient duré, elle avait progressivement arrêté de penser à mourir. C’est vrai que la période n’était pas la meilleure, néanmoins on lui trouvait du potentiel. - une intelligence qu’elle cachait derrière son petit sourire peu communicatif avant, derrière des bouquins, ou ceux de son mari mécanicien, dessinateur, explorateur. - Beaucoup de trucs qu’elle aurait aimé être ou faire, mais que la vie de mère lui retiraient peu à peu. Elle aimait mieux être mère. Même si au départ, il fallait l’avouer, elle ne se sentait pas faite pour quoique ce soit.

Le soir où on a avoué ce qu’on avait dit à Andrew, Elizabeth s’est contentée de hocher la tête, de comprendre, quand vraiment elle ne comprenait pas. Y avait plein, plein de choses dans sa vie qui n’étaient pas encore fixes, pour lesquelles elle tournait autour du pot, se rebutait, oubliait par insolence ou se renfermait sous un masque impassible. Mais Andrew elle savait tout à fait, combien elle avait besoin de lui. Ensuite, avec le temps, elle s’y était faite: à l’idée de plus jamais le revoir.
Alors imaginez, ce que sont ces bras autour d’elle, et les mots à son oreille, comme il la tient si bien et si mal à la fois, combien elle suffoque en l’attrapant entre deux sanglots, et ses lèvres qui se mordent, et ses ongles qui se plantent sans adresse aucune. A deux heures du matin, on déclarait donc qu’Elizabeth Sawyer n’était pas morte. Andrew ne savait pas faire de cercles dans le dos des gens, mais il savait très bien les embrasser. Aussi ils étaient plus des caresses, que des baisers, elle fermait les yeux, elle se souvenait. Elle n’avait pas effacé ça. Elle avait effacé beaucoup de sa vie, pourtant elle savait à quoi ça ressemblait que de l'aimer. Il y eut un instant où ils s’éloignèrent et ses paumes chaudes la gardaient près, mais sa bouche, elle, restait la terreur d’une femme qui était partie trop loin, trop longtemps. Et si tous ses traits criaient, hurlaient, scandaient qu’elle l’aimait, Elizabeth restait Elizabeth. Tu… voudrais pas… que je sois morte?
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Lun 9 Nov - 0:06


Ses mains sont toujours accrochées au bord de son visage, elle a l'air si réelle quand sa poitrine se soulève de spasmes maladroits et que les larmes n'arrêtent pas de couler de ses yeux, ça frôle ses doigts, sa peau est brûlante, Elizabeth, elle, vivante, ce soir plus qu'elle ne l'a jamais été. Et leurs lèvres ne font que se rencontrer, encore, encore, à n'en plus finir, comme si Andrew avait besoin de s'assurer que c'est bien elle, qu'elle est bien debout dans sa cuisine, après avoir été déclarée morte lors de l'accouchement. On l'avait enterrée dans le petit cimetière, dans un coin tranquille où même le vent qui soufflait à travers le feuillage dense des arbres était silencieux. Il y avait un saule pleureur, planté là, à croire qu'on avait trouvé ça drôle. Ses branches qui, derrière la pierre tombale pendaient avec lassitude comme le faisaient ses bras le long de son corps, chaque jour qu'il se trouvait là, d'autres fleurs entre ses doigts fragiles. C'est comme un miroir, et puis chaque fois il se dit qu'elle aurait aimé dessiner cette scène-là, c'est vrai que c'est un bel arbre.

Avant c'était Elizabeth, l'artiste. Il pouvait passer des heures à la regarder passer ce fichu crayon sur les feuilles de son cahier, avec une aisance qu'Andrew n'aura jamais comprise. C'était fascinant de voir la concentration envelopper son visage et toujours il y avait quelque chose de particulier qui faisait briller son regard parce qu'elle était transportée dans un autre monde et il n'y avait rien de plus beau que ça. Il se souvient de ces soirées qu'elle avait passées à lui apprendre, à le guider, et il a finit par en faire son métier. Il a toujours trouvé ça ironique, et un peu bête, parce que le talent, la passion, c'est elle qui l'avait.
Ça a été très compliqué de continuer une fois qu'on avait gommé Elizabeth de sa vie. Il a songé plusieurs fois à tout arrêter, et puis il s'est rappelé qu'il ne pouvait pas. On ne lui a pas laissé le choix, à Andrew, on lui a dit « débrouille toi » parce qu'on finit tous par perdre quelqu'un, pas la peine d'en faire tout un plat. Tu peux pas, Andrew, t'as tes gosses, t'as une famille, y'a un trou dedans c'est vrai mais tu finiras par t'y habituer, ça f'ra moins mal avec le temps.

Il a pris sur lui, pour la première fois dans sa vie, il a accepté ses responsabilités et il a continué de s'lever chaque matin et de s'coucher chaque soir. Et puis, il avait toujours mal, un, deux, trois ans après, mais il y faisait plus trop attention. Parfois il oublie même qu'il a perdu Elizabeth, qu'il y a un bout d'Andrew enterré six pieds sous terre, et qu'y a des mauvaises herbes qui ont poussé au dessus. Alors il veut lui montrer son dernier dessin ou lui raconter les compliments que la maîtresse de Tobias lui a fait, sauf que c'est vrai elle est plus là.

Les gens, ils mentent quand ils disent que la douleur s'en va avec le temps, parce que le temps il passe, tous les jours, il arrête pas de passer. Andrew, il a toujours putain d'mal. Y'a rien à faire, les cigarettes c'est pas un remède miracle, il a fini par se rendre compte que c'est pas aussi facile, que ça a jamais été facile. Y'a Tobias, y'a Kat, y'a lui, y'a plus Elizabeth, il a pas pu lui dire au revoir.

Au revoir, seulement, parce qu'il savait qu'il la reverrait. Pas comme ça, pas dans sa cuisine, à deux heures du matin, le corps d'une morte qui se tient droite et qui respire contre son torse, qui a ses lèvres contre les siennes, toujours. Non pas comme ça, jamais il n'a osé espérer la revoir comme ça. Maintenant encore il a peur de se réveiller, peur de se redresser dans son lit vide d'Elizabeth depuis des années, alors il n'arrête pas de l'embrasser, jusque ça soit elle qui s'en détache. Je pensais que je t'avais perdue. Il a la voix encore agitée et les mots fragiles, il est maladroit dans la façon de la tenir si près de lui qu'il sent son souffle contre sa peau, comme si elle allait disparaître s'il la lâchait, comme s'il était devenu fou, en attendant son retour, et qu'il la voyait partout où elle ne pouvait pas être. Je pensais que je t'avais perdue et j'ai compris que c'est la pire chose qui pouvait m'arriver, Elizabeth tu-t'es pas morte. Qu'est ce qu'on fait, maintenant qu'on s'est assuré que c'est réel tout ça, et qu'on a l'esprit embrumé, qu'on est perdu, tout ce temps, on était perdu, elle était pas morte alors ? Qu'est ce qu'il s'est passé, Eliz pourquoi ils m'ont dit que. C'est dur à dire, vous savez, maintenant que les seules certitudes qu'on avait ont été chamboulées, qu'il reste plus rien à quoi s'accrocher si ce n'est que son visage. Je comprends pas, ils m'ont dit que t'étais morte.
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Jeu 12 Nov - 1:10

Tout a vieilli, pris de l’âge, mal tourné, parcouru le monde, sans revenir en entier. Elizabeth est tombée le jour où cet avion a explosé sur les côtes d’Upapany, Elizabeth a disparu, aussi. Andrew n’était alors plus rien, sinon l’homme sur une photo dans une poche à l’intérieur de sa veste de lycéenne qui n’est pas encore tout à fait une adulte, mais qui semble avoir toute la vie de femme dessinée au bord des joues, l’expérience en moins. Elle a encore ces regards de gosse qui disent qu’ils ont peur de tout et elle n’est pas bien vieille quand on la retire à sa famille. Mais Eliz a cette fougue, peinte sur toute sa personne qui donne beaucoup d’espoir quand on parvient à la sauver d’une guerre sans fin d’apparence, elle est en bonne santé, compétente, ses poumons tournent parfaitement bien dans sa poitrine: elle est comme un espoir. A l’idée de voir une gamine sur le terrain, on s’inquiétait un peu, elle avait fini par se révéler instable, mais c’était une sorte de bête, mélangée entre rage et haine, et bien qu’elle fut un petit gabarit, elle était aussi combative que n’importe qui d’autre. “Je préfère que tu tapes sur l’ennemi, que dans un mur, Elizabeth.”

Un mur infranchissable qu’au fil des années, elle semblait avoir reconstruit. Eliz s’est presque laissée casser en deux par les bras d’Andrew, elle avait envie qu’il lui prenne tout, qu’il garde tout, qu’elle soit utile, au moins ce soir, qu’il revienne, qu’il soit là, à sa place, car elle ne sait plus faire. Alors, elle réalise qu’il n’a pas bien entendu, quand il se répète, son disque rayé, son amour qui ne voit plus rien sinon son visage rougi de trop d’impatiences. Ne pas tout reconnaître dans cet accent cassé, sa voix empêtrée dans les mêmes discours, encore, et encore. Elle n’a pas tout vu, tout vécu, elle ne savait pas ce que c’était. Le même corps qui s’élance dans l’allée terreuse, lâche ses mots devant un cercueil vide, enterre une femme qui n’a plus rien, sinon un cadavre imaginaire. Ils s’étaient déjà dit que plus tard, ils se croiseraient, vieux, seuls et cons, et mourraient ensemble.

Mourraient ensemble car ils s’appartenaient si bien. Elle n’avait pas de réponses, elle ne pouvait pas le sauver, pas de ça, pas d’une vie qu’elle n’a pas su partager avec lui. Sawyer a de grands yeux qui ne sont plus vraiment beaux, elle a tenu sa figure entre deux paumes tremblantes, pour le voir de plus près, mais il aimait bien se noyer, et il l’avait toujours fait. Si ce n’était pas dans l’alcool, alors c’était pour elle. Regarde-moi. Il murmurait, s’éloignait, s’en allait. Il devait pas. Absolument pas. Je t’ai dit de me regarder. Peut-être que c’était pas ce qu’elle méritait, peut-être qu’elle pouvait encore s’en aller, mais comme si tout devenait trop lourd, elle l’avait poussé jusque leur vieux frigo, et y avait un dessin de Tobias, accroché dessus, parce que, c’était leur maison, pas vrai? C’était chez eux. Ses doigts se mirent à tout tracer sur le visage d’Andrew, elle ramassait des larmes. C’est une longue histoire. C’est une foutue, longue, interminable histoire. Ses lèvres avaient découvert un sourire qu’elle ne comprenait pas, mais elle souriait parce qu’elle supportait pas de le voir comme ça. Quand ils étaient petits, elle sait que ça suffisait de se rattraper et de se dire toutes les conneries du monde. Mais bien sûr, c’est compliqué, ce soir. Je te signale, que c’était interdit, de partir sans toi. Si c’était pour crever. Elle a chuchoté quelque chose à son oreille, elle a dit Je t’aime, elle a dit, je t’aime, je t’aime, et doucement, elle l’a embrassé, à chaque endroit qui lui avait manqué.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Dim 22 Nov - 23:33


Si on lui avait dit, Andrew, un jour tu iras faire la guerre, il aurait pas cherché à comprendre, il se serait dit que c'est comme ça que la vie fonctionne, que ça finira bien par arriver, qu'y a pas l'choix, qui faut s'casser et essayer de revenir vivant, surtout. Mais il en a fait quoi, de cette poignée d'années où la planète a cessé de tourner, effrayée par les rires gras des hommes en uniforme, les pleurs des femmes laissées veuves, les corps enterrés, brûlés, écrasés, oubliés. Il a eu de la chance Andrew, parce que sa guerre à lui, elle était dans sa tête. Il a pas vu le sang couler, les visages sales, tristes, qui s'avancent dans les tranchées, les explosions, les morts. Il a rien vu de tout ça, on a pris son quotidien et on l'a placé ailleurs mais tout ce qu'il a fait, c'est tracer des traits qu'il a calculé au préalable et répondu à quelques formalités ennuyantes. Il a pas de sang sur les mains, Andrew, ses paumes sont propres, douces, immaculées.

Il a pas de mort sur la conscience, tout le monde lui dit qu'il a eu de la chance, ce gamin, il est passé au travers des mailles du filet et il s'en est sorti avec quelques coupures sur les doigts qu'il s'est fait lui même. Oui c'est facile, comme ça, la guerre ça paraît moins cruel tout à coup.

Alors comment expliquer à un gosse à peine devenu adulte que c'est pas aussi facile, qu'un soir il rentrera, et que ce soir là, il va comprendre ce que c'est que la guerre. Y'a des pertes. Des dommages collatéraux. Des familles déchirées. Des personnes à qui on a tout arraché. Des ruines. Des visages creusés. Des cadavres. Des cadavres comme celui de sa femme.
Comment lui expliquer qu'elle fera pas partie des statistiques parce qu'elle est pas morte sur le front, parce qu'elle est pas morte d'un obus qui a soufflé toute sa maison, parce qu'elle est juste morte. Et y'a tellement de morts autour de soi qu'on y pense plus vraiment, qu'on s'imagine pas ce que ça fait que de perdre quelqu'un pour de vrai, qu'on comprend que ces personnes ne reviendront plus, mais qu'on réalise pas que le lendemain, le mois prochain, dans cinquante ans, Elizabeth ne fera plus partie de la vie d'Andrew parce qu'Elizabeth est morte.

C'est injuste parce qu'il ne peut en vouloir à personne, si ce n'est qu'à lui-même. Et il s'en veut, tous les jours il pense à tout ce qu'il aurait pu, dû faire. Peut être qu'il aurait pu la sauver, peut être qu'il aurait pu l'épargner, peut être qu'il aurait pu être là quand plus rien n'allait. Mais il est venu deux semaines plus tard, et on lui a annoncé un décès et puis une naissance.

Andrew, il est passé par chacune des phases qui suivent la perte d'un proche, d'un être aimé, de sa femme, de celle qu'il aimait tellement qu'il s'est perdu dans le bordel qu'est devenu sa tête et son corps a suivi le mouvement, un véritable déchet. Il a merdé, ses responsabilités, il les a envoyé se faire foutre et il a appuyé le bouton pause de sa vie, sans réfléchir au reste. Les premiers temps, c'est la mère d'Andrew qui a dû s'occuper de ses gosses parce qu'il s'était réfugié quelque part entre sa tristesse et l'alcool. Elle n'a pas dit grand-chose, si ce n'est que des paroles désespérées, de la compassion véritable, mais il a arrêté d'écouter après « Elizabeth est morte ». Parfois elle le retrouvait au milieu de quelques assiettes éclatées sur le sol, les yeux fatigués qui avaient arrêté depuis longtemps de pleurer, il a bien passé quelques mois avant de finalement vouloir accepter la mort d'Elizabeth. Et puis quand il a compris qu'il ne la ramènerait pas, Andrew a pu reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée, et a fini par retrouver Tobias, Kat'. Oh c'était ce qu'il y avait de plus dur, dans toute cette histoire. Être un bon père alors qu'il sentait son être se déchirer de l'intérieur, c'était cruel.

Il a toujours pensé que c'était de sa faute. Qu'elle ne serait pas morte s'il avait fait attention.

C'est cruel, sa voix qui s'élève dans l'obscurité de la cuisine, la lumière aussi faible que ses genoux il a l'impression qu'il va s'écrouler d'une seconde à l'autre. Elle est là pour le tenir, et il la regarde, c'est dur parce qu'il ne pensait pas l'avoir en face de lui une dernière fois, il s'était fait à l'idée qu'Elizabeth ne serait plus qu'un souvenir qui finirait par s'effacer, et qu'un jour il aura vraiment tout perdu. Son dos heurte le frigo, il a toujours ses mains au bord de son visage, et si elles s'en détachaient elles ne cesseraient de trembler tandis que sa voix résonne toujours dans son crâne. Une longue histoire, une longue histoire, ma vie, Elizabeth, c'est qu'une putain de longue histoire depuis que t'es morte. Pas morte. Partie. Disparue. Tu savais ? Oh je t'aime, je t'aime même après tout ce merdier je t'aime j'arrête pas ça me tue, mais Elizabeth, dis moi, dis moi que tu le savais pas, dis moi que t'avais pas l'choix. Sa voix s'est brisée, il reprend, un peu mieux cette fois, et ses lèvres qui parcourent sa peau le brulent toujours plus. T'es partie, Eliz, t'es partie sans rien dire j'ai cru que t'étais morte putain ! Ses mains ont retrouvé les coutures de son pantalon et il secoue la tête. T'es passée par la fenêtre, tu. Tu savais n'est ce pas ? Tu savais qu'ils me diraient ça, tu savais que t'allais partir, tu savais tout ça. S'il te plait, s'il te plait mon amour dis quelque chose, dis moi que tu m'aimes, que t'aurais jamais fait ça.

Pourquoi t'es partie Elizabeth ?
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Sam 12 Déc - 11:33

Cette nuit-là, il pleuvait à torrent. Quand Elizabeth a compris que ça allait arriver, elle s'est blottie du côté d'Andrew. Il n'était pas revenu à cause d'une escale en France où il devait déposer incognito quelques-uns de ses plans. Les japonais et les allemands avaient un don pour l'aviation, quelque part tout le monde appréhendait, c'est ce qui explique le bordel, l'emportement et les bombes-étoiles qu'explosaient sur l'île régulièrement.
Tobias était avec sa grand-mère, elle avait noyé la maison dans le noir depuis la nuit d'avant parce qu'elle se sentait pas bien. Ça irait vite, elle pourrait le faire seule. A compter correctement ça se rapprochait comme l'intervalle entre un obus et un autre, dehors ça claquait dans tous les sens, le chien du voisin jappait comme un fou. Eliz s'est levée, fiévreuse et a fait quelques pas dans le couloir en se tenant le ventre. Il aurait paniqué plus qu'elle alors quand elle a atteint l'escalier, elle a ri de la situation. Ses cheveux roux collaient à ses joues, elle avait le corps en feu et les mains qui tremblaient, une poitrine en cavale que l'cœur aurait pu quitter à tout moment. Chaque marche est un supplice, Eliz se fait violence pour atteindre le rez-de-chaussée et s'écrouler près de l'entrée.
Dans le couloir, une bougie orpheline éclaire quelques cadres pendus au mur. Ça fait plusieurs dimanches qu'Eliz va à la messe avec la mère d'Andrew. Elle ne prie pas pour lui, elle voit la détresse qui prend souvent Miss Cunningham depuis que son mari l'a quittée, a toujours eu beaucoup trop d'empathie.

Quand la gamine rousse sort c'est irréel, un autre monde, mais elle ignore ce qu'elle fait là et ce qui va arriver, continue de compter, "vingt-six, vingt..." Il y a un toit en feu à quinze mètres de là, elle n'a pas vu la panique s'installer, déjà la terreur se traînait avec elle. Elle a avancé dans les rues qui hurlaient avec la sirène du village, ces bouts de terre où elle avait souvent rattrapé Andrew. A mesure qu'elle avançait sa silhouette devenait un grain de sable, se volatilisant, s'oubliant, se laissant disparaître... Et bientôt plus rien.
Elizabeth Cunningham, la vingtaine, les cheveux roux, disparue la nuit de vendredi à samedi. Un autre fantôme à compter dans des registres qui n'existent déjà plus.

Sa bouche exultait de l'avoir senti l'espace d'une seconde. Elle écoutait les yeux grand-ouverts sur le frigidaire. C'était ce qu'il y avait de plus familial ici, encore, dès pense-bête, un dessin, deux, trois aimants. La photo d'une femme. Pas elle. Évidemment, pas elle. Elizabeth était un corps non-retrouvé, une bouteille mal jetée à la mer, un visage clair et singulier qu'on a pas l'habitude de trouver sur de grandes plages hâlées. Elizabeth a les paupières closes, maintenant, ça fait longtemps qu'elle s'est promise de tout dire, la douleur, c'est un effet secondaire une fois que tout a explosé, non? Son corps frêle, mais endurci par un je-ne-sais-quoi d'humain, de femme morte se laisse tomber contre l'évier, en face, elle croise les bras, plante la tête entre ses mains très brièvement, reste ailleurs, un moment. Je savais. Je savais que. Sur les papiers, je serai morte. Pendant que ses ovales fuyaient encore Andrew, elle avait tout remarqué autour, pas encore de photo de Katherine. Et pourquoi il avait choisi Katherine. Pourtant c'était le prénom qui l'avait fait sourire quand Eliz l'avait proposé, la moue décousue par le sommeil, en plein milieu d'une nuit où ils ne savaient pas se taire. Ils parlaient tellement comme des gosses. J'ai réalisé que quitte à ce qu'un de nous deux reste, ça devrait être toi. Tu serais parti bientôt. J'aurais pas supporté. Est-ce-qu'elle se rend compte de ce qu'elle est en train de dire? Ça tenait debout tout ça, ça valait le coup? Quand les allemands ont fait assaut ici, les gens ont flippé. J'ai pas eu le temps de faire ça. Y a eu Kat. Tout ce qu'elle disait se suivait de longs silences, parce qu'aujourd'hui tout avait l'air tellement fou. L'association secrète, le départ, le je reviens pas j'vais me battre d'abord. C'était déjà le bordel. Elle pouvait pas faire ça, elle pouvait pas. Il trouverait un moyen de faire sans elle. Non, ils le feraient tous. Je leur devais ça. Je leur devais un peu de moi. Nous, on allait bien. Je suis entrée dans les armes. Ça a duré un an... Eliz s'est rapprochée de la fenêtre, le cadre se refermait, elle sentait encore Andrew, tout près, cette torture qui a l'air de rien sauf d'un rêve. Avant de repartir, je suis passée à la maison. Y avait ta mère. Pourquoi c'était grotesque? Pourquoi? Ses doigts glissèrent au bord de sa figure, elle détacha ses cheveux. Ça a l'air d'être une fille bien, non? D'un rapide geste elle avait désigné le frigidaire. Toujours ce tact d'avant, toujours cette délicatesse. Telle mère, tel fils, Tobias qui déboule sur le carrelage bicolore l'visage baigné de larmes qui dit: Tu t'en vas encore?
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Lun 4 Jan - 0:44


L'île a beaucoup saigné ces dernières années. Elle n'a plus rien de magique à ses yeux, il n'y a que du vrai ; est-ce qu'on peut dire qu'elle a été épargnée parce que ce n'est qu'un bout de terre perdue dans l'océan mais pas assez pour qu'on l'oublie, est-ce qu'on peut dire que c'est moins dur parce qu'il y a plus de survivants que de fantômes ? Est-ce qu'on peut passer à autre chose maintenant que le monde est calme, que les grosses bêtes se sont endormies ? Il y a eu des pertes, partout, même ici. Des toits se sont effondrés sur des lits d'enfants affreusement vides, des creux ont été taillés dans la peau terreuse de l'île, les rues sont plus vides qu'il y a de ça six ans parce que ceux qui ne sont pas morts ont toujours peur de voir le ciel s'enflammer une seconde fois. Ça n'a rien de drôle, faire partie de l'histoire c'est effrayant. Encore plus quand on sait qu'ils oublieront tous. Même eux. Même lui.

Sauf que ça ne marche pas bien, tout ça, c'est mal foutu. Les premiers jours, il a pas bougé, ce gosse déboussolé. Et puis, il s'est finalement relevé, mais ce n'était que pour tout casser d'avantage. Et quand on pensait qu'il s'était calmé, qu'il s'était remis, qu'il avait oublié. Quand on pensait qu'il était prêt à tout recommencer, il y avait ce fichu bout de papier, les trois briques qu'il avait réussi à empiler se sont effondrées et lui avec, pitoyable, pitoyable sur le sol carrelé, à attendre que ça s'arrête mais oh Andrew tu fous quoi là.

Elizabeth. Elizabeth Sawyer, cette gamine aux couettes rousses et aux petites mains qu'il aimait tant. Elle n'avait même pas douze ans qu'Andrew ne pouvait pas se défaire de son visage et une dizaine d'années plus tard il en a fait sa femme. Tout est allé très vite et pourtant rien n'est jamais allé de travers, à croire que pour une fois il faisait les choses comme il fallait. Et puis il y a eu Tobias, très tôt dans leurs vies, mais ça n'avait rien d'effrayant, c'était juste très beau, comme ça l'a toujours été avec Elizabeth. Jusqu'à ce qu'elle disparaisse, et là, peut-être bien qu'il s'en est voulu, peut-être qu'il a pensé qu'ils avaient tout fait un peu trop vite, trop intensément. Peut-être qu'il ne savait tout simplement plus ce que c'était que la vie quand elle n'est pas là, peut-être qu'il a trop espéré que les choses ne changent pas, qu'il l'aurait toujours, jusqu'à la fin, jusqu'au dernier putain de souffle. C'est bête n'est-ce pas, mais sur le moment ça lui semblait être la seule chose en laquelle il voulait croire. Mais elle est partie, elle est morte, il y avait son cercueil à quelques pas de chez lui, il y avait Tobias, tous les jours, et puis Kat, oh Katherine était probablement le coup de grâce.

La première fois qu'il l'a tenue. Quand sa mère lui a tendue son enfant et qu'il n'a vu que ses yeux, qu'il n'y avait que lui et ce bout d'humain entre ses mains, c'était plus douloureux que de rentrer dans une maison vide de tout ce auquel il tenait le plus au monde, parce qu'il y avait ses yeux et c'était comme voir Elizabeth là où elle n'aurait jamais pu être.

Quand elle a disparue de sa vie, Andrew n'a fait qu'aller de travers. Peu importe ce qu'il faisait, ce n'était jamais ce qu'il fallait. Les photos d'Elizabeth ont disparues, il ne reste plus que celle où on les voit, tous les trois, parce qu'il ne pouvait pas faire ça à Tobias. Ou peut-être que ce n'était pas Tobias mais lui-même. il n'y a plus grand-chose qui fonctionne chez lui vous savez. C'est triste, c'est dur mais c'est comme ça. Ils ont tous perdu quelqu'un, après tout.

Et maintenant qu'elle se tient dans sa cuisine, est-ce que ça va mieux ? Est-ce qu'il a l'impression de pouvoir respirer pour la première fois depuis trois ans, est-ce que c'est ça de retrouver la personne qu'on a cru avoir perdue ? Est-ce que ça va se reconstruire maintenant, est-ce que ça va Andrew? Ses mots ils s'attaquent à son esprit plus très droit, plus très raisonnable, et ça ne le soulage pas. Ça ne l'aide pas à retrouver le chemin, c'est toujours le bordel dans son crâne dans sa vie putain qu'est ce qu'elle fout là ? Arrête, il murmure alors qu'elle parle des allemands, des obus, de la guerre, comme s'il ne savait pas ce que c'était ! Elle est là, juste devant lui, elle se tient là plus vivante que jamais, alors que lui, il a l'impression de sombrer encore plus à chaque mot qu'elle lui martèle dans la peau, et puis il y a Katia.

Une petite voix s'élève et Andrew baisse un regard brouillé de quelques larmes qu'il a retenues depuis trop longtemps et puis il tourne la tête pour les essuyer avec rage, contre lui, contre elle, contre tout le monde, contre tout. Pas contre Tobias, qui vient pleurer dans les jambes de sa mère, ses mots aussi tremblants que les doigts d'Andrew, il secoue la tête et s'accroupit à la hauteur du gamin. Eh toi, qu'est ce que tu fais debout à cette heure ? Il passe des mains agitées sur ses joues et lui offre le genre de sourire qui est douloureux à faire, vous savez, quand il faut être fort alors qu'on ne l'est pas, qu'on a juste envie de disparaître un instant. Elle est là maintenant Maman, tu devrais pas pleurer regarde, elle est là.

C'est le même gosse auquel il a dû expliquer ce que ça veut dire, la mort. C'est le même gosse qui a dû se lever, un jour, sachant qu'il ne reverrait pas sa mère parce qu'elle est partie. Et il lui avait dit qu'elle ne reviendrait pas, parce que c'est ce qu'il avait dû accepter, lui aussi. Elle ne reviendrait pas. Tu leurs devais rien Elizabeth. Ni à eux, ni à personne d'autre, même pas à moi. Mais tes enfants. Putain tu leurs devais quelque chose, à tes gosses.

- Andrew ? Qu'est ce qu-…
La fille sur le réfrigérateur, elle a parlé.
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Lun 11 Jan - 11:46

Tobias joue dans le grenier. C'est un de ceux qui faisaient rêver Elizabeth quand elle était petite vous savez? Avec des poutres au plafond, des coffres en bois contre les murs en plâtre, des trésors dans de toutes petites boîtes. Y a l'odeur des livres peignée sur les boisures et le parquet craque sous les pieds. Gosse elle se planquait souvent dans les combles de la grande baraque des parents Cunningham. Elle se prenait pour une pilote d'avion, c'était impressionnant pour elle, deux ailes droites et fières, des cercles rouges dessinés dessus et toutes ces formes compliquées. Oh ça la fascinait. Ses grands yeux de fille, elle les planquait sous des lunettes de vol avec de larges bordures en cuir. Souvent ses cheveux se prenaient dedans, mais ça l'empêchait jamais de déambuler dans le couloir en faisant des bruits d'moteur. La rousse elle dégringolait sur les pavés de l'île avec ses genoux rouges. Y avait de la magie sur Upapany, y avait de quoi voler, faire son Icare et pas trop paniquer. Oui revenons à Tobias, il cherche une émeraude, un butin de pirate, de quoi dans l'anachronisme devenir Jack Sparrow. Le coffre de "Elizabeth", c'est interdit de l'ouvrir alors, évidemment il l'ouvre.

C'est dingue en trois ans, son parfum semble remonter et caresser le toit. Le petit a le nez dans la poussière, mais c'est marrant cette odeur. C'est du miel? Il met ses mains à l'intérieur, maladroitement et en sort une boussole, trois journaux pleins de couleurs différentes, une robe avec des fleurs dessus qu'a l'air d'avoir été abandonnée au milieu de sa broderie. Son trésor, Tobias il l'a trouvé. C'est une chaîne en argent, mais bizarrement pour Tobias, c'est pire que joli. Un pendentif ovale au milieu, qui est bien fait, bien monté. Il l'ouvre et le repose de suite.

Ses cheveux de jais sur une photo ça se remarquait. Ou alors son sourire qui remontait jusque ses oreilles. Mais là il était tout maigre, une clope au bec et puis il avait une sorte de poule sur la tête. Du coup Tobias s'est un peu renfrogné comme si c'était trop compliqué pour lui de comprendre. Ce papa ressemblait pas à Andrew. Tobias l'appelait parfois Andrew, c'était moins Papa mais ça avait l'air plus vrai.

N'importe quel môme se retrouve pas à vivre avec des fantômes.
Les fantômes sur cette île c'est pas commun. Au début, ça s'est un peu ébruité que la femme de l'ingénieur était timbrée, qu'elle restait à l'intérieur tout le temps. Avec les années on a parlé de divorce, de fugue, d'enlèvement. Plein de rumeurs sur la rousse qui avait fait jaser parce qu'elle était bizarre et qu'elle aimait pas grand monde. Elizabeth était partie. Ailleurs. Cet ailleurs il a fait beaucoup de dégâts.

Quand son fils s'écrase contre sa jambe, son cœur fait pareil dans sa poitrine. On dirait qu'c'est la première fois qu'elle le voit avec ses joues enflammées, sa gorge en panique. Eliz retourne à la photo sur le frigo, peut pas écouter Andrew, ni son corps replié pas loin, penché, ni son timbre étouffé qui s'écorche sous les sanglots. La disparue fout une main dans ses cheveux, inspire.

Et puis quand elle arrive. La main sur le ventre, la voix d'une femme heureuse, et dans la tête de Sawyer. Des bombes. Des cris. Ou le silence. Elle est sonnée comme si un obus avait explosé dans sa tête. - Personne vous apprend à rester. Personne vous apprend à bien aimer. -

Oui c'est de travers Eliz. Un tsunami dans la cuisine. Se contenir. Comme si c'était une mine sous ses pompes. Elle a pris cette photo quand il était remonté contre elle. Il avait plu et Elizabeth avait regardé son dos en riant. 'Ton dos ça me rappelle l'espace, les fusées, les astronautes avec des grains de beauté partout.' La cigarette  avait fini dans sa bouche, Andrew disait. Ou bien ses yeux? 'Et mon fils bordel! Et ma fille!' La rouquine avait tracé un long chemin entre ses omoplates, il avait la peau mate, Nagoya s'était posée avant. 'Il sera gentil ton fils. Comme toi.'

Elle ne fait pas attention cette fille. Elle est folle cette fille. Elle est inconsciente cette fille. Elle est pas humaine cette fille. Putain elle va finir seule cette fille.
Elle avait fini par prendre un vaisseau et s'en aller. Quelque part elle avait toujours été volatile. Un oiseau avec son regard malicieux, ses petits envols. Mais jamais vraiment elle n'avait voulu partir.

C'est rare de trouver quelqu'un avec qui on est bien là, maintenant.
Si c'est plus elle. Cette fille alien qui a brisé ses ailes.
A quoi ça sert?

La rousse recule, recule encore à l'intérieur de sa tête, c'est au revoir, le prochain train sera mon amant. Mais c'est Elizabeth. Tout ce qu'elle fait, sans réfléchir, c'est attraper Tobias et il tient fort ses cheveux roux. Elle peut pas s'empêcher de penser que cette femme a les mêmes.
Puis d'un coup Andrew qui l'attrape avec ses océans fuyards. Un bleu sombre qui tue et qui s'en va.
Mais elle a l'air de dire. 'Mon amour.' Et non. Elle s'en va, dans le couloir, Tobias qu'a arrêté de pleurer. Pas un regard pour la fille sur la photo. Rien.
Aujourd'hui la guerre ferait tout pour se terminer. Elizabeth a les bras tremblants, dans le noir, elle se décompose.

'Maman?'

Ça suffit de pleurer. Ça suffit. 'C'est moi.' J'en sais rien. 'Mais tu peux m'appeler Elizabeth.' Le gosse fait non de la tête. Faut se taire maintenant.
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Sam 20 Fév - 23:47


"Samedi, 27 octobre 1942

Si c'est une blague, elle est vraiment pas drôle Eliz. T'es où. T'es où putain."

Ça fait trop longtemps qu'il a pas dormi, le pauvre gosse, il a du mal à fermer l'oeil depuis qu'il y a plus personne pour lui chanter une berceuse - mais sa voix suffisait, sa voix, c'était assez, il veut pas qu'elle chante, juste qu'elle dise quelque chose, deux mots, peut-être même trois, il veut juste entendre sa voix rien d'autre. Et puis, le matin quand il ouvre les yeux la première chose qu'il voit, c'est à quel point il est vide, ce putain d'lit, quand y'a qu'lui pour y passer la nuit.
Un jour, il était tôt, peut-être quatre ou cinq heures, plutôt cinq. Quand il a tourné la tête, y'avait quelqu'un, allongé là, et il s'est dit que c'était fini, tout ça. C'était une rousse, ses cheveux, ils bougeaient à peine sur ses joues, ils coulaient rouges sur son matelas, mais c'était pas du sang - ça sentait les fleurs, comme celles qu'il achetait de temps en temps quand le ciel ne les avait pas tous trahis encore. Les fleurs, au printemps, quand elles commencent à rendre les chemins plus agréables à suivre, voilà ce que ça sentait. C'était la première fois que le lit n'avait pas dit un seul mot devant le désespoir de l'ingénieur, parce que pendant quelques secondes, ça avait l'air d'aller mieux. Mais Elizabeth, elle avait les cheveux plus clairs, la peau plus pâle, probablement parce que c'est un fantôme maintenant.

"Mercredi, 3 janvier 1943

S'il te plaît, reviens. C'est dur sans toi. Je sais plus quoi faire, tu reviens pas, pourquoi tu reviens pas Elizabeth. Me laisse pas. S'il te plaît me laisse pas tout seul, j'y arriverai pas. T'avais pas le droit d'partir. Eliz. S'il te plaît. Je t'aime."

La guerre, elle est jamais partie. Les gens dehors, ils ont retrouvé un peu de leur couleur, et c'est toujours aussi bruyant au marché. Les gamins, ils courent dans les rues, ils jouent au ballon, ils partent se cacher derrière les briques sales ou en dessous des grandes tables. C'est comme si on avait mis le monde en pause pendant quelques années, qu'on l'avait oublié, et puis, quelqu'un est passé par là et s'est dit qu'après tout ce temps, pourquoi pas ? Les sourires qui étirent les visages fatigués, c'est beau, et retrouver les étincelles dans les océans de chacun, ça rend le paysage un peu plus chaleureux, on a le droit de s'dire que c'est passé maintenant. Que c'est fini.
Et puis, le dimanche, ou n'importe quel autre jour, au cimetière, on voit les mêmes gens qu'on a croisé quelques heures plus tôt dans les rues de la ville, on voit les mêmes gosses, ils ont arrêté de courir et de rigoler. Andrew, on lui a dit d'arrêter d'y aller, il a refusé parce qu'il voulait pas la laisser seule. Mais elle est morte, ça fait trois ans qu'il parle à un tas d'ossements, aujourd'hui il se rend compte qu'il parlait à un cercueil vide, tout ce temps. Y'en a combien d'ces gens là, sur le cimetière, qui auraient tout fait pour parler au vide, qui auraient tout fait pour voir un fantôme se glisser par leur fenêtre, leur dire que c'était qu'une très mauvaise blague, que c'était vraiment fini. Y'en a combien, d'ces gens là ?

"Lundi, 20 juillet 1943

Aujourd'hui ma mère m'a dit que ce qui l'avait aidée, avec mon père, c'était de prier. Mais j'ai pas envie de prier, pourquoi je ferais ça, c'est débile, y'a pas de Dieu. Ça existe pas, c'est des conneries, des putain de conneries, j'veux dire, tu serais encore là si y'en avait un non ?
Dis, ça a fait très mal, de mourir ?
Tu sais quand j'étais petit j'ai toujours dit que je voulais crever de vieillesse, pendant mon sommeil. En fait, j'espère vraiment qu'il y a pas de Dieu là haut, et qu'il m'a pas entendu dire ça, parce que j'ai changé d'avis.
Tu me manques."

Le pire c'est qu'il ne sait même pas s'il en fait partie, de ces gens, parce que ça fait des ans qu'il s'bat dans sa tête. Y'a son corps qui suit plus, qui l'a abandonné sur le trottoir mouillé, à côté des grands bâtiments, paraît que ça inquiète sa mère, paraît qu'il a les mêmes tendances que son père. Il a commencé un mois après sa mort, c'était rien, c'était juste histoire d'oublier, d'avoir l'esprit brouillé pour qu'il ait l'air de quelque chose, enfin. Sur le coup, c'était comme un remède miracle, c'était un gros pansement sur son coeur décapité, sur ses membres maigres d'avoir trop attendu- qu'elle revienne, peut-être par la fenêtre, oui, pourquoi pas. C'est con à dire mais sur le coup, il s'est senti un peu plus vivant, un peu plus quelque chose, et puis il a enchaîné, parce que c'est comme ça que ça marche, il l'a vu chez son père.
Ça va pas mieux maintenant. Mais il boit que la nuit, quand les gosses sont déjà au lit et qu'il est tout seul avec la chaise vide, la place sur le canapé, vide, elle s'asseyait toujours dans le coin droit pour lire ses bouquins - avant il avait toujours un sourire aux lèvres quand il la découvrait ici, à relire un de ses pavés ennuyants. Il a fini par les lire lui aussi, comme il restait plus grand chose d'elle, mise à part ses livres et ses dessins, il les a tous lus. Ça lui donnait des sujets de discussion, vous savez, avec le cercueil vide.
Alors voilà, l'alcool ça résout pas les problèmes, ça ramène pas les morts. Ça l'a jamais ramenée - c'est vrai qu'il espérait, quelque part. Qu'elle débarque dans sa cuisine, qu'elle passe à travers sa fenêtre, oui il l'a espéré ça. Et il a bu, parce qu'on dit que tout a l'air plus accessible quand on est saoul - c'est vrai. Mais ça l'a pas ramenée.

"Jeudi, 12 Février 1944

je crois que c'est bon. Je crois que c'est rentré, cette fois. Tu reviendras pas, t'es partie pour de bon. Aujourd'hui, j'ai retrouvé tes dessins, et Tobias est entré dans la chambre, il voulait voir, alors je les lui ai montrés. Tu sais, il parle souvent de toi, et c'est bête mais je voulais jamais parce que. Ça fait mal, un peu. Mais il avait l'air content de voir quelque chose que tu as fait, je pense que c'est mieux comme ça.
J'ai beaucoup merdé, pas vrai ?
Je suis désolé. Tu me manques énormément. J'aimerais vraiment pouvoir dire que ça va mieux maintenant, mais. Je sais pas. C'est que c'est dur quand t'es pas là.
J'ai rencontré une fille dans le parc, la semaine dernière. Elle te ressemblait vraiment de loin, je crois que ça m'a un peu fait perdre la tête, mais elle est gentille, et puis Tobias l'aime beaucoup. Elle a un joli sourire, ça change un peu.
Mais le tien me manque."

Katia, elle a perdu son joli sourire ce soir. C'est ce qu'il préfère chez elle, son sourire. Le jour où il l'a vue, assise sur ce banc, un bouquin en mains, il a vraiment cru voir Elizabeth - un fantôme, ou alors il s'est dit que peut-être on l'avait écouté, finalement, peut être on lui avait rendu Elizabeth. Et puis son nom s'est échappé de sa bouche, elle s'est tournée et, évidemment. Andrew il s'est rapidement excusé, il est parti. Quelques jours plus tard, c'était au centre-ville avec Tobias, la même chevelure rousse, et puis c'est là qu'il s'est rendu compte. C'est pas le même roux, il est plus vif, celui-là. Vivant. Mais elle avait toujours ce très joli sourire quand elle l'a vu, et puis ils ont parlé, et maintenant, elle se tient dans sa cuisine, une main sur son ventre, c'est son gosse, le sien.
Katia, elle lui a jamais dit que ça irait. Elle lui a dit, c'est pas grave, tu as le droit d'être triste. Tu as le droit de ne plus vouloir avancer, tu as le droit, de merder. C'est pas grave. Et puis elle est restée. Elle a rien dit d'autre, elle est restée, quand il faisait noir partout même dans son crâne. Elle est pas partie quand elle a appris pour l'alcool, elle est pas partie quand elle a appris pour ses colères, elle est pas partie, elle bouge pas de sa dalle froide, à lui lancer ses confusions pour qu'il les attrape de ses deux mains.
Elle est pas partie quand il savait pas comment réagir, pour l'enfant.
Elle est venue avec lui, au cimetière. Elle a porté les fleurs, les lui a donné.
Je sais pas. Je sais pas.

"Samedi, 9 Avril 1945

ça fait plus de deux ans maintenant. C'est pas grand chose dans une vie, c'est vrai. Je sais pas, ils ont dit que ça passerait vite mais. J'en ai pas l'impression.
C'est dommage que tu sois pas là pour voir Kat, elle rigole tout le temps c'est incroyable. Et puis avec Katia elles s'entendent super bien, elle prend vraiment soin d'elle. C'est rassurant, tu sais. Quand elle est là, j'ai l'impression que ça fonctionne. C'est mieux que quand je suis tout seul, pour les enfants. Pour moi aussi, probablement.
D'ailleurs, Tobias a encore ton dessin accroché au mur de sa chambre, ça me fait toujours bizarre de le voir quand je monte lui dire bonne nuit. Il te ressemble énormément tu sais. Mais la pire ça reste Kat. On dirait toi en plus jeune, en moins rousse aussi. Pourquoi aucun de nos deux enfants sont roux ?
( enfin, peut-être le troisième, je sais pas )
Je pense beaucoup à toi. C'est toujours très dur mais, je suppose qu'on finit par s'y habituer.
J'aimerais entendre ta voix, une dernière fois. J'ai toujours notre photo dans mon portefeuille d'ailleurs, j'ai jamais réussi à l'enlever. T'es magnifique, Elizabeth."

Elle est partie, encore une fois- dans le couloir, avec Tobias. Katia, elle s'est approchée, elle a chuchoté quelques mots, posé sa main sur son visage, il a secoué la tête. Tu devrais retourner te coucher. C'est plus facile comme ça, c'est plus facile que de lui dire que sa femme décédée il y a de ça trois ans, vient de revenir à la vie. Il faut que je lui parle. et il a pris sa main.
Katia, elle est jamais partie, pas une seule fois depuis qu'il l'a aperçue, assise sur ce banc, dans le parc qui le hante toujours ( c'est le parc de la photo ).
Ce soir elle est pas partie non plus, elle lui a demandé, Andrew, est-ce que ça va ? Et il a pas su lui répondre, parce qu'il savait pas. Il sait pas, si ça va ou pas, il sait pas il comprend pas ce qu'il se passe. Elle l'a reconnue, la femme des photos, la femme des dessins, la femme des lettres, la femme du garçon, celle qui le hantait toutes ces nuits quand c'était à elle de glisser sa main dans la sienne. C'est Elizabeth, la femme morte.



Ils sont restés comme ça pendant que l'aiguille de l'horloge a continué à faire ses tours réguliers, plusieurs, où elle a essayé de comprendre à la place d'Andrew. Elle l'a écouté de la même façon qu'elle l'avait écouté, ces nuits où ça semblait trop lourd à porter, où il s'écroulait sur le matelas, où même l'alcool ne l'aidait plus à aller bien. Et tout ce qu'elle a vu, c'est la même détresse dans les yeux du garçon, celle qui faisait trembler sa mâchoire et ses doigts et son souffle, tout. C'était une construction sur le point de s'écrouler.
Elle a rien dit. Quand son visage s'est calmé, elle l'a tiré par la main, dans le couloir, elle lui a souri et lui a dit "Ça va aller" pour la première fois.
Elle lui a menti pour la première fois.
Et puis elle est montée dans la chambre, l'a laissé avec son fantôme, parce que c'est ce dont il a besoin - Katia, elle sait plus trop ce dont elle a besoin.



Il s'est arrêté devant la chambre de Tobias. Ils étaient allongés dans le petit lit et il avait sa main dans la sienne, il s'est endormi.
Contre sa mère- Elizabeth.

"Samedi, 27 octobre 1942

si c'est une blague, elle est vraiment pas drôle Eliz. T'es où. T'es où putain.
Tu peux pas m'faire ça. T'as pas l'droit, Eliz, dis un truc, fais moi un signe, quelque chose. J'ai besoin de toi.
Eliz putain.
Me fais pas ça."
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Mar 8 Mar - 23:32

Y a cette tâche rouge qui monte sur le visage de la fille en pleine tempête, et deux regards sur elle. A la fin de la guerre, quand ça a fini par exploser beaucoup trop pour se poursuivre, les poitrines sont retombées, les cœurs ont ralenti. Sa voix criarde, pas douce, pas tendre malgré la taille ridicule de son corps, s'était bloquée au fond de sa gorge. Elizabeth Sawyer a demandé si elle pouvait 'Rentrer à la maison.' Quitter son champ de mines personnel, ses trois années de service, sa cage de cinq mètres carré qui la fait suffoquer depuis la dernière mission. Un bout de shrapnel dans le bras, c'était normal à ce stade pour elle, les points de suture. Elizabeth c'était un obus et les balles ont percé les murs quand on lui a dit qu'elle pouvait pas partir. 'Elizabeth, comment tu veux foutre en l'air une couverture si vieille, qu'elle t'a rendue morte?'

Son visage s'est fendu en deux, ça y est, elle était dans le noir total, elle a hoché la tête, a dit que c'était pas grave. Mais oui ça va aller. Trois ans c'est déjà beaucoup, trois ans c'est sans doute assez.

Il a les yeux comme des océans, les océans ont sans doute débordé, maintenant. Ce qui fait peur, c'est qu'il lui semble avoir oublié son visage, quand ça arrive elle plante les ongles dans ses genoux, elle supplie de se souvenir un peu, au moins un peu. Prier un Dieu qui sourit probablement derrière ses nuages inexistants. Un appel à l'aide qui se murmure tard la nuit, elle c'est encore une enfant, et elle le sait pas. Elle s'en rend pas compte, tout est devenu tellement grand en vingt-six mois, des poussières, un petit saut de l'ange après une fausse-mort pas rédigée. Oui techniquement, elle n'est pas 'disparue', elle est inexistante. Alors elle tremble face à ses supérieurs, elle dit qu'elle n'y arrive pas. Elle se tord comme une gosse sous le coup de la colère, laisse ses joues cramoisir, plisse les bords de ses yeux fatigués, elle a attrapé cet ouragan qu'était le monde à l'époque. - en sortirait pas? - Quelqu'un a sans doute pris sa place, depuis que la pluie a arrêté de frapper sur les toits sans arrêt à faire le deuil des petits qui clamsaient, des hommes qui revenaient pas, des amants qui se déchiraient.

Boum, ça a dû faire dans la tête d'Andrew, un boum formidable qui laisse un trou béant, une fosse commune à remplir à la pelle d'eau de larmes. Un vrai poème, Andrew. Une image qui entre les lèvres de la rousse ressort doucement et s'évapore à chaque fois, Andrew a perdu de sa prestance, de sa moue de mioche, les petits sourires qui berçaient Eliz, si elle arrivait à s'en souvenir. Elle a l'impression d'être une blessée de guerre, ça lui vient, une fois par mois ou quelque chose comme ça, elle se met à attendre une lettre de son mari.

Il dirait que les enfants vont bien, qu'il a toujours mieux cuisiné qu'elle, que la bouteille whisky reste dans le placard au moins une fois sur trois. Il dirait qu'il a grandi, lui parce qu'il est un super papa d'après l'entretien qu'il a eu avec sa personne dans son dernier rêve. Il est génial, il ajoute. Il fait des petites fleurs dans la marge et ajoute des chansons qu'il aime bien en ce moment, et puis il s'excuse parce qu'il 'ne se souvient jamais des titres.' Elizabeth glisserait, la tête au bord de sa couchette militaire, elle embrasserait le papier, parce que c'est ça que font les amoureux dans les livres.

Quand elle répondrait, elle commencerait par un commentaire agacé. Oui elle écrirait que ses robes lui manquent. Une femme dans un pantalon, c'est beaucoup de confort, mais tu sais Andrew, la couture c'est très excitant. Dis est-ce-que tu voudrais pas essayer d'en faire une pour moi? Quelques bêtises étalées ça et là, le manque, la nourriture qui n'est pas la sienne, les tristesses aussi. S'il pouvait savoir ses paniques, ou les fois où elle ne dort pas.
'C'est un lit une place, mais il a l'air vide malgré tout.' Sawyer a pris quelques centimètres, ou alors c'est l'arme entre ses mains qui a fini par la rendre imposante. Ses cheveux de fée, désormais il y avait des soldats pour les voir rassemblés sont un couvre-chef en laine, quand il faisait froid.

Andrew aimait bien quand elle prenait le temps de se faire des nattes. Il y a les deux enfants, Andrew et Elizabeth, eux ils savaient toujours ce que ça faisait que d'être heureux. Parfois elle espérait le voir apparaître au milieu de nulle-part, pour lui tenir la main. Et elle dessine la chaleur de ses doigts dans sa tête, elle dresse un portrait de son futur lui. Un Andrew avec trois fois trois cent cinquante-cinq jours de plus. Son Andrew.

Quand ses doigts ont glissé contre le mur et que Tobias a laissé le silence la porter jusque la petite chambre, elle s'est souvenue de quelque chose. Elle s'est souvenue d'un été où il était parti pêcher quelques jours avec les anciens de l'île, et elle n'avait pas eu de nouvelles. Son fantôme avait été rapide, mais il était passé. Il avait tranché son estomac d’anxiété et son sommeil de peurs compliquées qui froissaient les draps et retournaient le cerveau. Elle se demandait où il était, s'il allait se montrer bientôt, lui attraper la taille, en silence, lui déposer des tendresses partout où il pourrait. Elle pensait à cette fois-là. ( elle pensa à ses chutes aussi. )

Elle pensa aux vents qui l'ont porté à droite à gauche sans le lâcher, aux deux heures du matin, le noyant, aux sourires sur sa bouche, arrachés, aux chambres plongées dans le noir, aux tentatives de parler, et aux silences.

A chaque fois c'est pareil, les gens s'en vont. Sur ses jambes, les nervures se font toutes rouges, les doigts vont et viennent dans l'atmosphère grise qui mange la pièce. Elle se réchauffe, et le petit se blottit contre elle, sa poitrine chaude, son souffle court et emmêlé de pensées qu'il ne questionne pas, sa main tremblante trouve la sienne. Minuscule. Il y a une balance quelque part dans l'univers, tu sais. Parfois on retombe d'un côté, ou de l'autre. A quoi ça ressemble, Andrew, les jours sans moi. Qu'est-ce-que ça fait, est-ce-que ça pique, ça brûle, ça fige. Est-ce-que la nuit est autre, est-ce-que l'eau est plus froide, moins froide, est-ce-que ça change. Quoique ce soit.

Si je m'en allais, alors à quoi ça ressemblerait? Elle lui posait des questions idiotes sur la plage, pendant qu'ils se penchaient vers le sable, ça les faisaient rigoler avec leurs salopettes de bambins et leurs grosses joues roses. Leurs premiers souvenirs, les plus vieux, ceux qui ne ressortent que le dos contre le mur, et les poumons pris par la nicotine.
C'est des conneries, Elizabeth. Personne n'est la personne de personne, il pense pas à toi. Dans la foule. Quand il est sourd, il commence pas à entendre ta voix qui court contre les parois de son crane. Il te retrouve pas dans les paroles des chansons qui roulent sur le tourne-disque. Il écrit pas ton prénom trente fois dans un cahier pour se le foutre dans la tête par pure torture. Il essaie pas, il en veut pas de l'autre moitié de lui. Toi, Elizabeth.

Sinon pourquoi.
Tout aurait autant changé?
Elle l'aime encore mais elle est figée en mille neuf cent quarente-deux. Elle l'aime encore mais les enfants ont grandi et la cuisine sent l'alcool, et le souffre de la drogue facile. Elle l'aime encore, mes les draps sont plus beaux qu'avant, et les enfants pleurent à cause d'elle. Elle l'aime encore, mais l'odeur de celle qu'il a trouvée baigne les lits, le papier-peint, les armoires, les vases de fleurs fraîches. Elle l'aime encore, mais elle se répète qu'elle a disparu, que c'est trop tard, que c'est foutu. Elle l'aime encore, mais elle le fixe, en silence qui se met près d'elle. - très loin d'elle. - Elle l'aime encore.
Mais c'est plus chez elle. Elle est belle. murmure Elizabeth qui se tortille, souriant, maladroitement, c'est exactement elle. Et en même temps plus du tout. Et Katherine? Elle est belle? Dans un souffle, elle prononce le nom de sa fille, et ses côtes se brisent, pendant un moment, elle s'étale sur le sol, elle se réduit en cendres. Pourtant ses mains jouent l'une avec l'autre, elle est là, en mille morceaux qui tiennent ensemble, flanchent pas, elle ne fait pas d'bruit, ne réveille pas le petit. Tu te souviens. J'avais dit qu'il serait comme toi. Sawyer tend le bras, va caresser ses cheveux d'ange. Il est gentil. -Il est.

Tu te rappelles, Andrew, quand tu demandais si j'allais bien, et que je disais oui.
Tu te rappelles, de moi, quand j'essaie de pas pleurer?
Tu te rappelles?

T'es heureux?

Regarde. Une morte qui parle.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Sam 20 Aoû - 10:44

Il l'aime encore. Oh, il a jamais cessé, peu importe le nombre d'heures qu'il a passé à s'effondrer sur le sol de la cuisine, seul, à l'abris de la compassion faussée de ceux qui tiennent encore debout, à l'abris des questions un peu confuses d'un gamin qui sait à peine parler. C'est de ces choses qu'on oublie pas si facilement, Elizabeth. C'est que, même après tout ce temps, il va encore se coucher dans ces draps qu'il connait bien, et chaque tendresse qu'elle lui souffle au visage pour qu'il s'endorme, c'est comme si tu étais encore là, quelque part, et que t'avais juste décidé de ne plus montrer tes genoux rougis et tes cheveux devenus un peu trop longs - quelque part, il est soulagé que sa fille n'ait pas la même flamme au dessus de la tête, sa fille. Sa fille, parce que c'est plus la tienne. Est-ce qu'elle ne l'a jamais été ? Parfois il se le demande. Est-ce que tu as pu la voir, est-ce que tu as pu la tenir, dans tes bras, contre ta poitrine, est-ce que tu as pu lui caresser la joue comme tu l'as fait avec Tobias ? Est-ce que, quelque part dans sa petite tête d'enfant trop jeune pour comprendre, est-ce qu'elle a gardé un fragment de toi, est-ce que tu vis encore, là bas ?

Il l'aime encore, comment aurait-il pu ne plus l'aimer. Certains jours sont un peu moins tristes, tu sais. Ce sont des jours où il ne pense plus trop, où il n'y a pas assez de ces silences qui lui dévorent les poumons, où tout est un peu plus simple parce que t'es plus dans sa tête, l'espace d'un instant. Ça aurait presque l'air banal. Un père et ses deux enfants, ils ont une mère, ils en ont une, mais elle est pas là aujourd'hui, elle a quelque chose à faire Maman, elle reviendra que le soir, Maman. Ces jours-là, ça lui arrive de rire vraiment, tu sais, et il a un peu de joie qui creuse ses joues et ses océans ont l'air un peu plus clairs.
Tobias, il a le même rire que son père, c'est ce que Katia n'arrête pas de lui dire.

Certains jours sont un peu moins tristes, oui. Parfois il oublie qu'il est tout seul, ça dure un peu, avant qu'il voit une image de la morte- de toi.

Il l'aime encore. Est-ce que tu lui as laissé le choix, le soir où tu t'en es allée ? Où t'as lâché ton dernier souffle alors que ton bébé vient d'en faire son premier ? Longtemps il t'as parlé - il faut dire que tu n'es jamais vraiment partie. Parfois, le soir, il y avait ton reflet assis à la petite table de la cuisine, comme tu le faisais souvent, avant, quand il pouvait encore te toucher. Mais, le pauvre garçon, il a juré l'avoir senti, ton souffle contre ses joues rosées, et tes doigts, ils étaient glacés sur sa peau devenue pâle avec le temps et la tristesse, il a juré. C'est quand, le jour où il a arrêté de parler au fantôme de son épouse décédée, dans sa cuisine, dans sa chambre, dans le petit jardin, à côté des fleurs que tu aimais tellement. C'est quand ? Il s'en souvient à peine, bien que les jours, depuis, ont continué à se graver à l'encre dans son cahier.  Il est devenu fou, qu'il disait. Je la vois, je lui parle, elle ne me répond pas mais je lui parle - j'essaie de l'atteindre, mais je crois que je tremble de trop, ça doit lui faire peur. Andrew n'a jamais obtenu la solitude du veuf qui devrait être salvatrice, parce que tu n'es jamais partie. Et puis, parfois il entend ta voix. C'est là qu'il craque, qu'il ne voit plus très clair, il pense que lorsqu'il se retournera, tu seras revenue, qu'il se réveillera enfin.
Non, Andrew a très vite compris que ça n'a rien d'un mauvais rêve.

Il s'est fait beaucoup de mal. A attendre, à essayer de comprendre pourquoi il a fallu que ça soit toi qui t'en ailles. A voir les jours passer sans que sa tristesse ne s'en aille, elle aussi. Il y avait beaucoup de colère, en ce garçon. Elle lui colorait le visage et les articulations, en rouge vif, rouge sang, rouge. Tout était rouge. Il en voulait au monde, il t'en voulait, à toi, plus que tout il s'en voulait à lui-même, de t'avoir laissée, de ne pas avoir été là, pour tenir ta main, de t'avoir laissée. Seul, il n'a jamais été une bonne personne. Constamment rongé par tout ce qu'il y a de mauvais dans l'homme et dans la vie, il était seul, il était comme mort. Il n'y a pas de mots pour décrire un homme qui vient de perdre ce auquel il tenait le plus au monde. Beaucoup s'y essaie, mais la douleur, qu'il ressent, le langage n'est pas suffisant pour l'expliquer - il aurait fallu le voir, Elizabeth, tu aurais dû le voir, quand il était rien de plus qu'une épave sur le point de s'éteindre, de se faire emporter par le vent. Peut-être que tu aurais compris- peut être que tu aurais compris qu'il ne pourra jamais être heureux, après ça (après toi).
Mais il l'aime. Il l'aime tellement.

Il l'aime toujours, cette nuit là, il le sait, il le sent, quand l'air lui manque, que la douleur, enfouie entre ses poumons depuis un temps déjà, commence à faiblir ses muscles et que ses pensées deviennent si bruyantes qu'il suffirait d'un regard pour tout entendre. Tu comprendras jamais, Elizabeth, tu ne peux pas. Après tout, tu n'étais pas là.

"Elizabeth ? Eliz ? C'est toi ?"
"Dis quelque chose. Parle moi. Est-ce que c'est vraiment toi ?"
"Tu es revenue ?"
"Eliz. S'il te plait. Eliz, dis moi quelque chose, peu importe, s'il te plait."
"Putain Eliz. Putain."
"C'est pas toi pas vrai ?"
"Putain !"
"Eliz..."
"Tu vas réveiller les enfants, arrête."
"Eh, eh regarde. C'est Tobias qui l'a fait."
"Oh, t'es revenue. Je pensais que tu viendrais pas ce soir."
"Pourquoi tu m'as laissé ?"
"Tu lui manques, tu sais."
"J'ai-... J'ai cassé une étagère. Désolé, c'est. Je voulais pas."
"Eliz ?"
"Pars pas."
"S'il te plait. Elizabeth."
"Tu peux pas-..."
"Putain."
"Putain Putain PUTAIN"
"Eliz..."
"Je t'aime, pourquoi tu restes pas avec moi."
"Je t'aime..."
"C'est vrai."
"Je suis désolé"
"S'il te plait."
"Je t'aime."
"Elizabeth."

Andrew, ce soir là, il a les océans agités, comme avant une tempête, quand il les pose sur la rousse. La rousse- c'est plus sa femme. T'es plus sa femme Elizabeth, tu es morte. T'as pas le droit. Il a attendu qu'elle sorte de la chambre, qu'il referme la porte pour que Tobias n'entende rien, bien que sa voix, elle, soit sur le point de se noyer. T'as pas le droit de revenir après trois ans et de me demander si je suis heureux. Il a le souffle chaud, bien que tout son corps soit glacé, et qu'il ait un peu de sa douleur qui s'échappe avec ses mots. T'as pas l'droit... Il l'avait entendue, au sujet de Katia, quand elle a demandé pour Katherine, quand elle a caressé Tobias du bout de ses doigts de fantôme. Qu'est ce que tu fais ici. Pourquoi t'es revenue.
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Lun 17 Oct - 0:56

Parfois elle croit à un naufrage; à une nuit sordide qui ne réveille personne, qui ne soulève pas le linge dans les jardins, n'affolle pas les clébards dans les rues, ne retourne pas l'estomac de ceux qui souffrent au fond de leur lit - en attendant le déluge, l'anxiété, le jour d'après. - Il y a des poussières d'elle étalées ça et là, pourtant les murs ne mentent pas, il y a eu une morte sur les photos, un cadavre dans le lit, une chaise vide dans la cuisine, une part de trop au déjeuner. Il n'a pas plu depuis des jours et l'air est sec, tendre, langoureux, il s'étale sur les épaules d'Andrew, d'Elizabeth - oui, il les suffoquerait presque. - Souvent il y a eu des silences, entre lui, entre elle, entre eux, de longues tirades de rien et des regards sans fin, des bouts de leurs mains qui s'effritent pour atteindre l'autre, qui s'effondrent en timidité. Un avant et un après. Mais c'est terminé ce temps-là, ça ne va plus fondre sur leurs joues le soir en rires, non, ça n'arrivera plus. Maintenant elle le voit qui coule, avec ses tristesses le long de ses bras, ses mains qui s'agitent comme elles l'ont toujours fait dans le vide et il bat l'air avec tout ce qui traverse sa bouche.

Elle lui dit; Je sais que j'ai pas le droit. lentement, sa bouche formant un long soleil, pliant, cédant, sans lumière, sans étoile sans rien, juste un, deux, trois mots qui n'excusent rien. Elle a choisi de le vivre ce moment et tous les autres elle a aussi choisi de les rater. Qu'elle soit toute petite, qu'elle soit accommodée à la distance, à l'espèce de néant, le trou noir entre elle et sa famille, elle n'y voit plus rien. Oui, dans le couloir, elle y voit plus rien. Elle le voit lui qui s'essouffle sans elle, il a pas besoin de plus de mots, d'explications, il a besoin de savoir ce qu'elle fait là,  elle, pas de pardons, pas de désolés, pas de chutes grotesques, pas de larmes de crocodile, pas de détresse. - Pourquoi t'étais pas là, il a soufflé. - Elle fait deux pas en arrière, elle s'arrête là, avec ses deux mains s'agrippant aux bout de son pull, comme quand elle était gosse, comme quand il se brisait en giboulées, qu'elle essayait de rattraper la pluie qu'elle avait fait tomber sur lui avec une passoire et soudain, elle entend le parquet qui grince. Les autres qui vivent encore, les souris qui remuent dans le greniers entre les cartons remplis de ses affaires, elle entend tout. Absolument tout, mais pas elle, elle n'ose plus respirer, parce qu'elle devrait lui répondre, répondre qu'à ce moment précis elle n'a pas réfléchi, qu'elle a préféré s'en aller, parce que c'était elle ou Katherine. Elle, ou Katherine. Et elle, elle a eu peur. C'est tout, peur.

Tout prendre, absolument tout sans rien laisser. ( Elle n'imagine pas, elle ne peut pas, elle a pas été à l'intérieur de sa tête. ) Pourtant elle l'a tenue entre ses mains alors que les mers fuyaient de part et d'autre de ses yeux, Andrew avec les genoux par terre et ses grandes mains couvrant les siennes dans le noir pendant qu'ils se font des serments. - Il est minuit, c'est la dernière fois qu'elle le voit, avant la fin du monde, elle ne sait pas quoi lui dire. - Elle ne sait pas ce qu'il faut faire quand il n'y a plus rien à tenir du bout des doigts pour supplier, elle n'est pas sainte, elle n'est pas miraculée, juste clandestine, elle a pas le droit Elizabeth.

"Quand je dis ton nom, je sais plus si il est réel Andrew."
"J'ai la trouille, je sais pas."
"Faut que j'me taise."
"Tout est ma faute."
"Et si tu guéris pas."
"Est-ce-que t'es là?"
"Dis tu veux pas m'attraper, tu veux pas?"
"Tu veux plus."
"Laissez-moi."
"Seule."
"Mes amours."
"Et le mien, et le mien, alors."
"Ta voix, à quoi ressemble ta voix?"

Quand tu reprends ton souffle. Alors elle fixe la porte, la porte au fond du couloir, elle ne veut pas le voir avec son naufrage, elle ne veut pas, elle ne peut pas. Mais bordel, t'as quel âge, quand est-ce-que t'as perdu la tête! Sa silhouette se tord entre les murs, elle avale son accent doucement, crevant, abandonnant. Elle a envie de retourner chez elle, de retourner chez elle, de revenir. ( Alors dis-le-moi, Andrew, dis-moi, s'il te plait que ça va aller, que ça va. ) Oublie pas, oublie pas les bords de tes yeux, et moi qui les caresse, oublie pas, quand on était heureux, s'il te plait, oublie pas, tu m'as tenue si fort, Andrew. Alors t'en vas pas, pas tout de suite. Y a plus que toi, j'ai tout emporté, dans le naufrage. Mais tu dois être heureux, elle murmure. J'suis pas toute ta vie! Elle délire, elle délire. Putain je t'en supplie! Je sais pas ce que je fais ici.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: [FBPKBT] She was yesterday   Lun 31 Oct - 23:03


Non, non, non, t'as rien à faire ici Elizabeth,
c'est plus chez toi, ici, Elizabeth,
qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi ce regard,
pourquoi tu me regardes comme ça,
comme si, toi, moi, ça avait existé un jour,
pourquoi tu m'regardes comme si j'étais celui
qu'est parti,
y'a trois ans,
Elizabeth
- c'est plus chez toi ici.


Ils étaient si heureux.
Ses mots n'étaient autres que des vagues tièdes embrassant les bords de son visage comme s'il était l'horizon, elle savait rendre chaque "je t'aime" unique, de sorte à ce qu'il n'y ait pas eu un seul jour, où Andrew ne se soit pas senti aimé. Elle avait ce ton calme et doux, qui ne l'avait pas quitté depuis ce jour, sur la plage, où leurs orbes dorées par le soleil s'étaient percutées avec autant de délicatesse que des gosses de cet âge étaient capables d'offrir. Et le soir, quand elle lui chantait à l'oreille, avec ses paumes pâles qui traçaient des cercles contre son bras, il se souvient, de cette tendresse qu'elle avait dans la voix,
il savait que c'était ici, sa place.
Elle avait pris l'habitude de peindre des fresques sur sa peau constellée, rien qu'avec le bout de ses doigts, ça la faisait rire, sourire, elle était là, tout le temps, il s'était dit qu'elle voudrait jamais partir, enfin, pourquoi elle partirait ?
(après tout, elle m'aime, je l'aime, c'est simple)
Quand ils n'étaient pas étalés sur les draps, à souffler des bêtises comme des gosses de dix ans, Elizabeth, elle les peignait sur du papier, ces fresques. Elle avait toujours aimé dessiner, depuis qu'ils étaient gamins, il la connaissait à peine qu'il savait déjà, il venait lui apporter du papier et ses crayons, "juste au cas où", et quand elle n'avait pas le nez plongé dans ses livres, elle dessinait. Toujours, toujours, et Andrew, il aimait la voir sourire quand il lui faisait des compliments - elle a gardé ce même sourire avec l'âge, elle n'avait pas changé, si ce n'est que les quelques centimètres qu'elle avait pris, en cours de route, et les couettes qu'elle avait défaites avec le temps. Andrew, ça ne le dérangeait pas, souvent il s'amusait, les doigts emmêlés avec ses mèches rousses, et ça la faisait rire.
(quand est-ce que j'ai entendu ton rire pour la dernière fois ?)

Elizabeth, elle était tendresse, tellement qu'il se souvient à quel point Tobias ne la lâchait plus. Et puis il faisait la moue quand c'était Andrew qui le soulevait, alors il lui tendait toujours son gosse, il avait beaucoup trop d'amour pour sa maman, ça le faisait souffler, mais c'était beaux,
ils étaient beaux, tous les deux.
Il y a une photo de maman, dans la chambre de Tobias.
Il ne voulait pas l'oublier, maman,
elle serait toujours là,
maman,
maman.
(t'es où, aujourd'hui ?
est-ce que tu vas rentrer, demain ?)

Sa mère, à Andrew, elle avait beaucoup de soupirs suspendus aux lèvres, et lui, il s'embêtait à répéter,
maman,
je l'aime,
je l'aime vraiment,
- je suis heureux.
Margaret, elle le savait. C'est que, bien qu'il avait grandi, qu'il s'en était allé depuis longtemps déjà, son sourire n'avait pas changé d'un pouce, parfois, elle le revoyait encore gosse, devant le pas de la porte, avec son air un peu effronté au visage, les mains dans le fond de ses poches. Son fils, elle savait bien qu'il avait fini par trouver - et puis, peut être qu'elle n'a juste pas su supporter qu'une fille, cette fille, avait su prendre soin de lui,
mieux qu'elle ne l'avait jamais fait, elle.
(il n'a toujours pas retrouvé ses esprits, on dirait un animal, mais il est juste triste, je sais bien,
Tobias est très calme, Katherine aussi.
Il n'est pas venu une seule fois, il ne l'a même pas regardée, sa fille, il ne sait même pas à quel point elle te ressemble.
Est-ce que j'aurais dû lui dire ?
Je ne sais pas trop.
Ça n'aurait jamais dû se passe comme ça...)


Andrew, c'est une balle en plein torse qu'il se prend, ce soir. Une autre, dans la jambe, une autre, dans l'épaule,
une autre,
dans le crâne,
c'est fatal cette fois, n'est ce pas ?
Il a du mal à respirer quand il la regarde, l'écoute, avec sa voix si faible qu'il la distingue à peine dans le silence qui mange les murs jusqu'au plafond. Vraiment ? Ça se brise en éclat contre le parquet abimé, son souffle, il ne la quitte pas du regard, elle a l'air si vivante pourtant il ne la reconnaît plus. J'ai perdu ma femme ce jour là. C'est tout ce que tu trouves à dire ? Après tout ce temps ?
Que t'es pas toute ma vie,
que j'dois être heureux, maintenant, sans toi,
sans toi.
Et toi ? T'es heureuse, dans ce cas ? Dis-[il secoue la tête, c'est dur] Dis moi, j'suis pas toute ta vie moi, alors, est-ce que c'était dur ? T'as eu besoin de combien d'temps pour tourner la page, hein ? Dis moi, ça t'a pris combien d'temps pour que t'oublies tout ça ? Il a le visage enflammé, ça n'a rien de réel, il ne se sent pas réel, quand il la transperce de ses océans ravagés (même dans l'obscurité ses yeux brillent, ses émotions, tout est dans le désordre ce soir). On était une putain de famille !
Ça y est, il a réveillé Katherine.
Papa ?
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