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 Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...

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Kylaa
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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 1 Mai - 11:11

Une fois sorti de la chambre, j'entrepris de nettoyer le plateau, passablement agacé. Faites des efforts, tiens... M'enfin, j'imaginais qu'il ne fallait pas que je m'attende à ce qu'elle me remercie. En fait, je n'avais pas l'habitude. En général, dans la majorité de mes contrats, je ne gardais l'otage que quelques heures avant de le remettre à son commanditaire. Les autres cas, je les gardais 48 heures tout au plus. Et ils étaient tellement effrayés, qu'ils acceptaient tout sans broncher. Celle-ci constituait une sacré exception à la règle.

C'était nouveau pour moi. D'autant plus que je risquai d'avoir à la supporter pour un moment. Mais bon, d'un autre côté, c'était plutôt intéressant. J'imaginais qu'avec elle, je ne m'ennuierais pas.

La vaisselle terminée, je m'installai confortablement dans mon canapé, un livre à la main, et eu cette fois de mettre ma chaine hifi en marche. La musique des violons du printemps de Vivaldi envahit bientôt la pièce, m'apaisant. Vivaldi, probablement l'un de mes compositeurs préférés avec Chopin.

Je manquai de m'endormir de nouveau, lorsque j'aperçus l'heure sur l'horloge de la télé. 20 heures 15. Et j'avais faim. Je posai mon livre et me leva pour me diriger vers la cuisine et me munir de mon tablier. Je regardai pensivement à travers chaque placard, avant de jeter mon dévolu sur les spaghettis. Ma mère m'avait appris une recette lorsque j'étais petit. A tomber par terre.

Je fis chauffer les pâtes dans l'eau, sans oublier de mettre le minuteur, avant de m'attaquer à la viande et la sauce tomate. Le tout prêt, je fit revenir les pâtes quelques minutes dans l'huile d'olive avant de les disposer dans une assiette et de les recouvrir de bolognaise. J'ajoutai la touche finale, un peu de parmesan râpé, avant de disposer le plat sur un plateau et de l'emmener à mon invité. Même si elle préférait mourir que de le montrer, j'espère au moins qu'elle apprécierait. En fait, je m'en fichais. Du moment qu'elle mangeait quelque chose.

Je frappai à la porte, avant de l'ouvrir et d'entrer, et allai déposer le plateau sur la table de nuit.

-J'imagine que vous devez avoir faim à présent. Je vous conseille de manger avant de vous écrouler.

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Erika Keysie
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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 1 Mai - 11:34

Je venais d'en arriver à un moment des plus intéressants de mon livre de Charlaine Harris lorsque des son stridents me parvinrent. Du violon. J'eus d'une mal à reconnaître le compositeur, à travers la porte ; le son me parvenait étouffé et seules les notes très aiguë passaient. Mais après concentration, je réussis à mettre un nom sur ce que j'entendais. C'était du Vivaldi.

Je fis une grimace. J'aimais bien le violon, surtout quand Lindsey Stirling en jouait, mais je n'en étais pas une fan inconditionnelle. Je préférai largement le piano. Et mon piano à moi me manquait. Parce que lorsque je jouais, tout s'effaçait, je n'avais plus de problème, plus rien. Il ne restait que les touches, les sons, et moi. C'était un véritable havre de paix. Dès que je m'asseyais devant mon piano, je me sentais bien.

Seulement, il semblait avoir, lui, un préférence pour le violon, et pour Vivaldi, puisqu'il en écouta pendant des heures. Heureusement que j'aimais bien le classique, parce que j'aurai pu considérer ça comme une torture.

Je replongeai dans ma lecture des aventures de Sookie Stackouse - dont certaines se passait à Shreveport. J'aurais bien aimé qu'un certain Eric Northman vienne à mon secours comme il y allait pour Sookie. Dommage. Dans la vie, on ne peut compter que sur soi-même.

Alors que j'en arrivai à la moitié de mon livre, des bruits secs contre ma porte me firent lever les yeux. Je retins une moue sceptique lorsque je vis entrer Ethan. Je trouvais totalement incongru le fait qu'il frappe avant d'entrer. Etait-ce une marque de considération ? Ou simplement se sentait-il obligé d'être poli ?

Une soudaine odeur alléchante attira mon attention et me fit oublier toute mes pensées. Dans ses mains, il tenait un plateau où trônait une assiette de spaghetti bolognaise. L'un de mes plats préférés. Je du me retenir de toute mes forces pour ne pas me jeter sur le plat. Aussi, je repris ma lecture - ou fis semblant - pour cacher cette envie qui devait se lire sur mon visage comme je lisais les mots sur ma page.


-J'imagine que vous devez avoir faim à présent. Je vous conseille de manger avant de vous écrouler.

Je ne savais pas pourquoi, mais je me sentais presque tout le temps offensée par les mots ou le ton qu'il employait. Mais, étant donné qu'il était tout de même celui qui m'avait enlevée, je commençai à réaliser vraiment l'ampleur de la situation et j'avais décidé d'être sage. Enfin, autant que je le pouvais, je n'étais pas sûre de pouvoir retenir des répliques cinglantes qui fuserait lorsque j'aurais trop peur.

-Merci, lui répondis-je tout de même, essayant de ne pas avoir un ton ironique, mais aimable.


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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Ven 9 Mai - 22:56

J'étais content de voir que l'étudiante avait visiblement trouvé son bonheur dans la bibliothèque. Enfin, son bonheur... Tout est relatif. Si tant est qu'on puisse être heureuse dans une situation comme la sienne. Oui, j'en avait cruellement conscience, mais ça ne changeait strictement rien.

Elle leva à peine le regard de son livre pour le poser sur moi. Toujours aussi aimablement. D'un côté, je ne m'attendais pas non plus à ce qu'elle me remercie. Et ça m'était on ne peut plus égal.


-Merci.

Je haussai les sourcils, avant de reprendre un air posé et inexpressif. Voilà qui m'épatait. Elle prenait tout de même la peine de me remerciait. Pour le coup, je ne m'y attendais pas. Mais bon, on n'allait pas non plus en faire tout un plat.

Je jetai un dernier regard au plateau sur la petite table de nuit.

-Bon appétit, fis-je dans un hochement de tête.

Je sorti alors pour récupérer mon propre plateau et m'installer devant la télé. Les infos. Rien de bien important encore. Quoi d'étonnant ? Une étudiante vivant seule... Sa disparition mettrait un peu de temps avant d'être remarqué. En attendant, j'espérais que j'aurais eu le temps de me débarrasser d'elle.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Mer 28 Mai - 21:36

Les jours suivants se ressemblèrent tous. Sans rire. Il m'apportait à manger le matin, puis je m'occupais en lisant, puis il m'apportait de nouveau à manger, puis je reprenais ma lecture, puis je faisais les cent pas dans ma chambre essayant de concocter un plan d'évasion plausible, puis encore une fois je lisais, il m'apportait à manger pour la dernière fois de la journée, et j'allais prendre une douche, laissant mes larmes couler et se mêler à l'eau - comme si les confondre avec l'eau pouvait me permettre de les oublier...

Il ne s'était passé que trois jours, tout au plus, mais j'avais l'impression d'être là depuis des mois. Et pendant ces trois jours, j'avais ruminé ma rancoeur envers le monde. Comment se faisait-il que personne ne s'inquiète de ne pas me voir ? Pourquoi mes parents, mes amies, mes camarades, mes professeurs, n'avaient pas donner l'alerte ? Pourquoi la police, le FBI, la CIA, ne défonçait pas la porte de ce foutu appartement pour arrêter cet enfoiré et me délivrer ?

J'avais cet horrible sentiment d'être abandonnée et de n'être aimée de personne. Et je me trouvais tellement pathétique de ressentir ça. Plus le temps passait, et plus je me trouvais pathétique d'espérer encore d'avoir de l'aide extérieure. Je présentais que j'allais devoir me débrouiller toute seule pour me sortir de là.

Mais il y avait un problème, et pas des moindres. Ethan semblait pas en être à son coup d'essai. S'il avait de l'expérience dans le kidnapping, alors mes chances de m'évader devenaient très, très minces. Voire quasi-nulles. J'étais donc plus ou moins condamnée. Ma seule chance était de la jouer otage-très-très-sage-à-qui-on-donnerait-le-Bon-Dieu-sans-confession pour qu'il me laisse plus de liberté, et le loisir d'observer l'appartement pour trouver les failles.

Mais c'est alors que, comme à mon habitude, en faisant les cent pas une pensée me heurta, sans que je m'y attende : et si je n'avais pas le temps ? Je veux dire, s'il ne comptait pas me laisser plus de liberté, parce qu'il allait me tuer dans les prochaines minutes ? Après tout, celui qui était assez riche pour me faire kidnapper pouvait très bien lui ordonner de me tuer.

En analysant la situation, je savais qu'au combat à mains nues, contre mon ravisseur, je n'étais pas de taille. La peur me prit alors l'estomac et une nausée menaça de me faire vomir. L'affolement me gagna en un rien de temps, et mon coeur et ma respiration s'accélérèrent.

J'allais peut-être mourir, la prochaine fois qu'il passait la porte.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 22 Juin - 15:36

Trois jours. Ça faisait seulement trois jours qu'elle était là. Olivia. Seulement ? J'avais l'impression que des semaines étaient passées. Sérieusement. Certes, il ne s'était rien passé de bien particulier. Je continuais à vivre ma vie, sans me préoccuper de la jeune étudiante. Les jours passaient, entrecoupés par la corvée de lui apporter ses repas. Corvées durant lesquels je me rappelais un instant que je n'étais pas seul. Pourtant, j'avais fini par me rendre compte, avec une certaine surprise, que j'avais fini par m'y faire, et même apprécier ce petit rituel, m'appliquant pour lui servir des repas plus appétissants les uns que les autres.  

Je secouai la tête. Il fallait que je me reprenne. Car elle allait partir. Et le plus tôt serait le mieux. J'avais essayé de rappeler mon commanditaire. Plus d'une fois. Parce que c'était bien gentil, mais j'étais loin d'être infaillible, j'en avait cruellement conscience. Et plus elle passerait de temps ici, plus j'avais de chances de me faire arrêter. Et ça ne devait pas arriver. Surtout pas.

Le premier appel n'avait pas été des plus fructueux. Après une demi-heure d'intenses négociations, j'avais finalement fini par le menacer de la relâcher. Il m'avait rit au nez avant de raccrocher en me promettant que je ne ferait jamais une chose pareille. Et il avait raison. Je ne pouvais me permettre de le faire. Pour plusieurs raisons plus qu'évidentes. Les appels, suivants, il n'avait même pas prit la peine d'y répondre. J'étais donc coincé. Forcé à attendre qu'on me contacte. Et je détestais ça. Parce que je ne maîtrisais pas les choses.

Je décidai de cesser de me morfondre, et de passer la matinée à faire quelque chose d'un peu plus intéressant. Je me levai du canapé pour me diriger vers l'étui soigneusement rangé près de la télé. J'en sorti mon violon et, après avoir joué quelques accord pour m'échauffer, me mis à jouer un morceau que j'appréciai particulièrement. La magie opéra dès les premières notes. Je me laissai bercer, porté par ma musique, jusqu'à me mettre à danser. Partout. A travers mon salon, sur le canapé, et même sur les chaises et la table massive de la salle à manger. J'étais dans mon univers, complètement abandonné à ma musique. Telle une drogue, elle me faisait vibrer.


[Feat. Lindsey Stirling : Shadows ]

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Sam 28 Juin - 19:52

Il avait passé la porte, et m'avait apporté un autre plat cuisiné. Sans rien ajouter, rien dire, ni faire à mon encontre. Dès qu'il était sorti, j'avais commencé à respirer de nouveau. L'angoisse ne me quittait plus. Elle était là, à toutes heures du jour ou de la nuit. Je faisais d'horribles cauchemar, les bonnes nuits, sinon je ne dormais pratiquement pas. Ce n'était que lorsque j'étais vraiment fatiguée, que je ne pouvais plus tenir face au sommeil que je dormais d'un sommeil agité.

J'étais assise sur le lit, à me désespérée - je ne trouvais définitivement pas de plan pour m'en sortir - lorsqu'une mélodie retentit, une mélodie stridente. Du violon. Les sons me parvenaient, plus ou moins proches et forts. Etait-ce lui qui jouait ? Je savais qu'il aimait la musique autant que moi, et il me semblait qu'il m'avait dit jouer d'un instrument, lors de notre première rencontre, devant mon université.

Je soupirai. J'avais l'impression que ça remontait à loin, à une autre vie. Comme mon piano me manquait... Machinalement, mes doigts tapaient sur mes cuisses comme si les touches blanches et noires étaient dessous. Comme si j'avais mon piano. J'écoutais les notes qu'il jouait, et je reconnu la musique. J'en fis l'adaptation mentale au piano, les yeux fermés. Je me sentis, pendant un instant, comme chez moi...

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Sam 28 Juin - 23:07

Les yeux clos, les mains défilant sur mon violon, à peine conscient de danser debout sur ma table, je me laissait emporter, transporter par ma musique. J'étais...comme en transe. Autour de moi, tout n'étais plus que néant, choses futiles insignifiantes. Mon esprit s'abandonnait totalement, pour aller à l'essentiel. Alors une image s'imposa à mon esprit, résonance des rares photos qui parcouraient mon salon. Une petite tête blonde, au visage enfantin, si seul, si fragile. Couchée sur son lit d'hôpital. Sans abandonner mon morceau une seconde, je me laissai aller aux sentiments, laissant négligemment quelques larmes rouler sur mes joues, jusqu'à arriver à la dernière note que je laissai durer, lentement, presque sensuellement.

C'est alors que, sans ouvrir les yeux, oubliant où je me trouvai, je fis quelques pas en arrière avant de rencontrer le vide sous mes pieds, et de m'étaler violemment contre le sol dans un fracas assourdissant, faisant trembler une bonne partie de l'appartement. La première chose que je vérifiai une fois les yeux ouverts, c'était l'état de mon violon. Il n'avais pas une égratignure. Soulagement. Je restai alors là, allongé sur le sol, pensif. Je n'avais aucune envie de bouger d'ici. Premièrement, parce que je craignait de découvrir que je 'était cassé quelque chose si je bougeai. Ce qui était puéril, je vous l'accorde. Deuxièmement, je n'avais qu'une envie en cet instant, m'abandonner à mes pensées, oublier tous mes problèmes, tous ces foutus aléas que la vie s'amusait à nous envoyer. Et voyager, comme un enfant, dans un monde imaginaire.

Abandonné à mes esprits, j'en oubliai un détail important, que j'aurais pourtant dû remarquer. Ce son que la porte de la chambre d'ami avait fait lors de ma chute. Imperceptible et pourtant si caractéristique d'une porte mal fermée.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 29 Juin - 0:29

Je continuai de pianoter avec mes doigts, tout le long du morceau, m'abandonnant à mes souvenirs. Quand j'étais chez moi. Libre.

Je sentis des larmes couler le long de mes joues. Des larmes d'amertumes, de colère, de désespoir, de haine, de peur... bref, c'était pas des larmes de joie. Je m'allongeai sur le lit, roulée en boule, décidée à attendre. Quoi ? Je ne savais pas. Mais je n'avais plus le courage de faire comme si ça allait bien, comme si j'allais m'en sortir. Je savais que plus rien ne me sauverait. J'étais condamnée, depuis ce jour où je l'avais bousculé devant mon université. Ce jour où il avait décidé d'agir. J'étais finie. Morte.

Le morceau se termina alors, tout comme la fin de mon existence. Et, soudainement, un énorme bruit sourd retentit et fit trembler les murs. Un "clic" caractéristique retentit dans le silence qui suivit. J'ouvris soudainement les yeux, mon intérêt piqué au vif. Je me redressai.

Oh. Mon. Dieu. Je voyais la porte entrouverte. La porte. Ouverte. Ma liberté. A porté de main. Je me levais doucement, n'osant y croire. Avec lenteur, je couvrais le peu de distance qui séparait le lit de la porte. Je posais une main tremblante sur la poignée et tirait lentement la porte, priant pour qu'elle ne grince pas. Les Dieux, quels qu'ils soient, étaient avec moi et je sortis de la chambre sur la pointe des pieds. Je voyais l'appartement. Enfin, je savais à peu près où j'étais. Les couleurs laissaient à désirer...

Je devais arrêter de divaguer ! Je remontais le couloir, le plus discrètement possible et arrivais dans le salon. Je jetais un coup d'oeil, mais il n'y était pas. J'avisai un porte sur le côté, qui devait donner sur la cuisine. Je m'avançai doucement, et je l'aperçu, allongé sur le sol. Etait-il... mort ? Aucune idée, mais je devais sortir de là. Tout en continuant de fixer Ethan, je me déplaçais à pas feutrés. Jusqu'à...

Jusqu'à ce qu'arrivée près de la porte, je me cogne contre une petite table où trônait une photo encadrée. En verre. Qui s'explosa par terre. Le bruit, si immense, me creva les tympans. Je me figeai, des larmes de désespoir et de frustration aux bords des yeux.

Un destin si cruel n'était pas normal. J'étais maudite.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 29 Juin - 2:03

Plongé dans mes pensées, dans mes mondes imaginaires, dans mes souvenirs, les restes de ma musique abritant les tréfonds de mon esprit, je manquai presque de m’endormir. Après une chute pareille, je ne tendais qu’à oublier les éventuelles parties douloureuses de mon corps. Sans compter que la moquette était fichtrement confortable.

Soudain, alors que j’étais réellement sur le point de m’endormir, un bruit me réveilla en sursaut. Et ce n’était pas n’importe quel bruit. Je pouvais en deviner la provenance. La petite commode sur le côté, à la sortie de la salle à manger. Le sol était carrelé. Et sur la commode… Piqué au vif, je me redressai instantanément, ignorant toute douleur éventuelle, pour me tourner vers la provenance du bruit, un affreux doute planant dans mon esprit. Et ce doute se confirma lorsque je tournai la tête pour voir une silhouette à la chevelure rousse me tourner le dos.

Vif comme l’éclair, je me redressai pour la rattraper avant qu’elle ne puisse aller plus loin. Malgré qu’elle ait eu le réflexe de détaler après le boucan produit, j’étais bien plus rapide, et je parvins à la maîtriser.

-Où pensais-tu aller comme ça ?

J’étais en train d’éviter ses coups dans la moindre difficulté, lorsque je l’aperçu au sol. Le petit cadre brisé. Et la photo. Celle d’une jolie blondinette qui souriait à l’objectif. Elle paraissait si heureuse. Si insouciante.

-Maddy, soufflai-je.

Comme si la simple vue de cette photo m’avait insufflé un courant électrique, et face à toute l’injustice de cette foutue vie, je senti la colère monter en moi, et la patience face aux assauts répétés d’Olivia diminuer dangereusement. Jusqu’à atteindre un seuil. Un point de non-retour. Agacé, furieux, je la pris violemment par les poignets et la secouai rudement.

-Ça suffit !


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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 29 Juin - 21:55

-Où pensais-tu aller comme ça ?

J'avais cru pouvoir fuir. Espoir cruel. J'avais essayer de courir, mais il était plus rapide. Plus fort aussi. Il me tenait fermement. Mais j'essayai encore de fuir, je me débattais avec l'énergie du désespoir. Cette force insufflée par l'adrénaline, par la peur, l'effrois. Mais il était fort. Trop fort.

-Maddy, souffla-t-il alors.

Je n'avais jamais entendu tant de douleur exprimée dans un souffle. Mon effroi se transforma en terreur pure, irraisonnée. Je continuai de me débattre, désespérément. Je voulais tellement le fuir, être loin d'ici, de tout ça, de ce cauchemar. Mais lorsqu'il saisit mes poignets, toute l'horreur de ma réalité me percuta de plein fouet. Il les serra si violemment que je poussai un gémissement de douleur. Il me secoua, encore et encore, de plus en plus fort.

-Ça suffit !

Je cessai totalement de me débattre. Tout pour qu'il arrête de me balancer d'avant en arrière comme une poupée de chiffon. Tout pour qu'il desserre son emprise douloureuse sur mes poignets.

Je fondis alors en larmes. C'en était trop pour moi. Je ne voyais plus aucun espoir. Je percevais sa colère comme tant d'épines qu'on me plantait dans le corps. Je croyais déjà que ma vie était terminée.

-Je suis dd...désolée, désolée, hoquetai-je, toujours en pleurant. Je suis désolée !

Mes jambes ne soutinrent plus le poids de mon corps à force de trembler. Je me laissai tomber au sol, pleurant comme si je ne pouvais plus jamais m'arrêter.

-Je suis désolée, répétai-je inlassablement dans un murmure.

Je ne voulais pas mourir...

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 10 Juil - 22:57

Je ne contrôlais plus rien. Mon esprit était envahi par la colère, et tout, jusqu’à ma vision du monde devint rouge. Je n’avais de cesse de la secouer dans tous les sens, aussi aisément qu’une poupée. Ici, c’était moi le chef. C’était moi qui maîtrisais tout. Moi qui avais le pouvoir. Le pouvoir de faire absolument ce que je voulais. Elle était si fragile. Et moi si fort. Je pouvais, si je le voulais…

Je la secouai tellement qu’elle finit par s’effondrer. Epuisée, terrorisée, elle se recroquevilla sur le sol en pleurant de désespoir.


-Je suis dd…désolée, désolée. Je suis désolée !

Elle paraissait si fragile. Si petite.
Terrifiée.
Et c’était moi qui lui inspirais cette terreur. Moi qui me montrais si violent, si rude à son égard. Elle n’avait pourtant rien fait. Rien demandé à personne.


-Je suis désolée.

Je fermai les yeux, et des images furtives passèrent dans mon esprit. Maddy, moi, papa et maman. J’avais promis que je veillerais toujours sur elle. Que je ne serais que calme et bienveillance.
Je rouvrais les yeux, moi-même horrifié. Je n’étais pas comme ça. Je n’étais pas ce monstre.

Je lâchai soudainement la jeune fille, comme si j’avais reçu une décharge, et reculai sur le sol, avant de butter contre le mur, les yeux hagards.
J’étais…tout simplement incapable de faire du mal. Ce n’était tout simplement pas moi.

Je me prenais la tête dans les mains, fermant les yeux, terrifié par l’image que je venais de renvoyer. Ce n’était pas elle qui était responsable de la mort des parents. Pas elle qui avait insufflé ce mal à Maddy.
Je devais reprendre mon calme.

Je parvins finalement à calmer mon esprit, à chasser toute colère, toute terreur. Toujours adossé au mur, je posais la tête contre le papier peint, résigné.

-Non.

Je pris encore le temps de reprendre ma respiration avant de continuer.

-C’est moi qui suis désolé, répondis-je enfin d’une voix étonnement posée. Tu devrais rentrer dans ta chambre.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 10 Juil - 23:20

Je pleurai tellement que je ne voyais plus rien. Ou peut-être était-ce parce que j'avais fermé les yeux. Toute fois, je sentais encore sa poigne, mais je ne me débattais plus à présent. C'était inutile, je sentais ma fin venir, si proche.

Mais contre toute attente, il me lâcha, ses mains que me tenaient comme des étaux s'étaient desserrées. "Il prend de l'élan pour m'achever" pensai-je. Sauf que le coup ne vint pas. J'entendis alors comme un choc, contre le mur, un bruit sourd. Toujours hoquetant et pleurant, j'ouvris les yeux. Il avait reculé, dos au mur, et ne me regardait plus. J'aurai pu trouver que c'était l'occasion, que je pouvais sortir, courir, et hurler. Mais j'en étais incapable. J'étais trop terrifiée.


-Non.

Sa voix qui résonna dans l'appartement, me paralysa complètement. Je fermais les yeux, n'osant pas le regarder. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Chaque battement de coeur me causait une affreuse douleur. Je sentais chaque pulsation dans tout mon corps. Le sang battait si fort à mes tempes que c'en était douloureux. Et ma respiration était si saccadée que j'avais l'impression de risquer l'hyperventilation à chaque seconde qui passait. J'étais dans un cauchemar sans fin...

-C’est moi qui suis désolé, répondit-il. Tu devrais rentrer dans ta chambre.

J'aurais voulu, tellement voulu, en être capable. Mais j'avais si peur que mon corps ne me répondais plus. J'étais incapable de me lever, ou d'esquisser le moindre geste. J'étais paralysée par ma terreur. Et je tremblais si fort que je doutais de pouvoir tenir debout, même si j'avais pu me relever.

-Je...je...je... peux pas, hoquetai-je dans un souffle horrifiée.

Et s'il s'énervait encore ? Il me frapperait ? Cette perspective m'effrayait tellement que je me remis à pleurer - j'ignorai posséder encore des larmes. Je me recroquevillais encore un peu plus au sol, cachant mon visage. Comme si ne plus voir allait effacer l'endroit. Comme si je pouvais être ailleurs. Comme si j'allais me réveiller de cet affreux cauchemar.

Sauf que tout ça était réel. Affreusement, terriblement, incroyablement réel... Envolée mon insolence pour me faire croire à moi-même que j'étais forte. Je n'étais pas forte. Je n'étais rien, face à lui. S'il le voulait, il pouvait me tuer, aussi facilement qu'un simple insecte.

J'attendis, au sol, prostrée, misérable, qu'il réagisse. J'attendais avec appréhension ce qu'il allait faire après. Et s'il comptait me tuer, je priai tout les dieux que je connaissais pour que ma mort soit rapide, et sans douleur.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 10 Juil - 23:47

La réaction à ma proposition tarda à venir. La seule chose qui brisait le silence, c'était ses pleurs. Incessants. Ils résonnaient dans mon esprit, comme autant d'émotions. Terreur, désespoir. Comme si elle me suppliait. De l'épargner. De lui offrir une mort rapide. Et ça m'était insupportable.
Putain, faites qu'elle réagisse ! Je n'en peux plus !

Tout ça parce que je me sentais atrocement coupable. Oui, je m'en voulais. D'avoir agit si violemment. De lui avoir fait la peur de sa vie. Aujourd'hui...comme chaque jour. D'avoir dû l'enlever. Elle ainsi que tous les autres. D'en avoir fait un travail, une habitude. De les traiter comme de la marchandise.
De ne rien pouvoir faire d'autre. Pour maman. Pour papa. Pour Maddy.


-Je...je...je... peux pas.

Elle paraissait si pitoyable. J'osais enfin la regarder, et ce que je vis me fis mal. Évidemment qu'elle ne pouvait pas. Elle tremblait jusqu'à presque convulser. Elle était en état de choc.
J'étais stupide, tellement stupide. Rien qu'un abruti, stupide et arrogant. Égoïste. Au final, je n'en avait que faire de la vie des gens.
Tous ceux qui étaient passés par là, qu'avaient-ils pu penser, ressentir, devenir ? Je n'en savais rien. Et ça m'avait toujours été égal.

Je fini par me lever et m'approcher doucement d'elle, tentant de ne pas l'effrayer. Mais c'était trop tard. Le mal était déjà fait. Elle esquissa un mouvement de recul, probablement un réflex, lorsque je me penchai vers elle. Je me figeai aussitôt dans mon mouvement, tentant de la rassurer. Mais comment pouvais-je faire ?

-Je ne te ferais pas de mal.

J'attendis patiemment qu'elle se calme un peu avant de tenter de me baisser de nouveau, puis de la saisir délicatement, passant un bras derrière ses épaules, l'autre sous ses jambes. Je la portais ainsi, effectuant le moins de mouvements brusques possibles, pour la déposer doucement sur son lit, avant d'aller lui chercher un verre d'eau. Je me contentais de le déposer sur la table de nuit avant de sortir de la pièce.

-Je ne t'approcherai plus, fis-je, le dos tourné. Plus sans ton accord.

Puis je sorti de la pièce.
J'étais un vrai connard. J'avais beau m'en vouloir, éprouver toute la culpabilité du monde, je la ramenait tout de même à sa captivité. Je n'avais aucunement l'intention de la relâcher. Je m'en tiendrais au plan. C'était ça, ilsavaient raison. Le monde entier avait raison. J'étais un monstre.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Ven 11 Juil - 0:06

Le silence qui suivait était aussi insupportable que s'il avait parlé sans jamais s'arrêter. Ce silence était bruyant, trop bruyant, il me vrillait les tympans. Mais, il fut bientôt rompus par des bruits de tissus froissés, de mouvements. J'ouvris mes yeux larmoyants pour voir qu'il s'était levé, et approcher de moi. Comme dans un dernière effort, mon instinct de survie envoya un message important à mon cerveau qui le transmit aux muscles. Je me surpris donc à avoir un mouvement de recule instinctif, primaire. Comme si ça allait éviter le pire...

-Je ne te ferais pas de mal.

Sérieusement ? Si j'avais pas aussi peur - j'en avais même la nausée - j'aurais presque pu en rire. Il venait de me violentée comme personne ne l'avait jamais fait avant, et pourtant il ne comptait pas me faire de mal ? J'étais pas mal perdue, mais j'avoue que même si ça n'avait pas été le cas, je n'aurais pas compris le sens de cette phrase.

Cependant, je devais le croire, je n'avais pas le choix. C'était lui qui décidait, pas vrai ? Lui qui, de toute façon, disposait à présent de ma vie et de mon corps. Je ne pouvais plus rien y faire.

C'était étrange comme sensation. Après ces pensées, je me sentais légère. Indifférente. Résignée. J'étais persuadée de ma mort, alors pourquoi m'en soucier plus encore ? Je tremblais toujours - je ne pouvais pas contrôler les réactions physiques qu'avait mon corps, il décidait tout seul - mais j'étais calme. En fait, c'était plus complexe que ça. J'étais clame, résignée, oui. Mais j'étais encore terrifiée. Une terreur sourde, en fond, qui bourdonnait à mes oreilles. Peut-être encore cette parcelle de tout être qui veut vivre malgré tout. Celle qui est dirigée par l'instinct de survie.

Je fermais les yeux alors que je le voyais se pencher au dessus de moi. Lorsque son corps entra en contact avec le mien, je frissonnais de peur. Mais à quoi bon ? Je me sentis alors soulever dans les airs. Comptait-il me jeter par la fenêtre ? Ou pire ? Je n'en savais rien, mais je gardais les yeux fermés, ne voulant pas le savoir. Malgré tout, je ne voulais pas voir ma mort venir.

Je fus surprise quand je sentis la surface moelleuse contre mon dos. C'était doux, chaud, réconfortant. Un lit ? Je me recroquevillais dedans. Comme pour me protéger. Instinct de survie.

Un bruit, près de ma tête, me fit sursauter et ouvrir les yeux, alerte. Il venait de déposer un verre sur la table de nuit.


-Je ne t'approcherai plus, fit-il une fois arrivé à la porte, le dos tourné. Plus sans ton accord.

Je ne savais pas quoi penser. Alors le mieux, c'était de ne pas le faire. Je fermais les yeux avec force, ordonnant à mon esprit de taire toute pensée et de simplement glisser dans les ténèbres. C'était le mieux à faire. Et ce ne fut pas difficile. Tout mes émotions m'avaient épuisée. L'adrénaline avait quitté mon corps, le laissant vide d'énergie. Alors je dormis. Pour être en paix pendant au moins quelques minutes - quelques heures avec un peu de chance.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Sam 12 Juil - 16:49

Les jours passèrent, égaux à eux-mêmes.
J'avais tenu ma promesse, et évité d'entrer dans la chambre d'Olivia, plus qu'il n'était nécessaire. Après mon pétage de plombs de la dernière fois, je ne voulais plus avoir plus de contacts que nécessaire avec la jeune fille. C'est ainsi que je n'entrais que lorsque c'était nécessaire. Pour lui servir ses repas. Que je posai désormais systématiquement sur la commode à côté de la porte.

Je m'appliquais toujours à cuisiner du mieux que je pouvais, pour lui offrir un repas de qualité. Certes, ça ne me déplaisait pas. J'aimais cuisiner. Mais je n'y étais pas forcé. Et pourtant... Je voulais lui offrir des conditions de vie de qualité. Autant que possible lorsqu'on pensait qu'elle était captive.

Lorsqu'elle ne dormait pas au moment de servir les repas, je m'appliquai à rester calme et posé - comme je l'était toujours - à m'approcher le moins que je pouvais et à garder des gestes tout ce qu'il y avait de moins agressif. Et je ne croisais jamais son regard. Je faisait tout ce qui était en mon pouvoir pour ne pas l'effrayer.

Mon "employeur" ne m'avait pas rappelé. Ça faisait quoi, cinq, six jours ? Peut-être plus. Perdu dans ces nouvelles habitudes, j'en avait perdu la notion du temps. Mais je ne saurais dire si j'étais agacé ou rassuré par ce silence.

Quoiqu'il en soit, un jour, je ressenti le besoin d'aller la voir. Il était toujours là, quotidiennement. Mais ce jour là, il se faisait plus fort. Plus pressant. Ce soir-là, je m'habillais donc pour sortir, m'appliquant à me tenir présentable. Je revêtis un pantalon noir, un polo et un pull sombre par dessus, avant de mettre mon vieil imper noir. Vous savez, ces longues vestes avec deux rangées de boutons devants, et cintrés à la taille par une ceinture.

Je marchai dans la nuit, humide, brumeuse. Le temps s'était considérablement rafraîchit, de sombres nuages menaçant de faire pleuvoir à tout moment. Le temps semblait défiler sans que je parvienne à le suivre. J'étais hors du temps.

Je ne sus exactement combien de temps je marchai avant d'atteindre l'hôpital. Je le l'avais jamais su, mon cerveau déconnectant totalement dans ces moments. Le fait était que je me retrouvais devant l'agent d'accueil, à la réception. Il était 20 heures, et les visites venaient de se terminer. Pourtant, l'agent m'indiqua la chambre que je recherchais - toujours la même, en fait.

Les premières fois, la jeune femme s'était méfiée, me prenant pour un dingue. En effet, j'évitais les heures de visites, et refusais par dessus tout de donner mon nom. Puis je lui avait dit. Pas tout, mais assez pour qu'elle veuille m'aider.

Chambre 308. Elle était là, petit corps fragile perdu au milieu de son grand lit. Lorsque je posais mon regard sur elle, j'eus un pincement au coeur, comme à chaque fois, et je sentis un violent instinct de protection m'envahir. Une irrépressible envie de la préserver de tout ça.
Elle avait toujours ses tâches de rousseur caractéristiques, mais ses jolis cheveux blonds, autrefois si long, avaient disparus de son crâne, désormais rendu chauve à cause des trop nombreuses chimiothérapies. Et elle était si petite... Bien trop pour une jeune fille de bientôt quatorze ans.

Lorsqu'elle m'entendit entrer, elle tourna le visage vers moi, et ses beaux yeux bleus s'illuminèrent, malgré les cernes qui les soulignaient.


-Ethan ! Tu es venu ! Je suis tellement contente de te voir !

Je lui souris à mon tour.

-Moi aussi. Tu m'as manquée tu sais, Maddy.

Je m'assis à son côté. Même si son état me brisait le coeur, Madeleine Heaven, mon adorable petite soeur, était la seule personne au monde capable de remettre un peu de bonne humeur dans mon coeur.
Je savais que je ne passais pas la voir assez souvent à son goût, mais ma situation était compliquée. Sans compter que sa nouvelle famille ne m'aimait pas.

Elle était fragile. Elle l'avait toujours été, depuis sa naissance. On avait cru, naïvement, qu'elle était tirée d'affaire, près sa première crise à l'âge de six ans. Mais depuis qu'elle vivait dans sa nouvelle famille, elle était régulièrement sujette à de violentes crises qui la faisait régulièrement voyager de chez elle à l'hôpital. De ce fait, ils étaient très protecteurs envers elle. Et ne voulaient pas entendre parler de moi. C'était de bonnes personnes, idéales pour elle. Mais si je voulais la voir, je devais me faire discret.

Au bout d'une demi-heure de discutions anodines, je me mis à remarquer qu'elle luttait pour rester réveillée. Je commençai à me lever, prêt à partir.

-Je vais partir Maddy. Tu es faible. Tu dois te reposer.


-Non ! S'il te plaît, reste encore, fit-elle, inquiète, en tendant la main vers moi.


Je souris et, incapable de résister, m'assis prêt d'elle pour saisir sa main.

-D'accord. J'attends ici que tu t'endormes, promis. Mais... Je ne pourrais être là à ton réveil.

Je posai un baiser empli de douceur sur son front.

-Repose-toi.

Je la regardai tendrement perdre la bataille face à la fatigue, un sourire amusé sur les lèvres. Je tenais à venir ce jour là en particulier. Ce jour était un jour important. Et elle avait besoin de moi. Autant que j'avais besoin d'elle. Aujourd'hui, c'était le sixième anniversaire de la mort de notre père.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Mar 15 Juil - 15:50

Le temps passait avec une lenteur effroyable. Je n'arrivais plus à dormir. Je n'arrivais presque plus à manger. Tout le temps, cette nausée me pesait, me nouait l'estomac. Je restais immobile dans le lit, recroquevillée, face à la porte. Chaque petit bruit me faisait sursauter et mes yeux s'emplissaient instantanément de larmes.

Les pires moments étaient ceux où il entrait dans la chambre. Je retenais ma respiration, la gorge nouée par des sanglots que je voulais retenir - comme si, si je ne pleurais pas, il ne remarquerait pas ma présence. Je voulais fermer les yeux, nier sa présence - ma présence - ici, faire comme si tout allait bien. Mais la peur me faisait garder les yeux grands ouverts, écarquillés, fixant l'homme qui me retenait captive.

J'avais plus ou moins remarqué qu'il n'entrait pas dans la chambre comme avant. Il se contentait de rester près du seuil, de déposer le nécessaire pour ma survie, avec des mouvements d'une lenteur incroyable, et puis de partir toujours aussi lentement.

Il n'empêche que je croyais mourir de peur chaque fois que j'apercevais ne serait-ce que son ombre sous le pas de la porte. Mon coeur s'accélérait de manière systématique, ma respiration se faisait courte, parfois se bloquait, le sang battait à mes temps étouffant les sons, et mon corps était parcouru de spasmes, de tremblements que je ne parvenais pas à contrôler.

Et lorsque j'étais à nouveau seule, je me permettais de pleurer, prenant soin d'étoffer mes sanglots dans l'oreiller. Je ne voulais pas qu'il m'entende pleurer. Pas par fierté, non, je n'avais déjà plus aucune fierté. Mais par peur que, m'entendant pleurnicher, il ne revienne dans la chambre pour me faire taire.

Je mangeais peu, ayant perdu l'appétit. De toute manière j'avais rarement la force de sortir du lit - devenu comme un refuge contre l'horreur de ma vie. Je ne touchai le sol que lorsque ça devenait vitale. Je mangeais deux trois bouchées de ce qu'il m'apportait, buvais un peu, et si je le pouvais, je faisais un tour par la salle de bain avant de me jeter à nouveau dans le lit, prostrée dedans.

Je ne faisais rien. Je fixais la porte, craignant le prochain moment où je le verrais, fatiguée à l'avance par les efforts que je devrais faire à nouveau pour manger, boire, et me laver. Je ne bougeais même pas dans le lit.

Mais arriva ce moment. Je ne sais pas quand il arriva - en journée ? la nuit ? - mais il était là. J'entendis la lourde porte de l'entrée claquée, brisant en mille morceaux le silence qui régnait dans ma chambre. J'avais entendu le bruissement du tissu passer devant ma porte, accompagné de l'ombre de l'Homme - je ne voulais plus le nommer, parce que ce n'était pas lui que j'avais rencontré devant mon université, ce n'était pas Ethan.

Et ce claquement avait résonné. J'étais à présent seule, vraiment seule. La peur oppressante qui m'avait étreint le coeur, le poids qui avait compressé ma poitrine, s'allégea un peu. Comme si je pouvais de nouveau respirer comme il faut.

Et c'est là que je le ressentis, le besoin de marcher. Je ne m'étais pas rendue compte que mes jambes me faisaient mal, comme si j'avais des crampes. J'avais probablement des crampes. Des fourmilles couraient dans mes jambes ; sensation très inconfortable. Je voulais, pour la première fois depuis l'incident, marcher, me lever, bouger. Mais j'attendis encore. Pour être sûre. Tout était silencieux, bien plus que d'habitude. Pas de bruit de télévision, pas de violon, pas de bruit de casseroles... Rien. Absolument rien.

Avec une lenteur pleine de précaution, je me redressai dans le lit, m'assis, et enfin me levais, quittant la sûreté relative que m'offrait le lit. Je fis quelques pas chancelant jusqu'à la porte. Et collait mon oreille contre le bois. Mais toujours aucun son ne parvenait jusqu'à moi. Alors, les mains tremblante, mon coeur affolé, ma respiration saccadée, je posais la main sur la poignée de la porte, l'actionnai et entrouvris la porte.

Je retins mon souffle, m'attendant à entendre les pas lourds de l'Homme venir dans ma direction. Sa voix résonner dans l'appartement. Mais il n'y eut que le silence pour accueillir le clic caractéristique de la porte de ma chambre s'ouvrant. Le silence et rien d'autre.

Osant de nouveau respirer, j'ouvris doucement la porte en grand et passais la tête par la porte. Le couloir était désert. Je mis un pied tremblant hors de la chambre, m'attendant presque à entendre une alarme se déclencher et me vriller les tympans. Mais encore une fois, il n'y eut rien d'autre que le silence. Avec un soupir, galvanisée par l'absence de bruit, je sortis complètement de la chambre.

Je longeai le couloir, plaquée contre le mur, jusqu'au salon. Il n'était pas là. Je fermais un instant les yeux, étourdie par le soulagement intense que je ressentis. Lorsque je rouvris les yeux, je fis quelque pas pour entrer dans la pièce et jetais un aussitôt un coup d'oeil à l'entrée de la cuisine. Mais il n'y avait rien. Il n'était vraiment pas là.

Je laissai alors un sourire étirer mes lèvres. J'étais seule. Le coeur battant la chamade, je posais mon regard sur la porte. Mon sourire décrût très vite. Les verrous étaient trop complexes pour que je puisse les ouvrir.

Mon regard parcouru alors le reste du salon, et se posa finalement sur la fenêtre. Prise d'un fol espoir, je courus jusqu'à la vitre, que j'ouvris en grand. Un courant d'air glacial fit voler mes cheveux. Depuis combien de temps n'avais pas sentis le vent - aussi froid soit-il - sur mon visage ? Depuis quand n'avais-je pas inspiré l'air qu'il y avait dehors ?

Depuis trop longtemps. Les yeux fermés j'inspirai à grandes bouffées cet air glacé qui me brûlait les poumons. Je ressentis un plaisir immense à sentir les fragrances de la ville, à entendre les bruits urbains ; les klaxons, les freins, les vélos, les gens, les sonneries de téléphone... Un sourire béat étira mes lèvres tandis que je restais à la fenêtre à profiter de cet air frais, ignorant les frissons qui me parcouraient dus à la chute brusque de température.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Sam 26 Juil - 19:35

Lorsque je sorti de l’hôpital, les nuages, gorgés d’eau, avaient fini par déverser un torrent sur la ville.. Je rentrai la tête dans les épaules et marchai d’un pas soutenu sous la pluie. De nouveau, le temps parût comme étendu, et incroyablement court, tandis que l’eau trempait peu à peu mon manteau et mes cheveux. Mais ça m’était égal, en un sens. Je n’avais dans la tête que l’image de ma petite sœur, couchée sur un lit d’hôpital.

Je relevai la tête vers le ciel, souriant avec ironie. C’était comme si, quelqu’un, quelque part, là-haut, saisissait l’importance de ce lugubre anniversaire et pleurait en voyant notre malheur. Ce qui était profondément égocentrique. Le monde, et tous les dieux se fichaient pas mal de ma vie pourrie. Ce n’était que de la pluie. Un phénomène météorologique, rien d’autre. Pourtant, je me plut à croire un instant à cette théorie. Comme si ça pouvait alléger ma peine.

Je fus bientôt de retour devant la porte du hall de mon immeuble. Je m’observai rapidement dans la vitre. Je donnais l’impression d’un rat mouillé. C’en était presque drôle. J’aurais peut-être sourit, si j’avais eu la tête à ça. Mais pas aujourd’hui. Pas sans elle.

J’ouvris bientôt les divers verrous de la porte de mon appartement avant de me glisser à l’intérieur. Une fois la porte fermée, dans l’obscurité, je remarquai que quelque chose n’allait pas. Que quelque chose n’était pas à sa place. Il y avait comme un léger courant d’air. Et une odeur de pluie, ainsi que ce son qui aurait dû être atténué par les fenêtres. J’avançai pour me trouver dans le salon, et je compris.

Devant moi, la fenêtre ouverte sur la rue, le regard émerveillé tourné vers l’extérieur. Elle était là. Elle paraissait presque libre, pour la première fois depuis, quoi, un peu plus de deux semaines ? Malgré qu’elle soit sortie de sa chambre, je n’éprouvais aucune colère. Que ce soit volontaire ou non, je ne manifestai même pas ma présence tout de suite, atteint d’une profonde lassitude, me contentant de l’observer encore un peu.

-Je sais que tu te fiches probablement du temps qu’il fait, mais tu devrais fermer la fenêtre. Il pleut dehors. Tu vas attraper froid, déclarai-je finalement d’un ton calme.

Je la fixai encore un instant, parfaitement immobile, dégoulinant dans mon salon. Mais ça m’était égal. Tout m’était égal.

-Et tu ne devrais pas être là, fis-je enfin remarquer.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Ven 1 Aoû - 12:50

L'air fraîchit encore, et soudain, il plut à verse. A torrent même. J'étais mouillée par l'eau glaciale, mais ça ne me dérangeait même pas. C'était quelque chose qui m'émerveillait. J'avais toujours trouvé la pluie franchement irritante : on était mouillé, transit de froid, et tout collant. Mais lorsqu'on a pas senti l'odeur du bitume, de la terre, mouillés par la pluie, qu'on a pas senti le picotement glaciale des gouttes d'eau sur sa peau chaude, depuis aussi longtemps, c'est comme une douche fraîche. Comme une douche qui lave et purifie. L'âme s'apaise.

J'étais bien, là. Semblant de liberté. Je ne voulais même plus sortir. C'était sans espoir, je le savais. Je ne pouvais passer par la porte. Sauter par la fenêtre me tuerait. Je n'étais toujours pas assez désespérée pour souhaiter mourir. Surtout dans d'atroce souffrance. J'avais peur de la souffrance. Une peur viscérale.

Alors, je profitais de ce simulacre de liberté. Les cheveux au vent. La peau à la merci de la pluie. Le nez assaillit d'odeurs que j'avais oubliées. Les yeux fermés, je me mis à imaginer un champ de blé, malmené par le vent, battu par la pluie. Je savourais.


-Je sais que tu te fiches probablement du temps qu’il fait, mais tu devrais fermer la fenêtre. Il pleut dehors. Tu vas attraper froid.

Je sursautai si violemment que je failli tomber par la fenêtre. Je m'accrochai à l'encadrement de la fenêtre, le coeur battant si vite qu'il menaçait de sortir de ma poitrine. J'avais le coeur au bord des lèvres. Il était là. Il m'avait vu. J'étais hors de la chambre.

-Et tu ne devrais pas être là.

J'eus un haut-le-coeur. Avec une lenteur proche de l'arrêt, je me tournai pour faire face à son visage déformé par la colère. Les larmes embuaient déjà mes yeux. Je ne voyais plus rien, ne pouvais savoir l'expression qu'il arborait. Ma nausée s'accentua encore. Tellement que je crus vomir. Je ne savais pas si, moralement, j'étais capable d'essuyer la colère de l'homme.

Alors, j'aurais dû courir, me réfugier dans la chambre, sur mon îlot de sécurité illusoire. Mais j'en fus incapable. Mon corps était figé, tendu, comme changé en pierre. Je restai là, l'esprit vide de tout. L'appréhension saisissant chacun de mes muscles, chaque partie de mon corps. La moindre parcelle.

Je tremblais, seul mouvement que mon corps était capable de produire. Finalement, ma bouche s'ouvrit. J'essayai d'éviter de claquer des dents.

-...

Aucun son ne sortit. Pourtant, je devais dire quelque chose. Même si j'avais peur de déclencher sa rage. Je devais dire quelque chose. Je le devais.

-Je... je... je suis... dé-désolée, chuchotai-je.

Je n'étais pas sûre qu'il m'ait entendue, mais je ne pouvais le dire plus fort. J'en étais incapable.

La lassitude s'abattit sur moi. J'en avais marre. Marre d'avoir si peur. Marre de crever de peur chaque fois que je le voyais. J'étais juste fatiguée. Tellement fatiguée...

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Ven 1 Aoû - 22:31

Je la vit sursauter, si fort qu'elle manqua de passer par la fenêtre. Et je ne réagis pas. Elle se tourna vers moi, le visage inondé de larmes, et je ne réagis pas. Elle trembla comme une feuille, si bien que je me demandais si elle n'allait pas faire une crise quelconque - angoisse, épilepsie - mais je ne réagis toujours pas.

Je me contentais de l'observer, devinant sa silhouette, ses traits malgré l'obscurité, sans pour autant esquisser le moindre geste, une expression neutre sur le visage. Je n'étais pas sûr de vraiment la voir. Depuis que j'avais quitté l'hôpital, je me sentais dans un état proche de la léthargie, incapable de la moindre réaction.

Elle ouvrit la bouche, parut vouloir dire quelque chose, mais aucun son n'en sorti. Elle prit alors son temps, avant de finalement trouver le courage de s'excuser, dans un chuchotement presque inaudible.


-Je... je... je suis... dé-désolée.


Cette phrase, dite avec une telle frayeur dans la voix, provoqua enfin quelque chose en moi. De l'incompréhension, un pincement au coeur. Des regrets. Toujours des regrets. Je passai une main dans mes cheveux dégoulinants pour me redonner un peu de consistance, avant d'enlever enfin mon manteau pour le déposer dans le placard de l'entrée.

Je me mis alors à marcher, doucement, lentement, pour aller refermer la fenêtre. Il faisait un froid glacial dans l'appartement où s'était infiltré l'humidité. Je me tournai vers la jeune fille et m'approchai lentement. Toujours avec une infinie précaution, sans geste brusque, je le dirigeai doucement en direction du salon, avant de la faire s'installer sur le canapé.

Je parti chercher une couverture, et me mis à préparer du thé après avoir allumé un feu dans la cheminée, réchauffant peu à peu la pièce, me permettant enfin de sécher. Je lui tendis finalement une tasse de thé brûlant, et m'éloignai, m'adossant au mur près de la cheminé, dans l'espoir de sécher un peu.

-Bois, ça te réchauffera. Je serais embêté si tu tombais malade.

Drôle de situation, me direz-vous. Probablement. Mais ça m'était égal. Car aujourd'hui, c'était un jour spécial, n'est-ce pas ? Aujourd'hui, nous fêtions un anniversaire. Un anniversaire pas comme les autres.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Lun 27 Oct - 18:52

Lorsque je le vis s'approcher lentement de moi, je crus que c'était la fin. Je ne devais pas être là, j'avais désobéi, il allait me le faire regretter. C'était évident. Pourquoi m'étais-je donc aventurer hors de la chambre ? Pourquoi avais-je tenté de fuir ? Non, pourquoi étais-je restée ici alors que j'avais pris conscience de ma captivité, du fait que je ne pourrais jamais sortir, pas tant qu'il ne l'aurait pas décidé ? J'aurais dû retourner dans la chambre, prétendre que je n'en étais jamais sortie. Mais non, il avait fallu que je veuille profiter d'un semblant de liberté. Et j'allais le payer... Allais-je mourir ? Allait-il me tuer ?

Il était à présent devant moi, et je crus un instant qu'il m’achèverait, là, devant cette fenêtre. Pourtant, il passa à côté de moi sans faire le moindre geste agressif à mon encontre, se contentant de fermer la fenêtre. De simplement fermer la fenêtre... Mais peut-être voulait-il simplement éviter que ses voisins n'entendent mes cris lorsqu'il me tuerait ?

Un frisson me parcourut. Soudain, je sentis ses mains sur mes épaules. Je me tendis, comme me préparant à un coup qui ne manquerait pas de tomber après ce contact. Pourtant, il ne fit que me pousser doucement jusqu'au salon, me faisant m'asseoir sur son canapé.

Tout était confus dans ma tête. Je ne comprenais plus rien. L'incertitude de mon avenir me rendait tellement dingue ! Allais-je mourir, oui ou non ? Quand ? Pourquoi ? J'avais cette peur constante qui me rongeait l'estomac, qui me donnait envie de vomir. L'appréhension, la terreur que même respirer puisse déclencher la colère de celui qui me retenait contre mon gré. Ce n'était vraiment pas une vie, n'est-ce pas ? Allais-je vivre à nouveau ? Sans cette peur écrasante, étouffante, que chaque geste, mot, puisse être mon dernier ?

Je ne m'étais pas aperçue qu'il était parti, je ne m'en rendis compte que quand il revint, une couverture et une tasse fumante dans les mains. Il avait allumer le feu dans la cheminée aussi. Je me sentais tellement déconnectée de la réalité, du monde extérieur. Ça me rendait malade de penser que le monde continuait de tourner alors que je n'y était plus complètement. J'avais l'impression d'être oubliée de tous. Qui, dans ce monde, se souciait de moi ? Personne, s'il continuait de tourner sans se rendre compte que je n'étais plus là.

Un contact doux et chaud me fit sursauter. Il venait de... me couvrir les épaules avec la couverture qu'il avait amenée. Je ne m'étais pas rendue compte que j'avais effectivement froid. Quelle sensation dérisoire que d'avoir froid lorsqu'on craint perpétuellement pour sa vie ! Lorsqu'il me tendit la tasse fumante, je ne réagis pas immédiatement. Vous savez, j'étais dans cet état que me faisait me demander si chacun de ses geste envers moi ne voulait pas signifier quelque chose, si ce n'était pas une sorte de piège qui m'engloutirait à jamais.

Finalement, j'attrapais la tasse entre mes doigts tremblants de froid et de peur, et il s'éloigna, allant s'adosser au mur près de la cheminée. Mes yeux étaient rivés sur le sol et pourtant, je pouvais sentir son regard sur moi.


-Bois, ça te réchauffera. Je serais embêté si tu tombais malade.

Plusieurs émotions me traversèrent en même temps. La crainte, d'abord. Le ton sonnait-il comme un ordre ? Si je refusais de boire, allais-je en subir les conséquence ? Puis une sorte d'apaisement. Après tout, les mots prononcés semblaient plus vouloir être réconfortants que durs. Et finalement, un pointe d'hilarité. Pare que oui, n'était-il pas hilarant, voire ironique, qu'il ne souhaite pas que je tombe malade ? Peut-être était-ce une clause dans son contrat avec celui qui me voulait ?

Au final, peu importait. Je devais devenir folle à trouver cela drôle, ne serait-ce qu'un peu. Ce n'était pas drôle. C'était terrible, effrayant, épuisant. Mais ce n'était certainement pas drôle. C'était peut-être un effet de mon esprit trop embrouillé ? Le peu de nourriture, de mouvement et de parole. J'avais été plongée dans une léthargie qui était peut-être le déclencheur de mon hilarité intérieure déplacée ? Ça ou autre chose, encore une fois, ça n'importait plus.

-Vous allez me tuer ?

Je clignai des yeux, incapable de croire que j'avais effectivement parlé. Ma voix m'était méconnaissable. Trop rauque. Sifflante. Brisée. C'était étrange. Le plus étrange était que je n'avais pas voulu parler. Je pensais avoir bien trop peur pour oser laisser un son sortir d'entre mes lèvres tremblantes. Apparemment, je m'étais trompée, j'étais encore capable de parler. Ou plutôt, de lui parler. Parce qu'il était là, le problème. Ce n'était pas de parler qui me faisait trembler. C'était de m'adresser à lui sans savoir si j'y étais autorisée, si j'allais payer une audace que je n'avais pas conscience d'avoir. Quand vit dans un pays libre, où la liberté d'expression nous permet de nous adresser à toutes et à tous, on oublie facilement qu'il était un temps où on ne parlait que lorsqu'on nous adressait la parole. Je comprenais tous ces esclaves d'antan, qui se taisaient lorsque leur maître parlait. J'avais l'impression d'être dans la même position. Destituée de tous mes droits. Captive. J'en arrivais à me demander s'il me considérait même comme un être conscient...

Me voilà bien plus bas que je n'aurais jamais imaginé être...

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 31 Mai - 18:43

Je l’observais sans vraiment y réfléchir. Elle semblait hésiter à suivre mon conseil, comme si elle craignait que le thé ne soit empoisonné. Elle était effrayée, morte de peur. En temps normal, je n’y aurais gère prêté attention. Je l’aurais de nouveau enfermée dans sa chambre et attendu que mes employeurs ne viennent la chercher. Sauf qu’aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres. Pour commencer, elle était là depuis près d’une semaine. Je gardais rarement mes pensionnaires plus de deux jours. Ensuite, ce jour état un jour un peu spécial. Moi-même je n’étais pas dans mon état normal. Alors je baissais ma garde. Je savais que c’était dangereux, mais je n’y prêtais pas attention.

Je détournais le regard, sentant que je la mettais mal à l’aise, pour le poser sur la cheminée. Plus précisément sur les cadres photos qui y étaient présents. Ils remontaient à loin. Une bonne dizaine d’années auparavant. On y voyait une petite fille blonde débordant de joie de vivre, et un jeune adolescent souriant. Maddy et moi avions pris ces photos à une époque où tout allait encore bien. On pouvait voir papa apparaître sur certaines d’elles. En remontant à plus loin encore, une jeune femme blonde, un minuscule bébé dans les bras, puis quelques années plus tard, un petit garçon de quatre ans et ses parents. La dernière, enfin, montrait une jeune fille de treize ans, seule, ses longs cheveux bouclés tombant de chaque côté de son visage illuminé d’un sourire. Un mois avant sa dernière hospitalisation.


-Vous allez me tuer ?


Je sursautais en entendant cette fois rauque briser le silence, me sortant soudainement de mes pensées. Il me fallut quelques secondes pour reprendre pied. La question parvint enfin claire à mon esprit, et elle me sembla terriblement absurde au vu de mon état d’esprit. Je tournai mon regard vers la jeune femme, et toute l’absurdité de la situation me frappa en plein visage. Cette jeune femme, pour la première fois… Je voyais sa peur, mais pas comme j’avais pu la voir auparavant, ou chez mes autres victimes, il fallait voir les choses en face. Je n’avais plus vraiment ce détachement qui me la faisait voir comme une simple marchandise. Je la voyais tel ce qu’elle était. Un être humain apeuré. J’aurais dû m’en alarmer. C’était très mauvais pour le travail. Mais en cet instant, j’étais incapable d’y penser.

Je ne bougeai pas afin de ne pas l’effrayer davantage, et me contentai de secouer doucement la tête.

-Je n’ai jamais eu l’intention de vous faire le moindre mal. Vous n’avez rien à craindre avec moi.

Je sentais bien que je tentais de la rassurer. C’était drôle, quelque part. Pensais-je vraiment qu’elle serait calmée par mes simples paroles ? N’étais-je pas celui qui l’avait enlevée et qui la séquestrait désormais ? Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, je tenais à ce qu’elle n’ait plus peur.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Dim 31 Mai - 23:20

Je l'avais vu sursauté. Une nouvelle vague de peur s'infiltra dans mes veines pour parcourir mon corps et me donner la nausée. Encore. Pouvait-on être terrifiée et en même temps lassée de l'être ? J'étais fatiguée, vraiment. Fatiguée qu'au moindre geste anodin, au moindre mot formé, je tremble de peur et d'appréhension. Mais, pouvais-je m'empêcher d'avoir peur ? Bien sûr que non. Sauf que, à force, je n'étais pas sûre d'arriver à tenir le coup. Cette torture mentale allait me rendre folle.

-Je n’ai jamais eu l’intention de vous faire le moindre mal. Vous n’avez rien à craindre avec moi.

J'étouffais un rire. Voilà, ça y était, je devenais folle ! Je balançais sans cesse entre la terreur pure, la crainte de cet homme, et l'apaisement relatif à ses paroles. C'est qu'il avait l'air sincère en plus ! Et, en toute logique, son contrat stipulait que je devais être vivante, non ? Donc ma question était absurde ! Je devenais juste folle. Complètement folle ! Comment ne pas le devenir alors que tout ce qui m'entourait, mon environnement, était devenu si instable ? Comment ne pourrais-je pas devenir instable moi-même dans ma nouvelle vie incertaine ? Enfin, vie était un terme bien trop vaste et positif pour ce que j'endurais là.

Il n'avait pas l'intention de me faire du mal ! Mais grand bien m'en faisait ! C'est vrai qu'il ne m'avait pas levé la main dessus, plus tôt dans la semaine... Rien que de repenser à l'événement, des frissons d'angoisse parcouraient ma peau. Sa colère avait été si proche de la rage pure, de celle qui détruit tout. De celle qui vous font commettre un meurtre. Quand bien même son contrat ne stipulait pas ma mort, rien ne l'empêchait de me tuer.

Pourtant je n'y croyais toujours pas. Comprenez bien : je savais qu'il était capable de me tuer. Mais je n'arrivais pas à y croire. Dans le sens où, on se dit toujours que ça arrivera aux autres mais pas à nous. On ne peut pas vivre en se disant que tout pourrait nous arriver. Pourquoi passer sa vie à s'inquiéter de ce qui n'arrivera pas forcément ? Pourquoi devrais-je me rajouter l'inquiétude qu'il puisse me tuer, alors qu'il n'en avait probablement pas l'intention ? C'était comme si je m'inquiétais de marcher, de tomber, et de me briser la nuque. C'était possible, théoriquement, et c'était forcément déjà arrivé une fois, quelque part dans le monde. Pourtant, je ne passais pas mon temps à en avoir peur. Et mon cerveau avait décidé que, tant que d'autres signes de perte de contrôle n'étaient pas décelables chez mon adorable hôte (je vous rappelle que je devenais folle, l'ironie était l'une des seules choses qui pouvait me faire tenir encore un peu), il n'y avait pas lieu de s'inquiéter d'avantage de cela. Et c'était un répit que j'accueillais avec une joie non feinte.

Il ne me fallut qu'une petite minute pour avoir toutes ses pensées traversant ma tête.

-Je n'ai... rien à craindre ? fis-je, étouffant un nouveau rire presque hystérique. Vraiment ? Et je vous crois sur parole parce que ... ?

Nouvelle réaction contre ma terreur : feindre l'assurance. Ne dit-on pas qu'au bout d'un moment, le menteur croit à ses mensonges ? Je voulais croire au mien. Je n'avais pas peur. Je n'avais pas peur.

-Je tiens à vous rappeler que j'ai eu à vous craindre, il n'y a pas si longtemps.

Je n'avais pas peur, cela voulait forcément dire que j'étais stupide. Comme une condition sine qua non. Celui qui n'a pas peur est stupide. Provoquer mon geôlier pour me prouver à moi-même que je n'avais pas peur était la chose la plus stupide que je pouvais faire. Surtout que, si, j'avais toujours peur. Quelle était donc l'utilité à ce que je venais de faire ?

Je me mordis violemment la lèvre inférieure pour empêcher ma bouche de laisser dévaler une autre cascade de mots qui empireraient ma situation - parce que j'étais persuadée que ça pouvait devenir nettement pire. Mes yeux se fixèrent de nouveau sur le sol en signe - et je n'en revenais pas de penser ça un jour - de soumission. Peut-être qu'en voyant ma contrition, il ne me punirait pas ?

L'impression de devenir une esclave me revint en pleine face. Ma vie se résumait donc plus qu'à tout ça. Je m'en remettais à l'autorité totalitaire d'un homme. Sans droit, sans rien.

Mon regard rencontra un miroir et j'aperçu pour la première fois depuis longtemps mon reflet. J'étais... hideuse. Mes cheveux roux n'étaient pas coiffés, ma peau était d'une pâleur extrême, mes joues étaient creusées, mon teint cireux, mon expression hésitant entre la peur, l'horreur et la fatigue.

Qu'avait-il fait de moi ?

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Lun 1 Juin - 23:19

J’avais brièvement croisé son regard empli d’une peur non feinte, une peur terrible, une peur bestiale. Au même moment, je senti quelque chose me retourner l’estomac, comme jamais je ne l’avais ressenti. Comme si pour la première fois de ma vie, je prenais conscience de cette peur instinctive que je suscitais chez mes victimes. Alors que jamais je n’aurais dû m’en inquiéter. C’était mauvais pour le travail. Mais la jeune femme, aussi apeurée soit-elle, ne semblait pas encore prête à se laisser faire. Comme j’aurais pu m’y attendre, puisque c’était également la réaction que j’avais manqué d’avoir, elle se mit à rire de façon étrange. Et pourtant, c’était la première fois que je la voyais rire, si on exceptait notre rencontre. Mais ce rire n’avait rien de joyeux. Il était dur, empli de reproches, blessant.

-Je n'ai... rien à craindre ? Vraiment ? Et je vous crois sur parole parce que ... ?


En effet, elle n’avait aucune raison de me croire. Je l’avais enlevée et la retenait désormais contre son gré depuis une semaine et pour Dieu seul sait combien de jours encore. Son ton était dur, elle s’était même redressée inconsciemment, voulant montrer son assurance. Le message était clair. Elle ne se laisserait pas faire. Elle avait tout de l’animal blessé qui feint de mordre pour se défendre.

-Je tiens à vous rappeler que j'ai eu à vous craindre, il n'y a pas si longtemps.


Je préférai éviter de me remémorer cet épisode dont j’avais particulièrement honte. J’entendais encore ses larmes de panique, et pourtant, c’était à un regard plein de défi que j’avais à faire. Une sourde colère monta doucement en moi face à cet affront. Comment osait-elle me parler ainsi ? Je pouvais faire d’elle ce que je voulais si l’envie m’en prenait. Et elle ferait moins la fière. Dieu, elle ferait moins la fière cette foutue effrontée. Après tout, elle n’était censée rester qu’une nuit, deux tout au plus. Jamais je n’aurais dû avoir à me la coltiner aussi longtemps. Alors elle n’avait aucun intérêt à faire la maligne. Si je pouvais…

Dieux… Me rendais-je seulement compte de ce que j’envisageais ? Il était hors de question que le moindre mal lui soit fait. Elle était effrayée, je ne pouvais lui en vouloir. Ne méritais-je dont pas toutes ces remarques sarcastiques ? C’était de loin le minimum à payer pour ce que j’avais fait, et m’apprêtai à faire. Mais je ne pouvais plus reculer désormais. Alors je devais en prendre soin. Oui, elle devait rester en bonne santé. C’est pourquoi je devais me promettre de ne jamais au grand jamais la toucher.

Je serais les poings à m’en blanchir les articulations afin de me calmer. J’étais tout ce qu’il y avait de plus pitoyable. Tout juste capable de résister à ses pulsions. Mes pensées divaguèrent doucement vers Maddy, et c’est ainsi que ce fut un regard posé, presque bienveillant que je posai sur la rouquine. Elle sembla soudainement pâlir alors qu’elle croisait le regard de son reflet dans le miroir posé sur la cheminée. Elle n’avait en effet plus grand-chose à voir avec belle jeune femme que j’avais rencontré un peu plus tôt. Pourtant, je prenais soin d’elle autant que faire se peut, mais la peur, le manque de lumière…elle semblait de plus se laisser dépérir.

Je me levais doucement pour rapprocher la tasse fumante à laquelle elle n’avait pas touché, tout en gardant mes distances avec elle. J'aurais pu me lancer dans de longues explications, tentant de trouver mille et une façons de me justifier, mais ce soir, j'étais fatigué. Je me contentai de parler d'une voix douce, presque chuchotante.

-Je ne trouverais aucun intérêt à vous faire du mal sinon, croyez moi ou non, ça ferait bien longtemps que ce serait fait.

Je posai la tasse sur l’accoudoir du fauteuil et m’écartai davantage, sans pour autant la quitter des yeux, la lassitude pouvant probablement se lire sur mon visage.

-Prenez cette promesse comme vous le voulez, mais je vous jure que plus jamais je ne vous toucherais. Alors je vous en prie, ne vous laissez pas dépérir ainsi.


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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Jeu 16 Juin - 23:28

Je perçus des mouvements sur ma droite. Il s'avançait. Il allait me frapper. C'était comme une certitude, une chose qui m'apparaissait si clairement qu'il m'était impossible de penser le contraire. Il allait m'apprendre à être effrontée, à continuer à opposer une résistance.

J'avais envie de vomir. J'en venais à presque trouver ça normal. Je l'avais provoqué, il était naturel qu'il me le fasse payer, non ? Comme lorsque l'on répond à ses parents. Il avait le droit de me remettre à ma place. Après tout, ne dépendais-je pas de lui ? De son bon vouloir ? J'étais chez lui, je devais suivre ses règles.

Alors que j'en étais venue à accepter mon sort, ma punition, comme étant légitime, et que j'acceptai qu'il puisse vouloir me remettre à ma place avec violence, il fit quelque chose pour le moins inattendu. Il se saisit de la tasse qu'il m'avait faite tout en restant assez loin de moi pour que même en tendant le bras, il ne puisse pas me toucher. Comme c'était étrange...


-Je ne trouverais aucun intérêt à vous faire du mal sinon, croyez moi ou non, ça ferait bien longtemps que ce serait fait.

Sa voix était si douce, presque chuchotée. C'était un contraste tellement surprenant ! Je ne comprenais plus rien. J'étais si perdue qu'il m'était impossible de savoir quoi faire ou quoi penser. Sa phrase paraissait n'avoir aucun sens. Quand bien même elle n'en n'aurait pas eu plus si je l'avais comprise. Il m'avait déjà fait du mal. Il continuait à me faire du mal. Comment pouvait-il dire qu'il n'y trouvait aucun intérêt ? Il me faisait du mal sans que ça ne lui apporte rien ? Mais alors, pourquoi me faire du mal, dans ce cas ?

Pour te punir. C'était la seule explication logique, rationnelle. Il ne gagnait aucun plaisir à me faire du mal, pourtant, il continuait : il me retenait ici, me faisait peur, me faisait me plier à tout ce qu'il m'ordonnerait... Je devais l'avoir mérité. Quelqu'un lui avait demandé de m'enlever pour me punir, pour m'apprendre une bonne leçon, pour me remettre sur le droit chemin.

Mon coeur battait si fort que je le sentais dans tout mon corps. Il pulsait jusque dans mes tempes, me donnant mal à la tête. Fragile, j'étais si fragile...

Un bruit sourd me fit tourner lentement la tête pour voir qu'il avait posé ma tasse sur l'accoudoir près de moi. Il était gentil.


-Prenez cette promesse comme vous le voulez, mais je vous jure que plus jamais je ne vous toucherais. Alors je vous en prie, ne vous laissez pas dépérir ainsi.

Il pensait peut-être que je le faisais exprès, que c'était intentionnel de ma part, juste pour le défier encore un peu. Cette pensée m'effraya. Je devais le détromper, je ne voulais pas qu'il pense que c'était un acte de rébellion. Je ne voulais qu'il pense du mal de moi et qu'il ait l'envie de me punir. Je devais lui montrer que je n'avais pas besoin de ça, que j'étais sage, que je faisais maintenant mon possible pour qu'il ne se sente plus importuner par ma présence. J'étais chez lui, je devais être exemplaire non ?

- Je suis désolée, murmurai-je faiblement, avec toute la contrition dont j'étais capable. Je ne le fais pas exprès... Je n'arrive pas à manger, je n'ai pas faim...

Je n'osais pas le regarder dans les yeux, de peur que ça ne le mette en colère. Et je ne voulais pas voir sa colère non plus peindre ses traits alors qu'il écoutait ma réponse. Peut-être qu'il trouverait que je ne faisais pas assez d'effort. Et peut-être aurait-il raison... Je devais faire un effort. Je devais me forcer.

Pour prouver ma bonne volonté, je me saisis de la tasse pour la porter, tremblante, à mes lèvres, afin d'en boire le thé à présent tiède.

- Je suis désolée, répétai-je, pour être sûre qu'il ne se fâche pas.

Je ne me reconnaissais plus, et le pire était que ça m'était égal. Je n'étais plus Olivia Corvin. Cette fille n'était qu'un souvenir. Ici, je n'étais qu'Olivia. Rien d'autre.

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MessageSujet: Re: Quand tes certitudes ne sont qu'illusions...   Sam 18 Juin - 0:42

Lorsque j’avais déposé délicatement la tasse sur l’accoudoir du fauteuil, la jeune fille n’avait même pas sursauté. Elle s’était contentée de tourner la tête pour observer que la tasse avait effectivement changé de place. J’avais envie de voir ça comme un signe encourageant. Bien sûr, je me voilais éperdument la face. Je ne voyais que ce que j’avais envie de voir.

- Je suis désolée, murmura-t-elle si faiblement que je doutai de l’avoir entendue. Je ne le fais pas exprès... Je n'arrive pas à manger, je n'ai pas faim...

Voilà à quel point je me voilais la face. Je doutais sérieusement de mon équilibre mental. Depuis quand étais-je aussi naïf ? Comment pouvait-elle ressentir autre chose que de la peur, qu’une terreur primaire face à l’éventualité d’être blessée – ou pire – alors que je l’avais bernée, enlevée et séquestrée pendant plus d’une semaine, et pour une durée encore indéterminée. Sachant que je n’étais qu’un intermédiaire et qu’elle n’était probablement pas au bout de son calvaire.

Elle était littéralement pitoyable. Son apparence n’était que le juste reflet de son état psychologique. Rien que de voir son attitude : elle n’avait pas faim, l’estomac probablement tordu par l’angoisse, et elle allait jusqu’à s’en excuser ! Parce que j’étais également fragilisé par cet anniversaire macabre, je n’avais plus la force de me détacher de tout ça. J’avais sincèrement e la peine pour elle. Pour ce qu’elle vivait, et pour ce qui l’attendait. Bien entendu, c’était la pire chose qui pouvait m’arriver : l’empathie envers mes victimes. C’était même plus que dangereux. C’était étrange de songer à l’homme que j’étais devenu en quelques années. Surprenant d’observer à quel point nous pouvions changer par nécessité.
Je faisais ce travail parce que j’avais besoin d’argent. De beaucoup d’argent. Rapidement. Et qu’il s’était avéré qu’avec de l’entraînement, j’étais devenu doué pour faire ce que je faisais. Sauf que cela impliquait de manipuler des gens. Des êtres conscients avec eux-mêmes leurs vies, leurs familles. Des personnes qu’ils chérissaient et voulaient protéger. Alors pour devenir performant, il avait fallu que je me protège aussi. Et que je supprime toute empathie. Elle me rendait vulnérable et risquait de me faire hésiter. Et je ne pouvais pas me le permettre. Pour plus d’une raison. Si j’hésitais, je pouvais laisser ma ‘’proie’’, ma ‘’marchandise’’ s’échapper. Ou alors décider de la relâcher, tout simplement. Et dans ces cas-là, soit la police me retrouvait, et j’avais de la chance. Soit mon employeur me localisait en premier, et j’avais de grandes chances d’être mort. C’était donc une question de survie.

C’est pour ça que j’évitais d’avoir un otage en ce jour anniversaire. Il s’agissait du seul évènement pouvant me faire flancher de façon sérieuse. Je me savais particulièrement lunatique, et en ce jour, je passais souvent par toutes les phases de la dépression. Je le savais et j’évitais toujours d’avoir du ‘’travail’’. Mais là, il y avait eu un imprévu. Et ça pouvait me coûter cher.

Ce travail était ingrat, dangereux. Il me faisait appartenir au monde de la pègre, les rebus de la société. Et pourtant, je l’avais choisi. Mais c’était une nécessité, n’est-ce pas ? Je n’avais pas le choix, j’en avais besoin.

Depuis quand avais-je besoin de me justifier ?

La jeune femme se décida finalement à prendre la tasse dans ses mains. Ça aurait pu être un ‘’bon signe’’. Cependant, elle avait le regard fuyant et les mains tremblantes. Elle était morte de peur. Comme chaque minute depuis plus de sept jours. Elle sembla alors se forcer à boire une gorgée, puis deux. Comme si je me mettrais à la punir si jamais elle ne s’exécutait pas.

- Je suis désolée.

En temps normal, j’aurais su comment réagir. Ce n’était pas la première fois que mes victimes réagissaient ainsi, et j’avais toujours su gérer. Mais là, je n’étais pas en l’état. Je voulais qu’elle aille bien, même si je savais mieux que personne que c’était impossible.

Un bref instant, l’idée de la laisser partir ‘’accidentellement’’ ou de la relâcher volontairement me traversa l’esprit. Bien sûr que je savais ce que je risquais, mais au point où j’en étais, j’estimais que la vie n’avais plus vraiment grand-chose à m’apporter. Seulement je ne pouvais pas. Parce que je n’étais pas totalement seul. Maddy était là, et elle comptait sur moi. Je ne pouvais absolument pas l’abandonner.

Je posai de nouveau mon regard sur elle, tentant de paraître le moins agressif possible. C’était parfaitement illusoire, je m’en doutais – il n’y avait qu’à voir la façon dont elle m’avait ri au visage un peu plus tôt – ais sur le coup, j’y tenais.

-Si vous n’en voulez pas, ne vous forcez pas. C’était juste pour que vous puissiez vous réchauffer.

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