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 Talk is cheap [ Elizabeth ]

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Elizabeth Sawyer
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Jeu 25 Juin - 14:46

Est retombée sur elle, la douceur de son prénom, ses petites épaules glissent sous les paumes d’Andrew, et Elizabeth se perd. Elle se perd dans leur passé d’infinie tendresse, les mots lui reviennent, ceux du dernier soir où elle promettait de rester. La tête pleine d’un vide insupportable, Elizabeth attend le sourire en coin, elle attend que Sawyer remplace tous ses espoirs, mais il lui a donné toutes ses lettres, et le regard du gosse qui regardait passer les écailles des poissons au fil de l’eau. Il y a ses doigts qui le cherchent et le trouvent quand il dit qu’il l’aime. Et si le décor ne se renverse pas autour d’elle, c’est l’impression qu’elle se fait, elle a embrassé la folie dans une étreinte incroyable, si bien qu’elle ne savait plus où regarder. Ou se perdre dans ses trois mots, fatalités. Andrew n’était peut-être pas réel.

Peut-être que c’était qu’un rêve, encore une de ses impatiences, encore un foutu rêve.

Ou c’était se dire qu’il ne va pas s’en aller, qu’elle a menti de tous les côtés, qu’elle va probablement se faire engueuler, est-ce-qu’elle a de nouveau quatorze ans ? Elle sait pas, elle voudrait en rire, mais elle n’a qu’une chaleur immense poussant son estomac à la plus affreuse détresse. Ses doigts courent le long des bras du brun, et au milieu de son dos, elle a posé sa bouche curieuse sur sa clavicule, pressé sa personne contre la sienne, elle voudrait disparaître tout contre lui. « Je t'aime. Fais-moi l’amour. Je t’aime. »

Elle entendait plein de filles dire ça, elle lisait plein de livres qui murmuraient ça, elle essayait de se faire à ces mots, et puis, doucement, elle souriait. Ça ne lui ressemblait pas de déballer tout ça, elle l’aurait probablement mieux attrapé dans des silences, comme elle aimait si bien jouer, si elle n’était pas tombée amoureuse de son meilleur ami, si elle n’avait pas commencé avec cette liste. Il devait savoir tout ça, mais pour Elizabeth, c’était mentir que de ne pas l’ajouter, après ses deux je t’aime et elle dirait encore, elle le dirait, elle le redirait. « J’ai ajouté à la liste que je coucherais pas avec toi. Alors si tu veux, si tu veux je m’en vais. Mais je t’aime. »

Qu’est-ce-que tu comprenais pas dans “je t’aime.”
Elizabeth, Elizabeth.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Mar 21 Juil - 23:16

La liste. Elizabeth était partie chercher des biscuits quand Andrew avait découvert l'existence de cette fameuse liste. A l'époque il n'y avait pas grand-chose d'inscrit sur le papier à lignes, dont elle avait décoré les côtés de motifs qu'il avait déjà remarqué dans un de ses carnets. Il n'y avait jeté qu'un rapide coup d'oeil quand elle était entrée dans la chambre, une assiette à la main, une grimace mi-embarrassée mi-irritée collée à son visage de gamine prise en flagrant délit. Enfin, il était bien trop intrigué par sa découverte pour penser à s'excuser, après tout elle avait raison, ça ne se fait pas de fouiller dans les affaires des gens. Mais plus tard il s'était dit qu'il avait quand même de la chance d'avoir une amie comme Elizabeth, qui pensait à lui même quand il n'était pas avec elle.
Mais le jour où elle s'était plantée devant lui, les joues légèrement teintées de rose, l'oeil agité par quelque fureur légitime, et qu'elle avait déchiré le papier d'un mouvement symbolique, Andrew avait rit.

Il l'avait trouvée ridicule, elle et cette liste. Pour lui, elle n'avait fait que tout aggraver. Il ne trouvait plus l'intention délicate mais déplacée, dépassée. Ils n'étaient plus ce qu'ils étaient. Elle s'accrochait à un bout de papier plus qu'elle ne s'était accrochée à lui, persuadée qu'y inscrire ses rêves les insèrerait dans sa réalité. Mais la liste, c'était comme une passerelle entre deux personnes qui s'éloignaient de plus en plus. Il ne leur restait plus rien si ce n'est cette liste.
Alors ce jour là, il avait ri. Parce qu'elle n'avait pas réussi, ils n'avaient pas réussi. À faire un pas l'un vers l'autre, sans penser au vide en dessous de leurs pieds, ni même à faire un pas en arrière afin de voir la silhouette de l'autre rétrécir.

Ils n'avaient pas bougé d'un pouce, incapables de pleinement lâcher prise.
« Elle a plus beaucoup d'importance maintenant. »

Ses doigts glissent à travers les mèches rousses quand leurs bouches se rencontrent une énième fois ; il y a leurs corps qui ne cessent de se trouver sous les draps du pénombre, écrasant un semblant de distance sous la chaleur, toujours plus présente, toujours plus enivrante. « Je veux pas que tu partes »
Il a les mains qui suivent les mouvements de la silhouette fine, le contact qui épouse sa féminité, le geste calme qui se débarrasse du seul obstacle de tissu. Les étoiles iront briller sur le sol, près d'une certaine uniforme. Sa bouche contre la peau fragile de son cou, il souffle.

« Je te veux juste toi. »

Alors il enlève son boxer, toujours avec une assurance dont il se drape juste dans le but de camoufler son manque d'expérience ; évidemment, il n'est pas vraiment sûr qu'il s'y prenne de la bonne manière, son attention portée sur la rousse et rien que sur elle, à attendre son accord muet, avant de s'approcher de son visage pour l'embrasser. La découvrir d'une autre manière.
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Elizabeth Sawyer
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Ven 24 Juil - 23:38

On en venait à une partie indispensable de l’histoire; la jeune Elizabeth Sawyer perdrait-elle sa virginité à l’aube de ses dix-huit ans?? Des airs de Twilight, n’est-ce-pas, le bébé imprévu en images de synthèse en moins. Mais revenons à nos deux héros. Alors qu’il l’installe avec tendresse sur le lit, elle ne peut s’empêcher de se remettre près de trente-quatre fois en question (un bout de la liste reste planqué dans l’inconscient parce que ce serait vraiment la honte, il faut l’avouer.) Vous savez ses mots stupides, son besoin de cocher les choses, c’était pour elle un moyen d’enfiler une armure reluisante de courage. Elle passait peut-être pour un petit génie impétueux s’enfermant dans les toilettes pour lire des bouquins glauques, elle n’en restait pas moins une fille. Une fille qui ne pouvait pas se sortir un garçon de son bordel incessant et mental, d’ailleurs. Parfois comme toutes les gamines de son âge, elle disait devenir folle.

« Non c'est. Du vent tout ça, tu es à moi Cunningham. »

Mais c’était plus folle pour lui, que folle à l’intérieur. On explosait pas encore les sentiments de l’autre dans un accent cruel et indécis, presque. En voyant bien que ça faisait du mal, on prenait soin de s’éloigner de temps en temps, pour laisser de l’air - parce qu’ils se savaient suffoquant l’un pour l’autre après tout - ou bien l’attente finissait par brûler les étapes.

Ainsi elle l’évitait avant de le vouloir, elle le voulait parce qu’il ne l’embrassait pas. Infernal. Et derrière le drame venait l’acceptation, comme elle s’enfonce dans une routine où la jeune femme apprend à ne plus le croiser tous les jours, à ne plus l’appeler tous les jours. - Elle se souvient s’être emportée une fois et lui avoir balancé à la figure qu’elle avait besoin d’autre chose que d’un ami mais… ça ne marchait déjà plus. -

« Je reste amour. »

C’est con maintenant il l’a desapée et il a même la figure rouge. La figure rouge d’Andrew fait sourire Eliz, elle l’enfonce dans l’oreiller un instant, il y a son odeur - ah c’est tellement banal pense-t-elle, de chercher son odeur. - Elizabeth reprends-toi, se répète-t-elle, sauf qu’il l’enlace. Oh et quand il l’enlace, dans ses bras patients, elle ne sait plus quoi dire, ni à Sawyer, ni à Andrew en face qu’elle peine à reconnaître.

Et puis il a l’habitude de fiche des filles dans son lit. C’est son visage qui prend de la colère sur le bas des joues déjà nerveuses, mais il est si adorable qu’elle ne sait plus bien distinguer frustration et envie.
Elle a envie d’Andrew bien sûr, y a ce dont ils n’ont pas discuté encore et ça l’inquiète.
Cependant elle ne lui fera jamais la moue de la fille qui sait pas ce qu’elle sait, parce que ça la rendrait faible pour Cunningham et ça, ça non ! Encore quelques mauvaises fiertés qu’il faudrait ravaler, maintenant qu’il s’efforce de se contenir, en gestes comme en paroles et qu’elle peine à ne pas laisser échapper un soupir.

Il la veut juste, elle.

Ensuite Elizabeth tremble, une vraie feuille, elle tremble. Tremble sans s’arrêter, et puis cale sa jambe contre son corps qui semble bouillir d’idées.
Quand elle, ne sait pas quoi faire et déglutit dans l’attente insupportable.

« Tu es beau. » Elle murmure finalement en le tirant vers ses mots, caresse sa bouche de ses doigts colorés de chaleur. « C'est terrifiant. Viens. » Elizabeth trace de nouvelles routes sur ses omoplates et continue, elle ne les connaissait pas encore, la dernière fois, elle ne voulait pas lui faire mal. Ne lui ferait sans doute aucun mal, non.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Mar 28 Juil - 1:56

À être tout à fait honnête, il est bien plus déstabilisé par la situation - par Elizabeth - qu'il ne voudrait l'être. Elle le touche d'une manière si familière et douce, ça ne ressemble en rien à ce qu'il aurait pu imaginer. Et dieu sait qu'il y avait pensé, Andrew ! Mais à chaque fois qu'il a l'impression de connaître chacune de ses facettes, elle en dévoile une nouvelle, et il passe des heures, des jours à vouloir la découvrir. Mais Elizabeth au lit, c'était une nouvelle inconnue - et s'il avait pu l'anticiper il se serait au moins brossé les dents avant de lui ouvrir, enfin. L'intimité qu'on leur a finalement concédée a un aspect presque oppressant chez Andrew qu'il a du mal à négliger. Parce qu'elle lui fait confiance, à lui, pour la première fois depuis trop longtemps et pour une chose si considérable qu'est sa, non leur, première fois.

Non, Andrew ne sait vraiment pas ce qu'il censé faire. Peut être parce qu'il n'y a rien de sensé à coucher avec sa meilleure amie, son grand amour de jeunesse, sa maigre connaissance, le troisième lundi après l'accident. L'accident, lequel ? Le chèque, les brocolis, les parents. Les deux épaves qui n'avaient rien trouvé de mieux à faire que se toucher sous leurs robes d'hôpital, on ne sait pas trop.

Seuls, ils sont seuls.

Sa jambe, hésitante vient se coller contre lui, il a la main qui la cherche et la stabilise, la caresse et la rassure. Andrew, il a arrêté de réfléchir à l'instant où il a franchi la dernière limite de cette inconnue qu'est Elizabeth quand elle n'est plus qu'à lui.
Ses mouvements sont relativement lents d'abord, par peur de la brusquer ou même de lui faire mal, mais ça ne dure pas bien longtemps qu'il ressent déjà le besoin d'accélérer ; à vrai dire, il ne sent plus que ça. La chaleur, l'intime contact, et puis, elle. Son souffle qui explose contre sa nuque, sa présence qui le guide et qui se manifeste. Ses doigts qui l'agrippent. Leurs corps ridiculement proches.

Ça n'a rien à voir avec tout ce qu'il connait, c'est l'explosion de ses sens en une tempête de couleurs excitées qui ne veulent pas qu'il s'arrête. Son corps n'est plus qu'un champ de bataille brûlant, il n'attend plus qu'une seule chose.

Plus. Toujours plus.
Ça va ?
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Mer 29 Juil - 1:57

Je ne veux pas mourir de douceur.
D’abord, elle ne le regarda pas dans les yeux, pour dire à quel point elle l’aimait, car leurs visages se confondaient, se rencontraient, comme s’ils se connaissaient depuis le début de tout, et l’embrasser. L’embrasser à n’en plus savoir respirer, l’embrasser à en oublier de penser, l’embrasser à en retomber amoureuse, l’embrasser dans un bonheur étranger qui faisait si peur, quelques jours avant. Ils ne parlaient pas, ils s’embrassaient oui. Les grands discours se gardaient pour les grandes personnes, pas vrai ?

Elle le laissa lui faire du mal. Il n’y a qu’Andrew qui pourrait jamais lui faire du mal, et même s’il disait le contraire, il essaierait constamment de l’épargner. Mais il ne pouvait pas l’épargner de l’aimer ou de le garder si près, quand son corps, épris d’un soubresaut, la fait le serrer un peu plus fort, se taire et ravaler des larmes qui la perturbent quelques secondes.

Elizabeth fait se promener une main dans les cheveux d’Andrew, elle retombe au bas de sa nuque et elle est brûlante, comme le pain sorti du four. Et c’est presque drôle, la façon dont il peut la réchauffer soudain, ça la rassure aussi. Alors elle s’empreint de son odeur, sa bouche mordant la sienne, sa main ne trouvant pas sa main.

Ah c’est inquiétant, mais c’est plus inquiétant, la douleur. Est-ce-que ça va encore faire mal ? elle se demande, garde les yeux ouverts, oh non elle ne veut pas éclater en sanglots, c’est pas si terrible si ? Non c’est pas terrible du tout c’est… apaisant de le voir si attendri par l’acte ou bien il… a l’air de ne pas vouloir la broyer en deux. Elle est rassurée, elle est rassurée, ne gigote presque plus. Elle a l’air d’une enfant, c’est horrible, c’est horrible de débuter.

Puis quand ça ne fait plus de mal, ou presque plus, elle a moins d’air dans les poumons, c’est insoutenable, elle va faire des petits bruits embarrassés de plaisir, des trucs du genre et puis finir par mourir de honte, voilà.
Mais c’est simple, elle préfère mourir de plaisir, l’occupe, de baisers dans le cou, qu’il aille au rythme qu’il veut, ça ne lui fait pas peur, s’il est là. Non pas peur du tout, elle essaie de l’accompagner, elle agrippe sa joue en grognant presque.
Elle veut sa main, oui elle veut sa main ! Elle l’a trouvée, c’était difficile de la faire quitter sa jambe, il est tellement appliqué à la “tâche.”

“...Mais je sais même pas.”, fait-elle, lâchant un soupir, dépassée par ce qu'il lui fait. C'est un malade. Elizabeth le pousse, et puis, c’est un autre supplice, elle marmonne un juron ? Être au dessus ça fait moins peur ? Non pas du tout, c’est pire, il la regarde. IL EST CHOQUÉ  ? C'est plutôt à elle d'être choquée. Elizabeth, respire. “Andrew, tu fais quoi ?” Peut-être s’est elle un peu emportée en retournant embrasser sa nuque au lieu d'écouter sa réponse, peut-être était-ce une basse vengeance, oui. Peut-être qu'elle va se mettre à lui murmurer son prénom à l'oreille, comme l'abrutie qu'elle est.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:36

Voilà, il avait arrêté d'hésiter au moment où il s'était lancé puisque de toute façon il n'aurait jamais été plus doué que le puceau presque-adulte qui fantasmait parfois encore sur son premier amour - d'accord, dit comme ça c'est plutôt glauque. Mais il ne s'en était jamais remis et ce n'est pas un secret. Ils ont raison, ça te colle à la peau jusqu'à ce que tu crèves ; ici en l'occurence ça peut que crever de trop d'amour, parce que Elizabeth et Andrew, ils ne savent pas se modérer. Extrêmes. Et le pire c'est qu'ils se brûlent à chaque fois pour recommencer quelques cases plus loin. Ils le disent tous, l'amour ça brûle, l'amour ça rend aveugle. À ce stade on peut plus l'éviter, on finira toujours par avoir mal un peu.

Mais là c'est différent. Andrew n'a pas mal. Il avait mal quand l'ambulance s'échauffait sur les pavés irréguliers, il avait mal quand les os s'écrasaient contre le bas de son visage, là oui. Quand il avait compris, surtout, qu'elle ne dirait oui que s'il était ivre mort, une fois minuit passé, sans briser le silence dans son crâne. Mais là ça n'a rien à voir. Il n'a pas mal, au contraire, et à chaque tic il prend un peu plus confiance.
Elizabeth, elle a mal. Ça se voit, même dans l'ombre, même avec son visage camouflé dans sa nuque ou contre sa joue, ça se sent, Andrew le ressent mais il ne sait pas quoi faire. En fait Elizabeth a souvent mal quand il est là, les points de suture de l'épisode avec le chèque, quand il lui avait fait un croche-pied "pour rigoler" alors qu'ils avaient même pas 10 ans, et puis, il faut pas aller chercher trop loin, quand il lui avait dit qu'elle ne lui plaisait pas. Qu'il ne l'aimait pas. Qu'il ne l'aimerait probablement jamais. Qu'avant, c'était rien. Il lui avait sûrement fait mal toutes ces fois. Et puis aujourd'hui, c'est presque pareil non ?

Enfin, ils sont quand même là à faire l'amour, ce n'est pas rien. Et l'amour ça brûle. Alors Andrew serait la flamme, c'est ça ? Pourtant ça le brûle aussi, mais lui il a pas mal. C'est mal foutu tout ça c'est vrai, mais elle attrape quand même ses doigts et il se souvient que c'est Elizabeth, là contre lui. Il n'a jamais été très doué avec elle, mais il n'a jamais voulu qu'elle ait mal, non plus.

C'est inévitable, tout autant que le plaisir qu'elle lui procure et. Bon, l'entendre lâcher ces soupirs n'arrangent en rien sa situation ( il n'aurait jamais pensé que ça puisse autant le troubler mais c'est bien pire que ça ), et puis il se dit que finalement ça lui fait quand même un peu de bien ? Enfin, elle ne sait pas. Le pousse, se retrouve au dessus de lui et. Elle a ce regard qu'il ne connait pas venant d'elle, de personne d'ailleurs. Il ne pourrait même pas le décrire, mais il est loin d'y être indifférent. Sa main vient relier ses côtes une à une, reste accrochée à sa hanche. Glisse sur ses fesses, Andrew se sert de l'autre pour se redresser et les deux corps s'embrassent, leurs lèvres qui se collent, se détachent pour mieux se retrouver, et ainsi de suite. Ils s'accompagnent dans leurs mouvements et se répondent ; il ne saurait pas dire ce qu'il préfère chez elle, que ça soit ses joues enflammées, ses lèvres épuisées d'avoir trop embrassé, son regard, tout, en fait il voudrait que ça ne s'arrête plus. T'es belle comme ça tu sais.

Il a arrêté de réfléchir, Andrew, il a arrêté de penser, parce que c'est comme ça que ça devrait être, pas comme hier, pas comme avant. Tu l'es toujours.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:38

Andrew et ses mains d'adulte. Elle aurait pu se surprendre de n'importe quoi d'autre mais c'était ses mains, ou du moins le soin qu'il prenait à venir chercher à tâtons les bouts de son corps qui donnaient à Elizabeth l'impression de grandir dans ses bras. Des années avant la distance servait de catalyseur. Ainsi ils ne se rentraient pas dedans, on évitait les tempêtes. Leurs tempéraments étaient semblables à de dangereuses crues d'été, oui.

Encore une fois... la question était: qui se chargerait de blesser l'autre? Alors Elizabeth était devenue Sawyer sous une armure en acier trempé. Impossible de cette façon de provoquer les tonnerres d'Andrew. Impossible de reproduire les erreurs passées, les essais d'enfant borné se tentant à ressentir un minimum l'euphorie des plus âgés. « Moi je crois que je t'aime. » a-t-elle lâché à son miroir un matin. Ça s'était suivi d'un éclat de rire bref, une ondée presque réelle sans aucune place dans la vie d'une collégienne déjà incapable de choisir entre deux magasines à la supérette.

Le truc c'est qu'Andrew, elle le connaissait mieux que personne. Dans la pénombre des volets laissés fermés elle sentait le moindre de ses os, de ses gestes, la facilité avec laquelle il l'attrapait, la ramenait. A saisir sa figure ébranlée de paroles qu'elle n'interprétait que partiellement sous l'entremêlement de tout le reste, elle l'amena contre le mur et s'y appuya une minute, calant ses genoux contre son buste. « Tu essaies de me rassurer ? » Et lentement dans un rire essoufflé elle l'embrassait. « Touche-moi plutôt alors. » Naturellement, Elizabeth guida sa main qui se perdait à la soutenir, elle la couvrit d'une tendresse infinie. C'était inattendu. Doucement elle s'assurait de bien faire, mais après tout la première fois n'était pas un jeu d'enfant. A la place elle ne se retenait plus de l'attirer plus près. « Tu sens bon. » La rousse s'amuse à constater, prise parfois de désir et contrainte de retenir ses petis constats. « Dis tu... te retiens ? »

Un long silence suit et s'encombre de souffles entrecoupés.
Il y a des ombres pour couvrir leurs visages enlacés. « Il ne faut pas. »
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:38

En fait. Ce n'est pas si compliqué que ça. Enfin, d'aimer quand les lumières sont trop fatiguées pour soutenir les corps qui s'agitent, quand il n'y a personne d'autre qu'eux pour soulever les erreurs et les corriger. Ensemble, et puis quand tout le reste n'a plus grande importance, tant qu'Elizabeth est avec Andrew, et Andrew avec Elizabeth. Les minutes passées ici, peau contre peau, sont comme une victoire face aux années ridicules où ça en avait trop, d'importance. Et Andrew se surprend à penser à la première fois où il l'avait trouvée jolie. Non pas qu'elle ne l'était pas avant, au contraire, mais ce n'était qu'une qualité parmi d'autres, elle avait de la chance et c'était tant mieux pour elle. Mais ce jour là Elizabeth rayonnait de beauté et il n'avait pas vraiment compris ce qui avait changé. Ce n'était ni sa coupe de cheveux, ni la couleur de ses élastiques ou une nouvelle paire de chaussures. C'était simplement elle, rien d'autre. Et ce jour là il s'était demandé pourquoi il ne l'avait pas remarqué plus tôt, parce qu'il avait l'impression que c'était évident.

Aujourd'hui, elle l'avait à nouveau surpris, comme si ça l'amusait de jouer avec lui - oh, elle ne le sait probablement même pas, mais ce n'est pas très grave, il l'aime alors il n'est plus vraiment le même -  enfin il l'aime depuis longtemps, et puis il avait voulu arrêter mais c'est pire qu'avec les cigarettes, parce que là au moins il peut jeter les paquets. Elizabeth, il peut pas la jeter, il y a toujours ses mots d'hier qui viennent l'embêter quand il marche vers la maison, quand il joue à ce jeu débile sur sa console, quand il réchauffe le plat sans brocolis, quand il ne reste plus que lui dans son jardin, lui et. Sa cigarette. Finalement, il n'y a rien de très simple.

Mais ça lui va, à Andrew. Elle a raison, il veut la rassurer, il veut qu'Elizabeth soit bien, se sente bien avec lui, ici, sur son pauvre matelas. Ça sert à rien, sinon, parce qu'on aime dans les deux sens et puis c'est tout. Toi aussi, Eliz, si tu savais.

Alors il ne se retient pas, elle le lui a dit, il ne doit pas. Ils ne pourraient pas être plus proches maintenant, et bien qu'il ne la découvre à peine, il a l'impression que ça fait depuis toujours qu'ils ne sont plus Sawyer et Cunningham. Enfin, elle a une façon de le toucher, de réagir à son contact, son air parfois calme et parfois agité, il n'y est pas indifférent. En fait tout lui plait chez elle et encore plus maintenant, c'est compliqué de trouver quelque chose qui le ramènerait à la réalité ( parce que ça, ça ne l'est pas, c'est assez incroyable à vrai dire ). Elle est partout, la seule chose qu'il (res)sent c'est Elizabeth, quand elle bouge, quand elle lui répond et qu'elle l'accompagne. Il n'oublie pas de l'embrasser.

On n'entend plus qu'eux, à vrai dire. Tant que... ça te fait pas trop mal. Mais c'est la première fois, Andrew, ça fait toujours mal la première fois. C'est pour ça que ça doit être la plus belle.
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Elizabeth Sawyer
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:39

Un mince filet de lumière perce à travers le battant mal fermé, dans le refuge du garçon brun aux joues fatiguées de sourire, ils se sont cachés. Andrew et Elizabeth hésitent entre les couvertures et leurs jambes entrecroisées. Plus tôt déjà, elle s'est éraflée la cuisse avec un bouquin, s'est plainte d'un grognement sévère avant de se taire parce que la bouche d'Andrew venait caresser sa tempe au même moment et alors, elle ne pouvait plus concevoir quoique ce soit d'autre sinon que lui retirer les taquineries de son amour et son bonheur incongru la contrarierait beaucoup.

Elle n'était pas dans cet entre-deux, la rencontre des mondes où il est impossible d'imaginer traverser une fois au moins pour atteindre la rive. Elle est si proche, si rassurée par les minutes qui s'enchaînent sans qu'elle puisse supporter la douleur déjà envolée. Elle est affairée à le garder éveillé, à l'embêter, le provoquer, le regarder incliner la tête, partir à la recherche de sa nuque... Marquer son territoire, elle dégage ses cheveux du front du jeune homme et se penche vers son oreille. « Andrew tu es comme un chat. » Elizabeth marmonne quelques sottises ou ce qu'elle n'a jamais su dire quand elle était enfant. Non ça ne fait pas grand sens.

La rouquine retombe contre le matelas, il est vieux, un ressort s'enfonce dans le bas de son dos. Agrippée à la nuque d'Andrew elle le rejoint et sans bruit l'attaque dans de petits coups de bec au cou, comme pour attirer son regard. Jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un bazar à émotions qui gesticule et se cambre à en frémir d'excitation elle soutient ses nombreux retours vers deux yeux éteints dans la nuit et ranimés d'impatience. Et puis elle rigole quand c'est à peine supportable. Se sent partir dans le creux de son épaule, fait rougir sa jolie peau constellée à y planter ses doigts.

« Je t'aime. » qu'elle dépose en se blottissant dans ses bras, à n'en plus savoir respirer. — C'est le début de la fin. « An-Andrew. » La gosse qu'elle a été dirait: tu es plus maligne que ça Sawyer, ce n'est que le début.

Pour l'instant elle le déteste de la perdre autant dans des vagues qui n'en finissent pas de la bousculer.


Dernière édition par Elizabeth Sawyer le Sam 10 Oct - 0:40, édité 1 fois
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:39

Avec le temps qui continue à tracer sa route de tic-tacs réguliers sur l'horloge du fond, il n'y a plus aucune gêne entre les deux amants. Enfin, ils ont cette complicité qui ne les quitte plus depuis leurs très jeunes années, qui rend leurs échanges moins étrangers, bien que totalement nouveaux. C'est plus facile comme ça, ils se font confiance. Andrew avait oublié que c'était la première fois, à vrai dire il aurait pu oublier son nom et son adresse que ça ne le préoccuperait pas le moins du monde, bien trop concentré sur ce qu'il est en train de faire à Elizabeth. Et elle ne s'arrête pas, à embrasser son cou, sa figure, tout ce qu'elle peut. Son corps qui suit et part à la rencontre du sien, encore et encore, et il lui semble que ça ne sera jamais assez. Ils avaient trouvé un rythme qui ne faisait que s'échauffer d'avantage que leurs lèvres et leurs bassins se rencontraient, c'était plus une explosion de sensations familières et d'autres plus nouvelles, une collision entre deux planètes qui avaient par hasard décidé de graviter autour du même axe, mais dans deux sens contraires. Là il n'y a plus aucun sens, ce n'est plus qu'un fouillis d'émotions coupées par leurs souffles bruyants et le contact répété de sa peau contre la sienne. Et puis elle dit son prénom d'une manière qui ne fait que l'enflammer plus qu'il ne l'est déjà.

Moi aussi. Il passe des doigts toujours aussi impatients à travers ses mèches rousses pour dégager son cou, et part y tracer de ses lèvres leurs dernières minutes, sachant que ça ne durerait plus bien longtemps. Je t'aime. Son abdomen est en feu, Andrew a du mal à se détacher de sa nuque mais se force finalement à remonter jusque sa mâchoire et éventuellement rencontrer sa bouche. Sa chambre tout comme leurs deux corps avaient l'air d'avoir pris une dizaine de degrés en plus depuis qu'ils sont entrés, et il trouve particulièrement adorable la façon dont les joues d'Elizabeth avaient rougi. Elle a l'air beaucoup plus détendue maintenant et il se dit que pour une première fois il aurait pu être bien pire que ça.

Arrivé au point où il ne pouvait plus tirer cet instant en longueur, Andrew arrêta de se retenir pour de bon cette fois. Ralentit finalement, et puis, il ne savait plus vraiment quoi faire à part essayer de reprendre son souffle et se détacher d'elle pour qu'elle puisse faire de même. Il finit par se laisser tomber sur son matelas, seul témoin de leur rencontre, bien plus épuisé que ce qu'il aurait pensé être. Enfin, à ce stade il n'était plus vraiment conscient de quoi que ce soit, si ce n'est de ce qu'ils venaient de faire et qu'Elizabeth était toujours là, oui il avait tendu le bras pour glisser sa paume contre sa joue, ses doigts chatouillant sa tempe.

Euh. Il lâcha un rire qui était probablement censé l'aider à reprendre tous ses esprits. C'était... super ? Je sais pas vraiment quoi te dire mais- Hrm, ça va ?
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:43

C'est une maison austère aux couloirs trop longs, aux pièces souvent laissées fermées et astiquées du sol au plafond par la mère Cunningham à l'occasion d'un retour sur l'île, elle qui était le paroxysme de la femme non-ménagère, noyée dans tout ce qui était différent de son fils. Sawyer se disait qu'elle s'étonnait de lui en permanence parce qu'elle ne le regardait pas souvent, au final, comme son enfant. Elle s'était blottie dans le talent naturel d'Andrew pour l'abandon de la raison au point de ne plus se rappeler être entrée pour le faire sortir de là. Une maison que par définition Elizabeth tenait en horreur, excepté pour les rares fois où elle s'était glissée dans la chambre d'Andrew à l'époque. Elle appelait ça les « Missions Suicide de négociation amicale avec Andrew Perceval Cunningham partie I. » Étant donné les répétitions de rendez-vous impromptus jusque la fin du collège, elle avait commencé à remarquer l'absence des parents, cet air las qu'Andrew perdait en l'embêtant... alors elle avait fini par vouloir le distraire. Inconsciemment sans doute car à son âge on ne vit pas pour trouver les autres davantage pour se trouver. En tout cas pour Andrew, il s'agissait d'une exception car elle n'était jamais partie.

La première fois qu'il est tombé sur la liste elle ne lui a pas adressé la parole pendant au moins trois jours mais c'était peut-être acharné ou bien: « les tentatives du bonheur introuvable » Oui à cet âge elle faisait les choses pour ce garçon mystérieux que toutes les filles cherchent avec appréhension. Mais ça n'était pas franchement venu plus tard — Ils se ressemblaient énormément. Pour des amoureux on aurait plus dit qu'ils se tenaient chaud.

D'ailleurs ils ne voulaient pas faire plus de bruit. ils préféraient se tenir (Elle tremblait presque de songer à le lâcher.) Elizabeth enveloppait son espace vital et venait toucher le dessous de sa tête affectueusement comme capable de dessiner le contour inégal qui faisait sa colonne vertébrale.

Elle pensait le retrouver à le recouvrir de ce qu'elle avait retenu par le passé. Elizabeth n'était pas déçue, elle était plutôt repentie car il n'était plus Cunningham chieur un jour sur deux encombrant sa vie, elle se sentait impuissante, en fait elle réalisait qu'il avait grandi et qu'elle était restée la même; ça plus que n'importe quoi l'effrayait.

Si elle se laissait emporter par une force indécente qui le prenait sous son aile, c'est qu'il était tendre et patient. Il la rapprochait de son buste, elle agrippait ses deux bras agiles, glissait sans un mot vers un précipice — qui balançait son cœur contre les barreaux d'une cage. « Je-je peux plus. » Elle si provocante dans leurs parties du plus idiot, là n'était plus rien. Si. Une gosse. « ....Non. »

La rousse suivait, les paupières battaient dans le noir, elle regardait ses doigts frôler le bord de son visage, et elle frôlait le coma légitime de la fille affolée par la conclusion si rapide.

Oui si rapide. « Tu me chatouilles. » chuchote la rouquine, les yeux montant vers ceux du brun.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:48

La vitesse à laquelle tout s'était calmé est assez impressionnante, les souffles bruyants ont cessé de briser ça et là les silences affaiblis, il n'y a plus leurs manifestations un peu honteuses qui encourageaient l'un ou l'autre à continuer. Les couvertures ont retrouvé un aspect plus docile à recouvrir leurs corps fatigués. Maintenant, la chambre d'Andrew est la même que tous les autres jours, si l'on oublie la silhouette d'Elizabeth qui se dresse à ses côtés. Celle-ci finit par s'éteindre quand elle s'allonge près de lui, il a toujours sa main qui caresse les bords de son visage, bien qu'il les connaisse déjà. Si la présence d'Elizabeth devant sa porte l'avait sorti du semi-coma dans lequel il se voit envoyé tous les soirs depuis l'accident ( bon, Andrew a toujours eu le sommeil lourd ), il a un étrange sentiment de familiarité maintenant qu'il sent l'effort alourdir ses paupières, les volets toujours clos. Il sourit et arrête de faire glisser ses doigts contre sa peau dans des motifs hasardeux, place son bras autour de la rouquine pour la caler contre lui. Pardon.

Elizabeth avait toujours été la plus intelligente. Il avait longtemps admiré ça chez elle, l'acharnement avec lequel elle apprenait tous les jours, sa façon de voir les choses, de régler les problèmes comme si ce n'étaient que de simples équations ( elle était très douée en arithmétique c'est vrai ). Andrew n'était pas bête, mais il n'était pas capable de tout ça. C'était le garçon turbulent qui faisait constamment des erreurs, qui ne réfléchissait jamais aux conséquences. Maladroit, avant tout. Alors Elizabeth mettait un pansement sur ses défauts et redressait ce qu'il avait abîmé, elle le sauvait. Il n'a jamais supporté ça. C'était à lui de la sauver, c'était lui le plus fort, c'était son rôle de la protéger. Cette envie de jouer au héros pour sa princesse improvisée, c'était un peu le cancer de leur relation depuis tout petits. Andrew était devenu, plus que jamais, un aimant à problèmes, et elle en souffrait. Avec le temps il la protégeait plus souvent de lui même que du reste du monde. L'âge ne l'avait pas rendu plus calme, au contraire, c'était un peu comme une tempête imprévisible rongée par quelques sentiments retenus prisonniers quelque part au fond de lui, parce qu'il n'arrivait pas à les gérer. Il voulait qu'elle le voit comme quelqu'un d'autre, pas ce gosse incapable de prendre les bonnes décisions.

Andrew a bien fini par réaliser que ce n'est pas possible. Ce n'est pas lui, le héros de l'histoire, il joue plutôt le rôle du gars qui déclenche la catastrophe au bout de la quatorzième minute, et qui crève au bout de la quinzième. Après tout, c'est lui qui finit toujours à l'hosto après avoir essayé de voler le rôle principal. Il avait pensé qu'en faisant d'Elizabeth une inconnue dans les couloirs du lycée, ses sentiments finiraient par être étouffés par tout le reste. Il avait pensé qu'elle n'aurait plus à passer le balai derrière lui, comme elle avait l'habitude de le faire depuis qu'ils avaient sept ans. Et puis, on connaît la suite de l'histoire, ça aussi c'était une connerie.

Mais Andrew est trop épuisé pour penser à ça, maintenant ça n'a plus grande importance, comme tout le reste, il veut juste profiter du fait qu'Elizabeth soit à ses côtés. Ça lui rappelait l'épisode de l'hôpital, à quelques différences près ( déjà il n'y avait eu personne pour les interrompre ). Son regard glisse sur le réveil digital posé sur sa table de chevet, ça devait bien être la première fois qu'elle séchait les cours et. Putain.

Il s'est raidi à l'instant où il avait voulu détourner les yeux des formes rouges et qu'ils s'étaient arrêtés sur l'un des tiroirs du meuble. La capote. J'ai oublié la capote.

Pour être tout à fait honnête, il se sent un peu nauséeux maintenant que des images d'un Andrew miniature et roux gambadait joyeusement dans tous les coins de sa tête. Je crois que je me sens mal.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:49

Le dogue tourne en rond dans le salon, à baver sur le tapis indien tressé finement de bordures d'or, les motifs écrasés par des pattes nerveuses qui attendent en vain l'heure de la première gamelle. Son maître n'est pas sorti tel un homme des cavernes des noirceurs angoissantes du couloir triste, une moue dépitée sur le visage. En même temps il était tôt. Pour Elizabeth le tic-tac n'existait pas, seul le néon agité du réveil décomptait les secondes et sans vraiment le savoir elle commençait à culpabiliser. Pas parce qu'Andrew était plus atteignable que d'accoutumée et que cela avait éveillé en elle un courage inespéré qui voulait le soigner de ses maux et de ses réticences à revenir vers le monde, non. Elle n'avait pas cette idée en tête le matin-même, elle ne comptait pas l'embrasser pour l'embrasser ou faire taire ses inquiétudes en comblant son manque. Elizabeth était une balise qui tanguait sur un océan déchaîné, le sien, en lui murmurant qu'il n'était plus tout seul, que ça irait.

Et ça allait. Très bien. Elle pouvait l'approcher, l'apprivoiser après des mois et des mois de patience à se remettre en place pour ne pas lui fiche une gifle monumentale. Il aimait par dessus tout sa place de cow boy solitaire. Ici ce n'était pas bien difficile excepté qu'il ne dégainait pas en affrontant Elizabeth.
Aujourd'hui elle aurait aimé être son amie. Elle aurait voulu lui donner des conseils, qu'il se trouve une copine sympa. Peu importe combien de gens l'entouraient elle n'avait pas la volonté suffisante, n'était pas douée, ne les rendaient pas heureux. Et puis à le voir s'enfoncer, atteindre le bas de son mollet avec ses jambes exténuées, elle se soulageait de le voir là et pas ailleurs, de sentir sa présence, son souffle court et atténué sur sa figure encombrée de tâches colorées, rouges. Dans ce lit, la forteresse, le nid, la vraie maison ? C'était fini elle n'arriverait pas à le dévisager plus longtemps. Le début de sa fin. Doucement elle l'écoute, vient le surplomber, trace d'un doigt l'infinie veine parcourant son avant bras, embrasse le dessous de son menton. Elle s'épuise.

Elizabeth se lovait dans leur intimité bancale et fragile. Mais Elizabeth se demandait si elle faisait la bonne chose, si c'était suffisant pour l'aider. Coucher avec lui c'était l'aimer mais est-ce-que ça l'aidait.

— Elle aurait pu rire de sa bêtise parce qu'elle n'arrivait pas à se décider. Ensuite Andrew l'a rattrapée. Il a ce naturel abrupt qui la fait sourire. Il parle tout seul et enchaine les paniques. Il est drôle et gamin. Il se fait sans doute les pires scénarios possibles et imaginables. « C'est horrible. Maintenant je vais finir dans un de ces reality show sur les mères adolescentes et tu devras économiser pour une poussette. Je prendrais un petit boulot au pub. Horrible. »

La rousse ne dit plus rien et s'appuie sur son coude, se met dos au garçon et laisse le rictus qu'il sait si bien appeler remonter droit sur son faciès. « T'es bête. » Elle a dégagé ses cheveux du long de sa nuque, ça collait.

Ah, elle est amoureuse de lui.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:50

Une chose est claire, Andrew n'est pas prêt à devenir père, il en est même affreusement loin. Après tout il se balade encore en sous-vêtements quand il est tout seul chez lui, il mange les restes de la pizza commandée le soir d'avant comme petit déjeuner et il boit directement à la bouteille au lieu de prendre un verre. Il fait rarement son lit et lance des grains de popcorn en l'air pour les attraper avec sa bouche. La vie d'Andrew se résume littéralement à un enchaînement d'actions les unes plus immatures - idiotes, que les autres. Alors jouer la figure parentale à 18 ans, ça ne l'enchante pas plus que, eh bien, n'importe qui d'autre doté d'un peu de raison, il préfère largement revenir à son statut d'éternel maladroit.

Ça lui est tombé dessus sans prévenir. Elizabeth qui débarque sans donner de nouvelles depuis des semaines. Elizabeth qui entre pour lui dire de retourner en cours avec elle. Elizabeth qui monte dans sa chambre, Elizabeth sur son lit, Elizabeth contre lui. C'est allé si vite qu'il n'a pas pensé à toutes ces formalités pourtant nécessaires - et dieu sait à quel point les profs d'SVT avaient insisté sur le mot “préservatif” lors des cours d'éducation sexuelle comme si c'était une sorte de Saint-Graal du sexe. Ils étaient là, à quelque centimètres, quelque part au fond du premier tiroir du petit meuble, et ça lui aurait pris que quelques secondes.

La voix d'Elizabeth a toujours été très calme, c'est comme un océan qui se repose entre deux orages. Andrew est un peu le second orage - ou bien le premier, il n'a jamais su. Mais il a toujours été étonné par la facilité qu'elle avait à maîtriser ses émotions jusque dans les intonations de sa voix, avant qu'il vienne tout chambouler avec ses bêtises habituelles. Maintenant, elle ne semble pas très affectée par l'oubli du brun, au contraire, et après quelques temps de réflexion, Andrew se dit qu'il est vraiment débile. S'il y avait un cours où il avait été particulièrement attentif, c'était bien celui-ci. Il avait adoré le regard mi-gêné de la femme qui devait glisser la capote sur une banane devant une assemblée hilare ( en fait, c'était surtout les garçons qui riaient ). Et puis ça avait parlé d'autres moyens de contraceptions et. Oh. Les images du gamin qu'Andrew vient de s'improviser commencent lentement à disparaître, tandis qu'il lâche un soupir assez significatif. De toute façon t'aurais dû l'élever seule, ma mère se serait probablement débarrassé de mon corps avant la naissance.

Enfin, ils ont juste couché. Andrew, tu vas un peu vite en besogne, et puis il est encore tôt.
Mais elle a toujours été sa meilleure amie avant tout alors il ne se rend plus vraiment compte de ce qu'il dit, encore moins maintenant qu'il est à moitié assommé par la fatigue. Et puis il n'a plus envie de parler ; Elizabeth est toujours là alors il n'a besoin de rien d'autre, ne souhaite rien d'autre. “Reste”. Andrew se tourne à son tour, dépose un baiser sur l'épaule de la rousse, je t'aime et son souffle est chaud contre la peau encore embarrassée des instants laissés derrière eux.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:56

Encore une nuit de perdue. Sawyer ne dormirait pas, elle se repasserait les centaines de fois où il aura osé poser ses yeux sur elle. Le timbre solennel sur lequel il achevait de laisser son prénom au creux de son cou, dans un effort supplémentaire. Elizabeth n’oubliait rien. En général, ça contribuait à multiplier ses migraines, à attiser son côté vif, à réveiller ses colères retombées au fond de la gorge dans une capacité surhumaine au refoulement total. Sauf qu’elle avait cette fichue tendance à le surprotéger, à y aller en regardant deux fois plutôt qu’une ce qui pourrait le faire tomber vers le mauvais côté de la route. Il n’était pas plus calme qu’un de ces matins à l’air de milieux de soirée, ceux où on répète: il n’y a pas de fin aux belles histoires. Andrew se volatiliserait un jour, il se contrariait, il s'empêtrait dans des bazars innombrables, il ne s’acharnait pas autant qu’elle. Pas à l’aimer, ou à tenter de l’aimer, ça il savait, oui, mais il était gentil. Il couvrait les plaies, pansement sur pansement, et si ça ne guérissait pas, il préférait s’en aller.

Ou alors, avait-il peur de ne pas être à la hauteur ? Ce n’est pas ça, ça ne traverse pas sa tête, les allers et retours angoissés en ce moment, elle ne s’attend pas à ce qu’il saute par la fenêtre, s’enfonce dans les rues froides. Non. Il en était capable, mais non. Peut-être la notion de réalité est-elle déformée, plus grand chose ne parait possible, ce matin presque soir, ce matin qui entoure de bras adoucis, de paroles somnolantes les délicatesses d’Andrew Cunningham pour Elizabeth Sawyer.

Et surtout, “ce soir”, je ne voudrais pas te blesser mon amour, je préfère rire de nous, je préfère rire.

Elle ne se croit pas son amour, ou pas encore, ou pas tout de suite, pas maintenant. Tout semble trop beau quand il l’aime et elle ne peut pas simplement ajouter “moi aussi”, elle doit dire “je t’aime”, le temps que les mots tournent entre ses sentiments, le temps qu’elle se remette d’un tour aussi dément que celui de deux personnes qui sont incapables de se dire non. Et elle pourrait continuer, continuer à penser “je t’aime’, l’aimer huit fois dans une phrase, l’aimer vingt-cinq fois, trente-fois, le répéter en espérant passer plus vite à ce soir, elle veut, elle veut dormir avec lui et ne pas avoir peur de son départ parce quand quand ils dorment ils se tiennent en silence. Elle ne fait que ça, dernièrement avoir peur.

Il peut gesticuler pour une capote, il peut s’affoler pour une douleur passagère, il peut se demander s’il en fait assez, il peut s’impatienter, mais elle ne peut pas s’arrêter de penser qu’elle ne sera pas là cette nuit. - et qu’il risquera de s’en aller entre temps.

Elle vacille en l’attendant qui vient et la prend dans une étreinte qui la frustre et la fait se rapprocher, s’enlacer plus, ou s’oublier plus. Et puis une fois qu’il respire plus fort parce qu’il ronronne comme un minuscule animal, elle se retourne, elle l’observe, glisse les doigts entre ses cheveux sombres et inspire longuement.

On a pas droit de lui donner un si bon scénario, non. Mais elle essaie tout de même de rêver. “Cette nuit” elle rêvera. Sans un bruit elle se retourne, froisse les draps refroidis, se cale contre Andrew et ne bouge plus.

Elle s’est endormie après tout.

Tap, tap, tap, Andrew lève les yeux et quitte l’horizon, et lui fait un de ces tristes sourires qu’elle n’aime pas.

Tap, tap, tap, c’est des couleurs, il y a plein, elles s’assemblent mal, elle fixe le plafond et fait mine de ne pas être crevée.

Tap, tap, tap. Ah il y a quelque chose mais Andrew n’a pas bougé d’un poil et elle l’a même embrassé un peu.

Elle s’est redressée, il fallait regarder par la fenêtre et elle avait l’impression d’être une amante soulevant le rideau en tissu lourd et vert amande. Quand elle a regardé à travers les carreaux sales de l’ermite qu’était son copain, elle a vu sa petite-amie.
Enfin son ex petite-amie, et elle s’est demandé si elle rêvait.

Quand elle a gueulé Andrew par dessus le portillon, Elizabeth a éventuellement compris que ce n’était pas un rêve.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 0:57

Il fait chaud. Ce sont ces jours où le soleil rend les pavés brulants sous les pieds nus des gamins, ils se bousculent pour atteindre la plage, passent entre les deux vieillards à peine sortis du petit marché, ils en auraient presque fait tomber leurs oranges. Ils courent, main dans la main, les rayons rougissant déjà leurs oreilles alors qu'ils envoient le sable voler plus haut à chaque pas. Devant eux, la mer s'étend tellement qu'ils ont l'impression qu'elle engloutit tout le reste du monde. Elle a une jolie couleur, mais elle est effrayante, ils ont beau se pencher et plisser leurs yeux clairs - elle, est sombre, et ne semble jamais s'arrêter, creusant un énorme trou dans le globe. Parfois, ils se demandent si elle a vraiment une fin ? Peut être bien que s'ils tombaient à l'eau, et qu'ils nageraient jusqu'à ne plus avoir d'air, ils sortiraient la tête à l'autre bout de la Terre. Mais ils préfèrent s'asseoir sur le sable chaud, bâtir des forteresses pour empêcher le méchant d'atteindre la princesse. Andrew est assis sur un rocher, plus loin, et regarde. La pierre devrait être bouillante, mais elle ne l'est pas. Il ne sent pas la chaleur du soleil s'attaquer à son dos, ni ses rayons forcer une main à protéger ses yeux. Mais d'ici, il voit les deux enfants rire. Et puis, la mer s'approche dangereusement de la bâtisse fragile, l'un d'entre eux vient se poster devant pour la protéger des dernières vagues. Perd l'équilibre, tombe en arrière - tout compte fait, il semblerait que le méchant ait réussi à s'emparer de la princesse. Le garçon a les épaules qui l'abandonnent et il a cette moue déçue qu'Andrew connait bien. Mais elle lui sourit. Alors lui aussi.

Il fait frais, dehors. Les arbres sortent leurs belles coiffures colorées, comme s'ils essayaient de s'impressionner l'un l'autre - à celui qui porte le mieux ces feuilles un peu tristes de partir. Quelques unes décorent déjà les sentiers mouillés. Le ciel, lui aussi, a l'air triste. Il n'y a pas beaucoup de lumière à dix-sept heures trente, on aurait presque l'impression que la nature est trop fatiguée en ce second mois d'automne, pour soutenir les lueurs de la journée. Ici, tout a l'air calme. Il n'y a que leurs voix pour briser le repos que s'est autorisé la vie. Ça avance lentement, écrasant le parterre rougeâtre - on a entendu dire que c'est la couleur de l'amour. Enfin. Andrew est assis sur le petit muret devant la maison d'Elizabeth, laissant ses jambes pendre au dessus de l'herbe froide, il reconnait les carreaux sur le pantalon du garçon qui le dépasse. Il fait de grands gestes avec ses mains et a l'air de vouloir expliquer quelque chose à la rousse qui marche à ses côtés. De temps en temps, il a un regard qui se détache du chemin quand elle est trop occupée avec ses propres paroles pour le remarquer. Il a les mains réfugiées dans ses poches, c'est vrai qu'il doit faire un peu frais, mais Andrew est très bien dans son Tshirt, tandis qu'ils sont cachés sous leurs gilets. Quand elle arrête d'avancer, il le voit se tourner et lui dire quelque chose qu'il n'entend pas. Elle secoue la tête mais Andrew devine au sourire triomphant de l'adolescent qu'elle a rit. C'est un sourire qu'il reconnait, ses joues rougies par le vent ou par autre chose, et ses yeux qui ont l'air de pétiller alors qu'il lui dit au revoir.

Et puis, tout à coup, froid glacial. Le décor fragile pourrait se briser en mille morceaux si l'on soufflait un peu trop fort. Les oiseaux ne chantent plus, leurs nids abandonnés forment des bosses sur les branches maigres des fantômes de la forêt. C'est comme si on avait mis la vie en pause dans certains coins de l'île. Toute l'activité s'est concentrée en son centre ; les manteaux se bousculent, il y a des mains qui se réchauffent contre un cappuccino sans sucre et d'autres qui tiennent les sachets plastiques, remplis de nourriture pour les fêtes à venir. Il y a un grand sapin joliment décoré qui se tient au milieu de la place, tandis que les lampadaires illuminent les rues de plus en plus sombres. Les commerces tirent lentement leurs rideaux de fer et les manteaux disparaissent peu à peu. Andrew est adossé contre la baraque à frites, et regarde les personnes rentrer chez elles. Et puis, il aperçoit la même rousse qui le hante depuis le début, passer à côté du grand arbre sans lever les yeux, elle a le nez rouge et d'ici il voit ses doigts trembler contre le petit sachet. Plus loin, l'autre se tient, une de ses malheureuses clopes qui lui pend aux lèvres, le regard arrêté sur la silhouette à quelques mètres de lui. Mais il ne réagit pas. Et quand elle remarque sa présence, elle ne réagit pas non plus. Ils sont là à se regarder bêtement, comme s'ils attendaient simplement que l'autre capitule. Mais ça fait des années qu'aucun d'entre eux ne capitule. Andrew, à les regarder de plus près, voit leurs airs fatigués. Ils n'ont pas envie de faire ça. Mais l'autre continue sa route, lâche quelques paroles inutiles ponctuées d'un 'Sawyer' aussi amer que le café de tout à l'heure, et ça, il l'a entendu. Il n'y a que le feu de la cigarette pour apporter un peu de chaleur à cette scène. Il se souvient avoir pensé, peut être que s'il avait parlé. Les choses auraient été différentes.

Et puis. Il entend les oiseaux. La brise qui se fraie un chemin à travers les nouvelles feuilles, elles se frottent les unes contre les autres dans un mouvement régulier. C'est agréable, la façon dont les rayons du soleil viennent caresser sa peau, tout comme les brins d'herbe contre son bras. Andrew est allongé dans l'herbe, à regarder les nuages défiler au dessus de lui. Il tourne la tête, et c'est Elizabeth qu'il voit, à ses côtés et endormie. Il se redresse sur ses coudes, regarde autour de lui ; ils sont seuls. Ce n'est pas une de ces scènes issue de ses souvenirs, c'est autre chose. Il avance sa main, elle s'accroche à une mèche rousse tombée devant le visage apaisé et. Andrew rêve. Tout est calme, ici. Il n'y a pas de tornade dans son crâne, pour mettre ses pensées en désordre et l'empêcher de faire comme il le souhaite. Il n'y a pas non plus ce fouillis d'émotions hystériques quand la regarde parce que tout est clair. Tout est très calme, ici. À l'exception de son prénom, hurlé quelque part au loin. Pourtant, ils sont toujours seuls. "Je sais que t'es là, viens m'ouvrir." mais il ne comprend pas ce qu'on lui veut, et encore moins elle - c'est sûrement un rêve.

Andrew grogne quand le bruit sourd contre sa porte reprend, mais ne bouge pas. Éventuellement quand la voix résonne pour la énième fois jusque dans les fin-fonds de son crâne, il envisage de se lever pour aller voir ce qu'on lui veut. La chambre est toujours relativement sombre, et il ne saurait dire combien de temps il a dormi, mais. Il a très bien dormi. D'ailleurs, Elizabeth est postée devant la fenêtre, et en la regardant il aurait presque oublié l'énergumène qui martèle sa porte. Sauf que. Bon. Ce n'est pas le cas.




Qu'est ce que tu veux ? Il avait à peine enfilé son jean et attrapé un Tshirt qui traînait dans un coin de sa chambre pour ouvrir la porte sur une Amber sur le point de partir. Il avait hésité à faire demi tour et refermer la porte mais maintenant qu'il est habillé... - Oh, Andrew, je suis désolée pour le bruit mais. Faut vraiment qu'on parle.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:01

Y a ses longues mèches blondes qui cachent ses yeux excédés. Elle est venue à sa porte comme une tempête. Ça devait être important. Andrew, il attendait peut-être à la fenêtre qu'Elizabeth arrive, dans une tornade et le renverse des pieds à la tête. Elle était jamais venue. Elle était comme son corps qui ne bouge pas de là. Lâche. Le lendemain de l'incident et les jours suivants et tout ceux où elle aurait eu raison de se faire du soucis. Elle était silencieuse, chat noir, adossée au rebord, remuant la queue dans l'irritation venue s'installer près d'elle, clandestinement. Amber qu'est-ce que tu fous là. Elizabeth pouvait répondre toute seule à cette question. C'est son ex, elle est restée avec lui, malgré leurs tempéraments de merde. Elle arrivait même à comprendre l'attention soudaine qu'elle lui accordait, parce que c'était pareil pour Elizabeth. Retardataire, repoussant la confrontation juste frustrer sa personne dans les plus basses tensions de l'être humain, d'un coup réduite à l'œil inquiet qui scrute le carré de jardin visible par la fenêtre.

Non elle ne voulait pas qu'il se réveille. Elle le garderait endormi, elle chuchoterait qu'elle l'aime indéfiniment. Une maladie virale, un rhume. Si elle avait pu le placarder au mur elle l'aurait fait. Mais je elle était si absorbée par tous ses égoïsmes qu'en le regardant se frotter les yeux, elle n'a pas pensé à le retenir. Et puis elle s'attendait à quoi? A ce qu'il lui demande son avis avant de rejoindre la bécasse. Elle devait s'interposer ou descendre en trombe et ouvrir la porte avant lui? Elizabeth capte le moindre de ses gestes. Ses grandes mains qui étendent un t-shirt contre ses omoplates, les cheveux rebiquant sur sa tête qui redevenaient sages en quittant l'encolure, le bas de son dos arqué pendant qu'il se glisse dans un pantalon, l'étiquette de son caleçon qui dépasse négligemment. Il s'est évaporé dans le couloir en face. Tous les détails sont restés pour elle mais, il est descendu tout de suite après.

Au départ elle s'est collée un peu à la vitre mais, en entendant rien elle a préféré se faire tomber au bord du lit.
Le tic-tac sec de l'horloge familiale a repris, la pénombre a recouvert les draps, le dogue a effacé ce qui restait d'intimité à Elizabeth, elle s'est laissée basculer en arrière, les yeux sur le plafond. Elle pouvait voir de vieux stickers fluorescents former de fausses galaxies. Mais ça encore elle connaissait parce qu'elle retenait les éléments futiles de sa vie d'avant. Ses doigts fins traçaient des cercles aux contours de son ventre et elle pouvait distinguer leurs deux voix à présent. Elle était jalouse que celle d'Amber soit entrainée par la sienne.
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Andrew P. Cunningham
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:02

"J'espère que je ne te dérange pas." elle joue avec une mèche de cheveux blonds avant de la ranger derrière son oreille - c'est ce qu'elle a l'habitude de faire quand elle est nerveuse. Elle finit par le dépasser pour entrer, ses yeux encore fatigués suivent les mouvements d'Amber dans son couloir tandis que ses pensées se tournent vers Elizabeth. Je dormais. Il se demande ce qu'elle est en train de faire. Comment elle se sent, après tout ça. Si elle a pu dormir - rien qu'un peu. Non il sait qu'elle n'est pas heureuse de voir Amber devant sa porte le jour où elle s'est décidée à venir lui parler. De voir qu'elle est toujours là, qu'elle ne l'a pas oublié.  "Oh, je. Désolée." Il s'en fiche. De ses excuses. De sa présence, de la raison qui l'a amenée ici. De ce qu'elle va penser quand elle saura pour Elizabeth. Parce qu'Amber n'avait toujours été qu'Amber. "Tu vas mieux ? J'ai entendu pour l'accident."

Il soulève ses épaules d'un geste désinvolte et referme la porte. Je vais bien. Mais ça fait trois semaines. T'avais le temps. Ecoute Amber j'ai d'autres choses à faire, alors dis moi simplement ce que tu me veux, qu'on en finisse. Il a la voix calme et le regard ennuyé, quand il lui parle elle ne fait que tripoter ses cheveux ou lisser la bordure de son uniforme, les yeux rivés sur le carrelage - Andrew n'est pas en colère. C'est vrai, il aurait pu. Il aurait mille et une raisons d'être en colère, mais il est. Simplement fatigué lorsqu'elle ouvre la bouche pour parler. Elle se met à lui rappeler leur rupture et il secoue la tête. Elizabeth est seule à l'étage et elle se met à construire son discours comme une mauvaise dissertation de français, il voudrait l'interrompre mais. "C'était une erreur. J'ai agi sur un coup de tête Andrew, c'est pas ce que je voulais." Elle l'avait pris par le bras, ce jour là, et l'avait entraîné dans une salle vide, pendant qu'il se plaignait encore de cette Sawyer qui envahissait de plus en plus leurs discussions. "J'en ai marre." Elle lui avait reproché à peu près tout ce qu'on pouvait reprocher à Andrew, passant par son affection ridicule pour les pantalons à carreaux qu'elle trouvait ringards, son instinct paternel envers un poulet "complètement con", et puis, surtout, la place qu'avait Elizabeth Sawyer dans sa vie. Étonnement, Andrew n'avait rien dit. Il s'était contenté de lui demander si ça voulait dire que c'était fini, et elle avait répondu que oui. Alors il était sorti. N'avait pas assisté au dernier cours de la journée et s'était dirigé vers la plage. C'était où ils allaient, avec Elizabeth, pour réfléchir.

Alors quoi ? Tu veux qu'on se remette ensemble ?

Andrew s'est habitué aux manies d'Amber et, sans pour autant les apprécier, il a su les accepter. Aujourd'hui ça n'a plus rien à voir, ce n'est pas une question d'envie, de vouloir la supporter ou encore de lui pardonner. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un non, parce qu'Andrew a trouvé Elizabeth et ne veut plus qu'Elizabeth auprès de lui. Mais la blonde s'est jetée entre eux, cette fois encore, et il doit soupirer quand elle hoche la tête. Je suis amoureux. Il guette la réaction d'Amber, mais elle ne bronche pas. Et t'avais raison quand tu disais que je parle beaucoup trop de Sawyer pour quelqu'un qui s'en fout. Je m'en foutais pas, je savais pas quoi faire, c'est tout. Maintenant je sais et je veux pas qu'elle doute de mes sentiments comme toi tu l'as fait, alors. Trouve toi un gars qui portera tes achats et sois heureuse avec lui, parce que moi je le suis avec Elizabeth.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:08

L’angoisse fait un bruit monstre. Encore plus dans le noir, les volets à moitié fermés, elle a ramené ses jambes contre son buste, elle a inspiré. Pour ne plus entendre leur discussion éclater contre les murs de la maison, elle aurait fait des tas de choses. Bâtir une forteresse inviolable avec des coussins, se planquer sous la couette, chantonner, lire un bouquin. Mais en regardant à droite et à gauche dans cette pièce qu’elle découvrait autrement, (autrement que contre le corps du brun.) elle ne trouva rien de tel, pas de bouclier, pas de château fort, pas de dragon cracheur de feu.
Le silence couvre le lit, elle est calée contre la tête de ce dernier, les yeux dans le vide. Ou bien, ils sont perdus entre les sacs empilés de grain sur le bureau, les prospectus divers, les paquets de mouchoirs promotionnels éparpillés un peu partout. Au sol des fringues, des fringues partout. Son pull débile avec un ananas géant qui parle sur un fond vert fluo, des chaussettes, des tickets pour la navette de l’île. Le ruban de Nagoya.
Ce qu’il pouvait être ennuyeux avec le ruban de Nagoya, mon dieu. A l’agiter dans tous les sens pour appeler sa poule, les tentatives de cris, piètre imitation de la bestiole, les jours de disparition à la chercher dans les ruelles. Là ils étaient petits mais ça ne semble pas si loin - elle a réussi à se distraire d’Andrew et Amber dans le couloir de l’entrée. - A la place elle les entend sonner chez les voisins, leur décrire un volatile blanc et rouge, leur dire combien ils sont inquiets pour des gosses qui sortent de l’école primaire.
Il l’aime cette poule. Comment l’aime-t-il? - Il l’aime au point de la garder chez lui depuis qu’il l’a trouvée. Qu’ils l’ont trouvée en fait. Elle le voyait, quinze ans plus tard, la poule sur le bras, le panneau serré dans une main, criant à la révolte de la viande de poulet engrossée dans de la friture, plongée dans les garnitures, abandonnée à la chapelure. Andrew tout craché, de s’engager dans des causes folles, sans prévenir.

Était-elle une cause folle? Cette pensée la fait légèrement sourire, elle se redresse et jette un œil au dessus, un énorme panneau craft, où il a épinglé des tas de babioles plus étranges à chaque couche des souvenirs de l’Andrew qu’elle n’a pas fréquenté ensuite. Les soirées, les amours-écrasés-sous-un-seul-baiser, les essais de dépucelages ratés, les nuits saoules, les journées ivres. Rien, mais des bouts de papiers, des adresses notées à la va-vite de son écriture catastrophique, ses petits smileys sarcastiques, son rare sarcasme est à l’écrit, il s’est monté contre un tas de leurs profs comme ça, en seconde, elle sait. Le regardait trop. Ses jambes nues s’étalent sur le matelas, elle remue les orteils, n’écoute toujours pas, il n’y a plus que lui pour résonner, on dirait qu’Amber s’est tue, mais pas tuée pour Andrew.

Pourquoi? Elle est une fille étrange et volatile avec ses mimiques chaudes et féminines, son petit nez rose à souhait, ses joues teintées, son fard mat et ses paupières luisantes de couleurs acidulées, parfois nues. Parfois, elle est plutôt normale, Amber, si on lui retire son horrible chien, ses paroles crues de fillette, son air hautain, elle a aussi peur. Elle est normale, Amber. Elizabeth ne va pas aller les voir parce que - ce n’est pas de son ressort, ça ne sera sans doute jamais le cas. L’affaire Andrew-Amber est semée d’embûches mais, il lui fallait une bagarre, une nuit de soupirs et une interruption, pour éventuellement arrêter de la regarder.
Elle les envie ces regards, les attentions, les “c’est pas grave Amber, laisse tomber.” les mains sur son épaule, les doigts contre ses côtes, ses courbes de jolie femme, ses sourires, ses bonjours, ses au revoir. Il l’aimait, il l’aimait d’une autre manière qu’il avait d’aimer Nagoya, mais il l’aimait, elle en était persuadée. Andrew aimait Amber, il était comme ça, il aimait.

Aurait-elle pu être autre chose qu’une gamine, Elizabeth, pour Andrew Cunningham. Qui finit dans son lit, comme il y imaginerait n’importe quelle fille. C’était le désir refoulé, les lèvres retenues dans l’étreinte absente, c’était des tas de raisons mièvres qui l’avaient poussée là.
Elle était stupide. Pourtant elle s’attardait sur les détails, une photo avec Anaïs au dessus de son lit, et des chansons proposées par ses amis, probablement.
Le monde dans lequel elle entrait pas.

Fallait sortir de la bulle, mais fallait se parer de lui. Elle était amoureuse, et elle détestait ça. Laissant la couverture, l’uniforme perdu entre le pied du sommier et le tapis exotique qui sentait le cumin, elle a ouvert son placard, a reculé pour enfiler sa précieuse culotte snoopy.
Pathétique, ajoute-t-elle à son constat. Elle a trouvé son vieux pull tricoté, celui qui gratte et qui grattait même quand il était assez proche pour la frôler de son bras, et là elle levait les yeux. Et elle l’aimait.

Au début elle aimait cette idée. Être amoureuse d’un garçon, c’est amusant. C’est amusant jusqu’à ce qu’on le connaisse, qu’on le sache capable de s’enfuir, au moindre problème… et rangeant ce pull tricoté, en se souvenant des sourires d’Andrew quand elle s’en plaignait, elle a ramassé le sweat stupide à ananas, l’a enfilé péniblement.

Il sentait le sale et l’Andrew. C’était satisfaisant. C’était réconfortant. Comme ses pieds se joignirent et qu’elle fit un pas vers la porte, un autre et l’ouvrit. Ses longs cheveux, ceux qu’il comparait à des pinatas, ou des trucs dans lesquels il fallait chercher l’élastique à deux-cent livres sterling. Et elle progressait dans le noir, sa main tripotant des mèches interminables. Elle resta à quelques mètres, sans se manifester, sans comprendre vraiment ce qu’elle faisait. - On ne pouvait pas exister, dans la bulle des autres, de ceux qui existent déjà sans vous. - Elle avait retrouvé sa voix, et elle déchantait.

Ensuite,

TASTY PINEAPPLE, TASTY, a crié le pullover.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:09

Il la fixe, en fait, il la transperce de son regard intrigué parce qu'il s'attend à ce qu'elle s'énerve, à ce qu'elle ait la voix qui s'emporte et que son regard tente de lui percer les deux orbites tellement elle est en colère, vous savez Amber, elle a le stéréotype de la fille gâtée qui ne supporte pas qu'on lui dise non collé à la peau et elle n'a jamais vraiment voulu s'en défaire. Avec le temps, Andrew avait découvert que ce n'était qu'une image et qu'en fait, elle n'est pas cette fille gâtée qui ne supporte pas qu'on lui dise non, enfin, c'est une bonne actrice Amber. Une nuit où le brun était écrasé sur le vieux cuir de son canapé, à s'énerver contre le cinquante-septième "GAME OVER" pixelisé de la soirée, il avait reçu un appel. Elle ne l'appelait jamais la nuit, à vrai dire elle ne l'appelait jamais tout court, Amber c'est le genre de personne à n'aimer que les sms. Son téléphone avait vibré sur la table, manquant de renverser son verre parce qu'il était trop concentré sur le dernier boss du niveau pour lâcher sa manette. Atteint les cinquante-huit fois, il avait décidé de décrocher. Elle pleurait, et c'était la première fois. Alors il avait passé l'heure suivante à l'écouter trembler sans trop comprendre parce qu'elle ne voulait pas lui dire, elle voulait juste lui parler. De tout, de ce qu'elle avait mangé au dîner, de son chien qui n'arrêtait pas de mordiller ses talons, de son professeur de littérature qu'elle trouvait génial, de son jogging qu'elle trouvait beaucoup plus confortable que ses autres vêtements et même de la façon dont elle aimait manger ses oréos, en fait elle croque juste dedans. Elle ne s'était pas arrêtée de parler, pas une seule fois, et pourtant Andrew avait cru entendre des cris et des bruits de verre quand sa voix avait faibli, l'espace de quelques secondes. Et puis, quand elle avait fini, qu'elle ne savait plus quoi lui dire à part "merci", elle lui avait souhaité bonne nuit et avait raccroché. 

Ce jour là, il n'avait pas eu Amber au téléphone, du moins, ce n'était pas la même que celle avec qui il sortait depuis presque deux ans déjà. Mais le lendemain elle avait déjà disparu, et s'il n'avait pas croisé son regard triste quand elle était venue lui dire que ses derniers cours étaient annulés, il se serait probablement demandé s'il n'avait pas imaginé les sanglots du soir précédent. Et puis, elle n'avait plus jamais pleuré. Elle avait continué à lui parler de ses nouvelles fringues, du cours de littérature qui l'ennuyait, de son argent de poche qui avait été renouvelé, enfin, les choses dont on avait l'habitude de l'entendre parler. Il n'avait plus eu d'appels, et il s'était surpris à attendre.

Alors maintenant, il la fixe, et la seule chose qu'il voit, c'est son regard, et elle n'a pas l'air en colère, non. C'est le même regard que la dernière fois. Et elle ne dit rien, pourtant Andrew a l'impression d'être cette nuit-là. C'est un silence qui pourrait vouloir dire plein de choses, mais il n'y a qu'une chose à comprendre, et d'ici, il la voit trembler.

TASTY PINEAPPLE, TASTY

En fait, il a sursauté quand la voix aiguë s'est fait entendre dans son dos alors qu'il s'apprêtait à parler. Il s'attendait à beaucoup de choses, mais certainement pas à voir Elizabeth sur la dernière marche, vêtue de son vieux pull vert. Il faisait passer ça pour un cadeau de sa grand-mère, mais ce que peu de gens savent, c'est qu'il l'a acheté de son plein gré, l'ananas qui parle lui a d'ailleurs coûté une petite fortune mais pour lui, ça valait largement l'argent qu'il a investi dans cette « perle vestimentaire ». Encore plus maintenant que la rousse le porte et qu'il se surprend à la trouver presque fascinante, les mèches libres qui reposent sur ses épaules et que ça lui arrache un sourire. Il est vraiment amoureux.

Amber, il ne l'a jamais aimée comme on aurait voulu qu'il le fasse. Parfois ça lui arrivait de se demander, peut être que si elle avait rappelé. Peut être que si elle l'avait laissé l'approcher, il aurait pu. Et puis, à chaque fois, il y avait Elizabeth qui revenait dans sa tête pour tout foutre en l'air, il détestait ça, la façon dont elle le mettait face à l'évidence : il l'aimait elle et personne d'autre. C'est pour ça qu'il n'aurait pas pu aimer Amber, même si elle avait rappelé, même si elle l'avait laissé, il n'aurait pas pu et on aurait pu rejouer cette scène de mille façons différentes, le résultat aurait été le même, Andrew est toujours celui qui blesse, c'est inévitable.

Mais le couloir est vide quand il se retourne, il entend juste le bruit de la porte se refermer.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:10

Ses yeux s’étaient fermés dans la seconde: elle avait fait partir une bombe, de la dernière marche, jusqu’au bout du couloir, s’était accroupie sans répondre au cliquetis incessant contre sa poitrine. Des lumières qui tournaient en rond contre un ananas géant, ses doigts glissés au derrière de ses oreilles, ses mèches ramenées en arrière. Elizabeth n’attrapait pas son regard, une fois qu’il se décidait à la remarquer - elle voulait qu’il la remarque, c’est vraiment idiot. Le sentir sur elle, dans un dernier acte qui s’enchaîne, après une porte claquée: le silence d’Andrew Cunningham, poursuit celui de son ex petite-amie. On dirait la conclusion d’une tragédie.

La scène finale, où vous perdez les personnages au pied du monde, à trouver un certain réconfort dans les deux yeux sombres de l’autre, à se poser des questions sur la vie, sur leur vie ensemble. Elizabeth ne pensait rien, elle avait la tête vide. Ou pleine. Pleine de vide. Ou du malaise qui appuyait sur ses épaules ensuite, ses silences qui lui prenaient son air sans discuter. Non, elle avait honte, voilà tout, d’écouter aux portes.

Elle l’a déjà fait quand on se plaignait des absences d’Andrew l’année passée, ou même, le mois d’avant vous savez, celui où on avait failli lui percer le bide avec un couteau de chasse. Mais c’était ce calme indécent qui, maintenant bourdonnait dans un coin de son crâne et, si Andrew lui parlait à ce moment précis, alors elle n’entendait pas et ne voulait pas entendre. Elle avait fait quelques pas en arrière, les poings nerveux qui s’agrippaient au pull bavard, les yeux rivés sur le parquet, elle rassemblait ses affaires, balançait l’ananas sur le lit, cherchait son soutif, son uniforme froissé, ses souvenirs immédiats explosés dans la pièce dans une vraie torture. Sa chemise, foutue, fichue, par terre, en boule, sa faute. Sa putain de faute encore. Alors elle enfila de nouveau ce pull parce que, il fallait qu’elle parte, maintenant, il le fallait. Elizabeth suffoquait, peut-être n’avait-on pas encore abordé son allergie aux problèmes, son souffle court de lâcheté ou ses paniques personnelles mais surtout, celles pour Andrew.

Un loup dans le couloir qui rase les murs et trouve son sac dans l’entrée, des joues épaisses de remords gonflées de rouge, dessinés vite fait sur sa figure, sa jolie pâle figure. Eliz. Andrew? T’es où Andrew? Il faut que je m’en aille.
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MessageSujet: Re: Talk is cheap [ Elizabeth ]   Sam 10 Oct - 1:30

Voilà, il l'avait blessée, Amber, et elle avait préféré partir. Peut être bien qu'il s'y attendait, après tout, elle n'avait jamais été douée dans son rôle de protagoniste tiraillée, et ça avait dû la lasser. En fait, ici elle incarne plutôt le personnage secondaire basique qu'on remplace au bout de quelques chapitres parce que l'intrigue a évolué, enfin, c'est ce genre de personnage qui a le droit à deux paragraphes résumant grossièrement son histoire, comme si dix-sept années pouvaient réellement tenir sur une page. Et puis, cinq tomes plus tard ou que sais-je, il y a une sorte de retour mal organisé qui servirait qu'à relancer l'intrigue et rien de plus.

Mais ici, ce n'est qu'Amber, elle s'en est allée un peu triste et ce n'est pas grave parce que. Dès le début, il n'a toujours eu besoin que d'Elizabeth. Quand il y pense, il voudrait rire, ça lui paraît évident maintenant, il ne comprend pas. ― Elle aussi, elle s'en est allée, ou peut être qu'elle reste il ne sait pas vraiment, en tout cas il n'y a plus que son ombre qui s'étire sans qu'il ne fasse rien, et il y a Andrew.

C'est étrange, il n'y a pas un bruit et il ne se sent pas seul. Il a toujours été un peu seul, en fait, c'est pour ça qu'il n'aime pas rester chez lui ; la maison lui paraît vide la plupart du temps parce que le chien dort et Anaïs s'enferme dans sa chambre pour faire ses devoirs, il y a ce calme ambiant qui ne veut pas s'en aller peu importe les circonstances et il a l'impression que c'est une de ces vielles demeures cachées dans un coin du monde que les gens viennent visiter pour se fiche la frousse. Sauf qu'il n'y a personne, si ce n'est que l'un de ses amis qui vient tester un nouveau jeu sur sa Xbox de temps en temps. Même le quartier est trop calme et passé une heure on se croirait presque dans un de ces paysages post-apocalyptiques où il ne reste plus personne, même les chats ont peur de sortir. Mais les buissons son trop bien taillés pour ça, c'est vrai.

Malgré les ronflements profonds de son animal et l'absence de sa sœur, il ne se sent pas seul. Et il a les doigts qui s'enfoncent dans les poches de son jean pour attraper ses cigarettes mais il a oublié qu'il avait pris le premier pantalon qu'il avait trouvé, celui qui pendait lamentablement sur le dossier de sa chaise alors qu'Elizabeth avait quitté son lit.

A être tout à fait honnête, il aurait aimé qu'Amber ne soit pas aussi persévérante, ou du moins qu'elle le soit un autre lundi matin que celui-ci, où Eliz avait toqué à sa porte. Et pendant trois semaines il avait attendu, sans s'imaginer qu'un jour ça finirait, et que ça finirait bien. Il s'était habitué, au fil des années, à cette image d'eux se dépassant dans les couloirs en s'adressant une parole ou deux comme deux étrangers un peu aigres d'avoir loupé leur train. Mais maintenant ça lui semble idiot parce que ces étrangers avaient toujours l'habitude de s'asseoir à côté avant et ce n'est que les retards de l'un ou les avances de l'autre qui sont parvenus à les séparer, au fond ils étaient toujours les mêmes, et ils s'aimaient.

Les croquettes résonnent contre les parois de la gamelle quand sa voix l'appelle et il se souvient qu'elle était venue avec son sac. Oui Elizabeth n'avait pas changé et elle n'a jamais figuré sur la liste des absents jusqu'à aujourd'hui. Il avait toujours admiré ça chez elle, cette façon de maîtriser sa vie peu importe ce qu'on lui impose, et il ne veut pas qu'aujourd'hui soit la première fois que son nom figure sur la liste. Ils ne feraient qu'échanger leurs rôles, elle serait celle en retard. Et la masse grise se dirige maladroitement vers son assiette tandis qu'il s'approche de la rousse, ses affaires qu'elle avait rapidement suspendues à son épaule et ses joues rouges le font sourire, il n'a pas encore remarqué qu'elle n'a pas retiré l'ananas. Dépêche toi il reste plus beaucoup de temps avant que la prochaine heure commence. Et il a ce réflexe un peu débile de passer une main dans ses cheveux avant de s'approcher pour l'embrasser parce que, les étrangers dans le couloir ne s'embrassaient jamais. Et puis il lui ouvre la porte et la regarde s'en aller, Andrew, il ne se sent pas seul même si elle est partie.

Mais de toute manière il n'en a pas vraiment l'occasion quand il toque à la porte de sa salle de classe, une demi-heure plus tard, le vieil homme l'autorisant à rejoindre sa place, bien que perplexe, le regardant s'écraser contre sa chaise, la tête tournée vers sa voisine au lieu de suivre son cours sur la subduction des plaques. Et puis il continuerait à gribouiller contre l'ardoise, comme si rien n'avait vraiment changé.
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